REVUE N° 90
Éric Sandmeier +Traces

Eric Sandmeier (1931-2010) fut un artiste protéiforme passant de la poésie à la photographie, de la photographie au dessin. Il fut aussi un pédagogue qui poussait ses élèves à aller au-delà de leurs conventions, si confortables et rassurantes. La revue Intervalles, dont il fut l'un des fondateurs, a largement profité de cet esprit curieux et fertile. Aujourd'hui, elle en restitue une partie à ses lecteurs par cette livraison témoignage.

 

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Recueil de poèmes de 112 pages

     
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  • Sommaire
  • Impressum
Francis Steulet Hommage à un ami de la première heure
Marianne Finazzi Cher Eric Sandmeier
Jan Boesch, Pierre Buchmüller, Daniel Cartier, Michel Lambert, Pierre Laville, Béatrice Sermet Le prof
Roland Perrenoud Une classe d’école pas comme les autres
Francis Bonca Eric Sandmeier, écrivain et photographe
Michel Lambert J’avais un ami... il s’appelait Eric
Pierre-Yves Moeschler Un pédagogue, un esthète, un citoyen engagé, un ami
Christian Soler Eric Sandmeier - une amitié
Francis Siegfried Photographe de l’éphémère
Patrick Amstutz Le dernier poète de Corgémont
Eric Sandmeier Werner Renfer parmi les siens
Raymond Bruckert Ce que je sais d’Eric Sandmeier
Danilo Wyss Des dessins aussi...
Dominique Sandmeier Seydoux Sans titre
Eric Sandmeier Dernier poème inédit
Eric Sandmeier, notices bio- et bibliographiques
Format 170 x 250 mm
Nombre de pages 148
Illustrations Nombreuses photos et reproductions couleur et N/B
Conception graphique Hot’s Design Communication SA, Bienne
Impression Ediprim SA, Bienne
+ un recueil de poèmes de 112 pages
©Intervalles
N° 90  Éric Sandmeier +Traces
Titre
Auteur
texte
Hommage à un ami de la première heure
Francis Steulet
«Le pessimiste se condamne à être spectateur» Goethe

Eric,
Nous avons fait connaissance et nous nous sommes trouvés, par hasard, en été 1981, au sein d’une équipe d’idéalistes. Notre intention, en fait, n’avait rien d’exceptionnel ; il s’agissait de lancer et de publier dans le Jura bernois, une revue culturelle qui avait comme but de «décompartimenter» nos régions de langue française. Car l’histoire le démontre: elles étaient trop souvent (et sont encore) méconnues, voire ignorées par les médias et les instances officielles. Nous en étions conscients: il devenait nécessaire d’en parler, de les présenter, de décliner leurs qualités, d’en exprimer l’essentiel. Car une région comme la nôtre n’existe que si elle est reconnue et saluée par ses voisins. Elle a ses paysages propres, vallées, crêtes et cluses, pâturages et vignobles, villages et cités, qui reflètent une fidèle géographie du cœur. Notre cheminement historique, l’éloge de nos sites, le message de nos écrivains et de nos artistes, devraient s’inscrire dans une perspective qui dépasse nos étroites limites. Il faut le rappeler par ailleurs : la lecture est une expérience toute personnelle. Le moteur de tout récit, de toute chronique, est en définitive la conscience du lecteur. Nous le savions au départ de l’initiative. Il fallait varier les sujets présentés, s’adresser à différents publics, s’exprimer avec nos moyens, et chercher à occuper un créneau «délaissé».
Cher Eric Sandmeier
Marianne Finazzi
Cher Eric,

Plusieurs mois déjà que tu nous as quittés, que tu as quitté cette vie que tu aimais tant. Je savais que tu nous manquerais. Je te l’ai dit lors de ton dernier voyage où ta famille et tes amis étaient là, nombreux et tristes, ne réalisant pas encore que c’était notre dernier rendez-vous. Je pense très souvent à toi et à nos discussions interminables où nous refaisions le monde et piquions des fous-rires quand tu me racontais des anecdotes hilarantes.
Tu étais un artiste aux multiples talents, un créateur curieux de tout qui souvent cherchait et trouvait l’inspiration dans la nature et la contemplation. Tu observais l’être humain et le décrivais souvent avec tendresse mais parfois aussi avec virulence et rage. Dans tes poèmes, tu as sublimé l’image de la Femme.
Le prof
Jan Boesch, Pierre Buchmüller, Daniel Cartier, Michel Lambert, Pierre Laville, Béatrice Sermet
Hommage rédigé en commun par deux anciens élèves et quatre anciens collègues d’Eric Sandmeier

