REVUE N° 83
Bellelay et ses orgues

Avec les grandes orgues Joseph Bossart (1665-1748) reconstituées, l’église abbatiale de Bellelay retrouve l’éclat et la parure qui lui firent défaut dès la fin du XVIIIe siècle. En effet, les troupes françaises qui prirent possession de la célèbre Abbaye des Prémontrés à la fin de l’année 1797 la plongèrent dans un silence plus que bicentenaire que la reconstitution des grandes orgues brise avec force et détermination. Sans aucun doute, cette réalisation resplendira loin au-delà de nos frontières de par sa qualité, sa finesse et sa cohérence hors du commun !

     
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  • Sommaire
  • Impressum
Bernhard Pulver Préface
Biographie de l'auteur
Francois Seydoux Introduction
Les grandes orgues
Les orgues d’étude
L’orgue de chœur exilé au Grand Temple de La Chaux-de-Fonds
L’orgue de Waldenburg: une fausse piste ?
L’orgue de Badevel
Une découverte providentielle
La reconstruction des grandes orgues de Bellelay
La composition des grandes orgues
Die Rekonstruktion der grossen Orgel der ehemaligen Praemonstratenserabtei
Crédits iconographiques et photographiques
Format 170 x 250 mm
Nombre de pages 176
Illustrations Nombreuses illustrations N/B inédites
Conception graphique Hot’s Design Communication SA, Bienne
Impression Ediprim SA, Bienne
©Intervalles
N° 83  Bellelay et ses orgues
Titre
Auteur
texte
Préface
Bernhard Pulver
La reconstitution ou, plus exactement, la restitution à l’ancienne de l’orgue baroque de l’église abbatiale de Bellelay, enlevé de la place depuis plus de deux cents ans et disparu dans un incendie en 1919, est le fruit d’un pari fou, d’une enquête historique et musicologique minutieuse que, au risque de froisser l’ordre des Prémontrés dont dépendit l’abbaye jusqu’à la Révolution française, l’on qualifierait volontiers de travail de bénédictin.

Un pari fou, donc, un travail de très longue haleine né d’une volonté de fer et de la collaboration de divers corps de métier, et qui représente magnifiquement, à lui seul, le bel enthousiasme dont sait faire preuve la région jurassienne.
Biographie de l'auteur
François Seydoux

Organiste titulaire de la cathédrale St-Nicolas de Fribourg depuis 1983, François Seydoux a fait ses études au Conservatoire (piano, orgue, théorie) et à l’Université (musicologie, philosophie, archéologie chrétienne) de cette ville. Auteur d’une thèse de doctorat sur le facteur d’orgues Aloys Mooser (élaborée sous la direction du professeur Luigi Ferdinando Tagliavini), il est actuellement maître-assistant à l’Institut de musicologie de l’Alma mater friburgensis.
Introduction
Francois Seydoux
Pour la présente publication nous nous sommes permis de reprendre une grande partie de notre petite monographie sur « Bellelay et ses orgues », éditée par l’Association « Orgues à Bellelay », Bienne 2004 (Seydoux 2), ce d’autant plus qu’elle est pratiquement épuisée.

Bien qu’elle fasse encore cavalier seul dans le concert des pays de l’Union européenne, la Suisse est toujours considérée comme l’Etat qui, tout au long de son histoire, sut maîtriser une coexistence pacifique tout en développant un esprit de cohabitation fondée sur une entente harmonieuse et un respect des diversités propres à chacune de ses cultures. Certes, la volonté constante de promouvoir l’ouverture à l’autre, l’acceptation de la spécificité et des sensibilités réciproques s’est traduite par un modus vivendi régi par des lois et des institutions d’une apparente complexité, autrement dit, par des « règles de conduite » plus complexes et plus lourdes que celles qui prévalent dans des pays disposant d’une langue et d’une culture plus homogènes, mais qui impliquent, par voie de conséquence, un pouvoir et une vie artistique plus centralisés.
Les grandes orgues
Concernant les grandes orgues, Georges Cattin relevait l’impossibilité, au point où il en était de ses recherches, de les attribuer à un facteur précis, il pensait seulement que Jean-Baptiste Waltrin y effectua des réparations peu avant 1749 ! D’après notre auteur, ces orgues comprenaient 25 jeux répartis de la manière suivante :

au clavier principal (Grand Orgue) :

