REVUE N° 97
Littérature XV

Ce quinzième numéro consacré spécifiquement à la littérature se place dans une certaine continuité mais sans exclure la découverte. Aux côtés d'auteurs reconnus, tels Françoise Matthey ou Alain Corbelari, figurent de jeunes talents qui aiguisent encore leur plume. Parmi ceux-ci, se rangent quatre étudiants de l'Institut littéraire suisse, section de la Haute Ecole d'arts de Berne mais situé à Bienne. Leur mentor, Noëlle Revaz, nous offre aussi une nouvelle inédite. Enfin, ce numéro contient deux hommages, l'un à Roger-Louis Junod, qui célèbre ses 90 ans, l'autre à feu Juliette d'Arzille qui fut chroniqueuse à la revue et y a publié plusieurs créations.

     
ACHETER CHF 25.00 (version numérique incluse) ACHETER CHF 18.00(formats epub + pdf)
 
     
  • Sommaire
  • Impressum
Véronique Baerfuss Préface
Françoise Matthey Avec la connivence absolue des embruns
Fanny Voélin L’ Amérique en morceaux
Alain Corbellari Ciels éclatés
Patrick Amstutz Travaux lacustres
Steve Richard Le Café des chemins croisés
José Gsell La prière
Noëlle Revaz TERRITOIRES
Elisa Dusapin Everland
Gaia Grandin L’ancien héros national
Pablo Jakob Les jours d’été
Leïla Pellet Le salon blanc
Noëlle Revaz Auris-des-Oisux
Patrick Amstutz L’enfant de Maraucourt
Doris Jakubec A Juliette d‘Arzille
 Format  170 x 250 mm
 Nombre de pages 120
Illustrations: 5 encre de Chine de Jean-Pierre Gerber
ISSN 1015-7611
©Intervalles
N° 97  Littérature XV
Titre
Auteur
texte
Préface
Véronique Baerfuss

Il paraît que les jeunes n'aiment plus lire. A l'ère des nouvelles technologies et dans une société de l'efficacité, quel esprit halluciné pourrait encore se préoccuper de ce ramassis d'histoires et de rêveries communément appelé littérature ? Il paraît aussi que les jeunes ne savent plus écrire, sauf évidemment des messages niais truffés de fautes d'orthographe sur leur téléphone portable auquel ils s'agrippent désespérément.

Avec la connivence absolue des embruns
Françoise Matthey

Une effervescence venue sans mots
m’a emportée
toutes amarres rompues
vers une île
me déposant
rugueuse
à fleur de sel
à fleur d’écume
dans le corps secret d’un souffle
à la fois neuf et millénaire
vibrant

L’ Amérique en morceaux
Fanny Voélin

J’ai ouvert les yeux sur un mur aux couleurs d’Alice au Pays des Merveilles, un mini-frigo, un écran plasma, des rideaux juste assez entrouverts pour laisser un morceau de soleil se glisser le long de la baie vitrée. J’ai été perdue un instant, puis je me suis souvenue. Le lit était immense, j’ai roulé trois fois sur moi-même pour atteindre l’autre extrémité, dérouiller mes jambes, poser mes orteils sur le sol et pousser la porte coulissante que je n’avais même pas repérée aux heures très matinales de mon arrivée. J’ai ri en découvrant une longue douche en ardoise, un lavabo aussi étincelant que le sourire d’un waiter  et des linges de quatre tailles différentes disposés çà et là avec une désinvolture tout étudiée.

Ciels éclatés
Alain Corbellari

Le lit profond des pavés
renverse la courbe du ciel ;
glissement de mes pas
sur l'arête du temps.

Travaux lacustres
Patrick Amstutz

Au creux d’une roche soleuroise, l’ermite vieux prie et guérit. Le saint regard de Vérène y veille. La route vers les lacs s’allonge à travers les pâtures et quelques hameaux (Bâche, Granges, Longeau, Perles) jusqu’à la plaine de Boujean, tandis qu’un chemin boueux bifurque, derrière la forêt, et s’enfonce dans les marais, de Montménil à Mâche. C’est un fleuve aux eaux très anciennes que remonte la troupe oblate de jeunes familles alémanes, dans un lent mouvement qui les mène vers des terres à conquérir et à labourer. Présence vive, soldate et paysanne, mariant la hache et le coutre, et qui déjà s’use et se revivifie au contact bourguignon.

Le Café des chemins croisés
Steve Richard

Le vieil homme était seul à une table, près de la baie vitrée à l’entrée du café. Il avait gardé sa veste et sa longue et blanche chevelure tombait sur le cuir brun défraîchi. Accroché au mur derrière lui, un large miroir reflétait la majeure partie du bistrot. Le banc de bois sur lequel il était assis longeait tout le mur jusqu’à l’arrière du troquet. Au-dehors, scènes de rue perpétuelles d’une grande ville. Les passants se pressent, les voitures passent…

La prière
José Gsell

Tu es seul dans ta chambre devant ce téléphone portable qui ne dit rien, il n'y a pas de petite icône en forme de lettre, pas de vibration et encore moins de sonnerie, il n'y a que cette photographie en fond d'écran, cette image de son visage rond sous son bonnet et ce corps recouvert d'un pull rayé. Tu aurais voulu pleurer, toute la journée tu ressentais le dessous de tes yeux qui poussait comme les nuages poussent lors du calme avant l'orage. Tu te souviens de tant de choses et ça ne faisait pourtant que trois mois. Toujours, le palier fatidique des trois mois, la guillotine du temps qui brise les morceaux de cœur que tu as donnés, tu les vois s'éloigner en direction du néant.