13 heures. Un après-midi de novembre 2010, quelques jours après le décès d’Eric Sandmeier. Nous sommes six autour d’une table, dans une salle de classe. Ancienne et anciens collègues, anciens élèves, nous entrons, sans le savoir, dans un instant particulier, intense et fragile à la fois. Des images d’Eric sont éparpillées devant nous. Il est très présent. On le voit, dans un train, au retour d’une exposition agricole à Berne avec une classe du gymnase, c’était en 1982. En 1967, il est face à Claudévard, son ami de longue date. Ils sont attablés, enveloppés d’une volute de fumée. Un flou dans lequel on devine une conversation d’artistes.
Une classe d’école pas comme les autres
Roland Perrenoud
Eté 1962. La porte s’ouvre: «Bonjour. Eric Sandmeier. Je suis votre nouveau prof de classe et vous enseignerai le français, l’anglais et l’instruction civique. Prenez vos cahiers de dictée...»

Quel choc ! Jeunes adolescents nonchalants avec les chansons yé-yé, le twist, les boums, le sport dans la tête et le cœur, nous nous contentons de notes moyennes et tant mieux si elles sont suffisantes!

Le faible niveau de nos connaissances scolaires – nous ne sommes pas des gymnasiens – n’entame pas son enthousiasme. Pour Eric, enseigner est une vocation.
Eric Sandmeier, écrivain et photographe
Francis Bonca
Est-il besoin de le présenter ici ? Certainement pas, tant il a été actif durant plus de cinq décennies sur les scènes culturelles biennoises et jurassiennes. Il est toutefois bon de se rappeler de ce qu’un artiste a réalisé au cours de son existence. Nous aurions tendance à l’oublier trop vite. Et Dieu sait si Eric Sandmeier a été fécond dans sa créativité.
J’avais un ami... il s’appelait Eric
Michel Lambert
Au début des années septante, comme jeune prof, je l’ai rencontré à la salle des maîtres de ce qui était à l’époque le Gymnase économique de Bienne. Tout nous opposait. Tout devait nous séparer. Il avait étudié la langue anglaise et la littérature. J’avais fait du droit et de l’économie. Il parlait de Shakespeare et de Rousseau. J’expliquais la théorie quantitative de la monnaie et le contrat de vente. Je pratiquais le football, le volley et le cyclisme. Il aimait la balade. J’étais passionné d’équitation et il aimait me citer Churchill: «Le cheval est dangereux devant, dangereux derrière et inconfortable au milieu!». Il avait un peu plus de quarante ans. J’en avais à peine trente.
Un pédagogue, un esthète, un citoyen engagé, un ami
Pierre-Yves Moeschler
«Dites-moi, vous ne seriez pas plutôt d’avis que..., parce qu’il me semble que...»

Questionner, interroger, mettre en doute, contredire, troubler, déstabiliser, décontenancer... Pourquoi? Pour empêcher le confort intellectuel, la paresse, le conformisme, c’est certain. Ou, plus positivement, pour encourager la mobilité intellectuelle, le questionnement, pour rechercher constamment le point de déséquilibre qui suscitera le doute, forcera à la poursuite de la réflexion, de l’activité intellectuelle féconde et communicative...
Eric Sandmeier - une amitié
Christian Soler
Eric pour moi, c’était un regard, un observateur hors pair, un photographe du détail. Dans ses promenades la ligne d’horizon, le petit brin d’herbe, tout lui était familier, tout l’intéressait.
Photographe de l’éphémère
Francis Siegfried
«Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver.»
René Char