Bourdon(16’)Doublette2’
Principal8’Fourniture (? rangs)
Viole(8’)Grosse Cymbale (? rangs)
Flûte traversière(8’)Cornet (? rangs)
Prestant4’Cornet d’Écho (? rangs)
Viole d’Amour(4’) Trompette8’
Flûte sylvestre(4’)Clairon4’
Quinte2 2/3’
Les orgues d’étude
L’on peut regretter aujourd’hui – d’après nos connaissances et nos recherches – qu’il ne subsiste malheureusement plus de matériel provenant de l’intérieur des grandes orgues de Bellelay, alors qu’il en existe encore de l’instrument que George Cattin a appelé le « petit orgue d’étude », mais pas du « positif d’étude ».

Le « positif d’étude »
Toujours selon les recherches de Georges Cattin, c’est l’église des Genevez qui s’appropria le « positif d’étude », ce modeste attribut sonore au lendemain de la Révolution ; sa composition n’excédait pas deux ou trois jeux ! Il fut acheté vers 1895 par un paysan des Bois-Rebetez Dessus nommé Ariste Brahier et vendu peu après 1920 à un organier du canton de Fribourg. Jusqu’à ce jour, il n’a pas été possible de retrouver sa trace, mais il n’est pas exclu que du matériel de cet instrument puisse un jour être identifié dans un orgue du canton de Fribourg ou d’ailleurs.
L’orgue de chœur exilé au Grand Temple de La Chaux-de-Fonds
Frédéric Japy n’était pas le seul à s’intéresser au mobilier, voire aux orgues de l’ancienne abbaye. Nous avons déjà évoqué l’intérêt des membres de la Commission des Orgues de Neuchâtel ainsi que du pasteur Liomin de Péry pour les grandes orgues de Bellelay. Mais c’est également à La Chaux-de-Fonds que l’on s’intéressait à ces objets, en particulier au Jeu d’orgues Composé de onze régistres que messieurs Charles Simeon Sandoz[,] Justicier & Moise Perret[-]Gentil[,] Conseiller de même que le Sr : Jean[-]Pierre Juillerat, Négt qui avaient été députés à Bellelay par l’honnorable Communauté de La Chaux-de-Fonds, acquirent en 1798, lors de cette vente du mobilier national ; ils y avaient été dépêchés dans le but d’y faire quelques acquisitions nécessaires a l’achevement du Temple de ce lieu, à savoir le « Grand Temple » qui avait brûlé le 5 mai 1794, et pour lequel, bien que reconstruit et solennellement inauguré, il fallait trouver encore divers objets, tels que la chaire, son escalier et son dais, mais aussi des boiseries et des armoires du chœur ainsi qu’une horloge prise dans la tour sud de l’édifice désaffecté de Bellelay qui purent être achetés lors de cette vente.
L’orgue de Waldenburg: une fausse piste ?
De l’instrument que Georges Cattin appelle premier orgue de choeur, à savoir l’ancien orgue de Waldenburg (Bâle-Campagne), il ne subsiste aujourd’hui plus que les ornements. La provenance de cet instrument de Bellelay n’est mentionnée que par Heinrich Weber dans son « Histoire de Waldenburg » ; elle n’a pu être confirmée pour l’heure par d’autres sources. Nous apprenons de ce dernier que cet instrument avait coûté 2000 francs et qu’il orna l’église jusque vers le milieu des années 1950. Ce n’est qu’à la suite de la rénovation générale de l’église, décidée le 19 décembre 1955, que non seulement les colonnes élancées qui ponctuaient l’intérieur de cette ancienne Grenette transformée en église mais également l’ancienne tribune d’orgue placée du côté est, l’instrument (placé en balustrade) y compris, disparaîtront. Ils feront place à un aménagement et à un instrument (placé au niveau du sol) de style résolument moderne.
L’orgue de Badevel
Il y a quelque temps déjà, M. Yves Pradeilles, Secrétaire général de la « Société d’Émulation de Montbéliard », publiait, dans Le Quotidien Jurassien, un article dans lequel il rendait attentif un large public au matériel d’un autre instrument que l’industriel horloger Frédéric Japy, nouveau propriétaire en 1798 de l’ancienne abbaye de Bellelay et de ce qui restait de son mobilier, avait fait installer dans le temple de Badevel par les soins des frères Callinet.