TERRITOIRES
Noëlle Revaz

Invitée à participer à ce numéro d’Intervalles en compagnie de mes étudiants de l’Institut littéraire, j’ai donc invité à mon tour Elisa Dusapin, Gaia Grandin, Pablo Jakob et Leïla Pellet à se mettre au travail.
Il fallait choisir un thème. Territoires l’a emporté sur Séparation et Retrouvailles. Territoires, un mot actif qui porte toujours en lui la marque d’un pouvoir. Un territoire, on s’en empare ou on le défend.

Everland
Elisa Dusapin

Elle se traîne comme une larve, la frontière, et putréfie la terre amputée. Elle est minable, on la traverserait en quatre pas s’il n’y avait pas ces barbelés. On pourrait même la déchiqueter s’il n’y avait pas de gamins pour la garder, mitraillette à la main. Elle cache bien son jeu. Qu’on la morcèle, elle se tortillera et repoussera avec plus de vigueur.

L’ancien héros national
Gaia Grandin

La carcasse de l’ancien héros national gisait dans la boue. Son corps se faisait observer par une chouette depuis sa branche en bordure de route.
La vie des bois restait précise et mesurée, à peine tendue dans l’attente du réveil de l’homme. Le foie d’Eroll faisait lui aussi son travail. Sans régularité mais du mieux qu’il pouvait.

Les jours d’été
Pablo Jakob

« Le phénomène de supernova peut durer des années entières. Quant au processus initiant une supernova, il est extrêmement bref ; il ne dure que quelques millisecondes »
C’était le mois de juillet, j’étais en vacances et Fabien m’a appelée. Il était prêt à tout recommencer. Je n’avais plus parlé à Fabien depuis notre séparation l’année d’avant. J’ai raccroché sans dire un mot.

Le salon blanc
Leïla Pellet

Je pourrais continuer comme ça des heures, des jours, des années. Vous connaissez ces placards à habits assez profonds, légèrement tièdes à cause de la conduite d'eau chaude dans le mur voisin. Ils ne sont pas faits pour qu'on s'y installe, mais cette transgression est nécessaire pour ne pas être vu. Ici, les habits sentent le renfermé, un léger parfum d'homme et parfois la cigarette froide. Surtout, j'y aperçois la lumière du jour depuis les trois fentes des deux battants de la porte. Ces centimètres de clarté sont le point de contact entre moi et le monde.

Auris-des-Oisux
Noëlle Revaz

Le bus à présent, c’était le début de l’après-midi, était presque vide. Jan le conducteur se retourna : il était arrivé à son terminus et une silhouette de passager là vers le fond restait immobile contre la fenêtre. Jan se leva à demi en se retournant :
Vous ne sortez pas ?
Alors le passager se leva et s’en alla. S’il avait eu un chapeau, il l’aurait soulevé pour saluer. Il était grand et maigre, avec des joues qui avaient deux creux aspirés au centre, comme des emposoirs. Sa peau était brune et luisante presque, comme un personnage mystérieux dans un film.

L’enfant de Maraucourt
Patrick Amstutz

Hommage à Roger-Louis Junod pour son 90e anniversaire

Le rêve de Roger-Louis Junod, enfant de Corgémont, dévoreur de livres, assimilant indifféremment Germain, Malot, Ségur ou Swift, a été celui de devenir écrivain. Dans son village natal, il passe sa jeune adolescence à s’enivrer littéralement de mots. Cette dilection pour la langue française ne le quittera plus jamais, se mêlant intimement avec la réalité vécue :
« L’Erguël est un pays qui ressemble à son nom : une rauque syllabe initiale, un hiatus insolite ; quelque chose de rude et de bref comme un nom de guerrier germain, puis cette inflexion pleine de douceur […]

A Juliette d‘Arzille
Doris Jakubec

Une vie ouverte à la création
Cultivée, grande lectrice, passionnée par la poésie et la spiritualité, musicienne avisée, concernée non seulement par l’histoire de la chrétienté mais par son avenir, en constant dialogue avec son mari, pasteur et professeur, Walter Friedemann, et leurs enfants, Juliette d’Arzille a prêté une oreille attentive aux voix des poètes qui pouvaient le mieux accompagner ses intuitions, ses pressentiments, ses expériences, tant existentielles que poétiques, et appuyer ses recherches d’une musique intérieure qui puisse se traduire en mots, en images et en rythmes.


Formats numériques disponibles pour cette revue:

 

 
     
     
EPUB (acronyme de « electronic publication » ou « publication électronique »)
est un format ouvert standardisé pour les livres numériques. EPUB est conçu pour faciliter la mise en page du contenu, le texte affiché étant ajusté pour le type d'appareil de lecture.