J’ai eu le privilège d’accompagner pendant quelques années Eric sur les chemins de la photographie. Nous avons souvent travaillé sur les mêmes thèmes et confronté nos résultats, évoqué nos espoirs, nos joies, nos surprises devant nos photographies.
Le dernier poète de Corgémont
Patrick Amstutz
Plus encore qu’une pareille affection pour leur Erguël, lucide et profonde à la fois, c’est une même vénération pour la langue qu’Eric Sandmeier partageait avec son ami et complice Francis Bourquin. L’auteur de Sur l’arête du temps a passionnément aimé la richesse croisée de ces deux langues qui se sont tant frottées l’une à l’autre, l’anglaise et la française, et qui lui permettaient, en poésie, de parcourir d’amples vols dans l’espace des vents, des sables de Tamanrasset aux plaines du Cheshire, et dans les strates des temps, de Shakespeare à Hart Crane, ou de Villon à Michaux. C’est très exactement avec la même curiosité constamment en éveil qu’il a, dans son pays, partout fureté, soulevant les pierres, découvrant des chemins, rencontrant les gens. Il aimait la rudesse contrastée de cette terre qui a abrité, loin des cercles mondains et des réseaux urbains, bien plus de talents remarquables que ceux qui se pensent au centre (de quoi ?) ne le croient.
Werner Renfer parmi les siens
Eric Sandmeier
TEXTE INÉDIT

J’étais allé faire des repérages sur le site de Tarriche où des archéologues s’affairaient. Ils venaient de découvrir une chaussée romaine juste au-dessus d’un coude de la Sorne. Deux ornières creusées dans la pierre assuraient la sécurité des convois d’alors. Plus loin, mais en hauteur, passait le pont de l’autoroute.
Ce que je sais d’Eric Sandmeier
Raymond Bruckert
Au fond, assez peu de chose, tant il est vrai que nos relations, fort amicales, se résumaient généralement à l’évocation superficielle de connaissances livresques, journalistiques ou à des rencontres impromptues sur la crête improbable de quelque Chasseral, de quelque Montoz, voire d’un hypothétique Mont-Soleil...
Des dessins aussi...
Danilo Wyss
C’est lors d’une de nos nombreuses balades à vélo (ce jour-là, tour du lac de Bienne) que je fais la connaissance... des dessins de mon ami Eric Sandmeier. Il a emporté une serviette en cuir sur son porte-bagages et nous faisons une halte dans un bistrot du Landeron. Sur une table inoccupée, Eric étale toute une série de croquis réalisés à l’encre dont certains rehaussés d’aquarelle, les soumettant en quelque sorte à mon appréciation de peintre. Quelques taches et traits vifs et expressifs recouvrent le centre de simples feuilles de papier de format A4 soigneusement pliées en deux. Défilent des vues très personnalisées: Chasseral, Lac de Bienne, Franches-Montagnes. Sur d’autres feuillets, épis de blé, fruits, herbes folles et bien d’autres rencontres avec la nature... Ces petits dessins sont simplifiés à l’extrême et réalisés d’un seul jet, sans la moindre retouche. J’étais à la fois curieux et surpris de découvrir cette autre facette de la créativité d’Eric. Je connaissais ses recueils de poèmes, ses articles de presse, un certain nombre de pages de son Journal dont il me remettait des copies, ainsi que de nombreuses et très belles photographies.
Sans titre
Dominique Sandmeier Seydoux
juin 2011

Novembre ne devrait pas occuper une pleine page de calendrier.

Dehors, la sombre grisaille humide, le climat bâtard et les dernières feuilles chiffonnées accrochées aux branches noires et tordues sont autant de stigmates de mélancolie.

L’an dernier, novembre allait ajouter un trophée supplémentaire de déclin à son palmarès.
Dernier poème inédit
Eric Sandmeier

Il fait beau comme en juin
Toutes les montagnes sont embrasées


Se fondre dans la lave automnale


Fusion de l’été et de l’automne

Sur les pentes l’or coule avant que le vent ne l’emporte au loin
pour ne laisser que des rameaux vides


Noirceur à venir



Dernier poème inédit d’Eric Sandmeier écrit à Bienne le lundi 1er novembre 2010.


Eric Sandmeier, notices bio- et bibliographiques
Eric Sandmeier, qui a tenu une place importante dans la vie culturelle biennoise, est né à Bienne le 24 août 1931. Il est décédé le 16 novembre 2010. Photographe, écrivain, poète et animateur culturel, il a étudié les lettres à Genève. Après avoir vécu six ans en Angleterre où il était lecteur à l’Université de Manchester, il revient en Suisse où il occupe un poste de professeur au Gymnase de la rue des Alpes à Bienne.
Membre fondateur de la revue Intervalles à laquelle il collabora régulièrement, il fut aussi membre de l’Institut jurassien des sciences, des lettres et des arts, de l’Association des écrivains neuchâtelois et jurassiens et du Comité du cercle littéraire de la Société Jurassienne d’Emulation.
Formats numériques disponibles pour cette revue:

 

 
     
     
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