Cet instrument à un clavier (54 notes : do1-fa5) et pédale (18 notes : do1-fa2) en tirasse, placé en balustrade sur une tribune au fond de la nef, au-dessus de l’entrée principale du temple, et que l’on peut entendre sur un récent CD, a été relevé par le facteur d’orgues Christian Guerrier de Willer (Haut-Rhin), il y a une trentaine d’années. D’après ses souvenirs, l’ensemble de l’instrument serait à attribuer aux facteurs Callinet de Rouffach, plus précisément, selon l’analyse du matériel, à Joseph Callinet. Si tel était le cas, il deviendrait évidemment difficile d’expliquer la provenance de Bellelay affirmée dans le Dictionnaire des communes du Département du Doubs, sur lequel semble également se fonder M. Pradeilles. Afin d’éclaircir ce mystère, il faudrait vérifier, lors d’un prochain relevage, l’ensemble du matériel, en particulier toute la tuyauterie, et effectuer des recherches d’archives complètes.
Une découverte providentielle
Complexe, laborieux et plein d’embûches, l’examen des différentes pistes se révéla pas-sionnant en dépit d’une certaine frustration : contrairement à bien d’autres cas, il n’existait pas de documentation exhaustive sur les divers instruments, probablement en raison du départ précipité des Prémontrés et du transfert d’une partie de leurs biens à l’approche des troupes françaises venues porter l’estocade contre l’abbaye séculaire. Cette absence de documentation allait-elle servir d’argument décisif aux partisans de la construction d’un grand orgue « à l’image de notre temps » ou, au contraire, ouvrir le champ à de minutieuses recherches susceptibles, jusqu’à l’investigation du moindre indice, de dévoiler une partie du mystère des grandes orgues et des autres instruments du vénérable édifice ? En effet, nonobstant le défaut de documents, l’idée qu’un orgue dont le style serait proche de celui des merveilleux instruments d’Allemagne du Sud et de Suisse alémanique représenterait un enrichissement pour l’arc jurassien, constituait un argument suffisant pour entreprendre cette démarche.
La reconstruction des grandes orgues de Bellelay
Les ornements et la polychromie du buffet

Une des premières tâches à laquelle il fallait désormais s’atteler consistait à mesurer et à examiner en détail les ornements conservés. Nous eûmes le plaisir d’entreprendre ce travail en compagnie de M. Wolfgang Rehn le 29 mars 2006, sous l’œil vigilant, mais toujours bienveillant, de Mme Sylviane Musy-Ramseyer, conservatrice du Musée historique de La Chaux-de-Fonds. Lors de cet examen préliminaire, sur les huit éléments censés appartenir aux orgues de Bellelay (ill. 12a - 12h), on put immédiatement constater que trois pièces étaient en chêne – le cul-de-lampe déjà cité (ill. 12f ), une porte ajourée (ill. 12g) et un élément sculpté provenant d’une porte analogue (ill. 12h) – alors que les claires-voies destinées à remplir l’espace vide au-dessus des tuyaux étaient en tilleul.
La composition des grandes orgues
Parallèlement au travail de reconstitution du buffet, il faut tenter d’élucider le mystère de la composition de l’orgue notée dans les archives Silbermann. Une première difficulté réside dans le fait qu’il ne s’agit pas, selon Marc Schaefer, d’une composition de la main de Jean-André Silbermann, mais d’un correspondant anonyme ; de plus, la composition n’est pas datée, de sorte qu’on ignore s’il s’agit de la composition d’origine ou éventuellement du reflet d’une transformation ultérieure. Pie Meyer-Siat affirme en effet que le facteur Jean-Baptiste Waltrin (1708-1753) a renouvelé le grand orgue de Bellelay (avec des tirants « modernes ») peu avant 1749, en se basant sur le devis que ce facteur établit à St-Ursanne le  15  juin 1749 . Dans cet Accord, sous le point 6, on peut lire de fait  :

Les registres tant de la grande orgue, que du positif, et du pedal avec celui du tremblant seront rangés l’un sur l’autre aux deux côtés du clavier sur un lambris de même couleur que le vieux, et se tireront de la même manière que ceux de la grande orgue de Bellelay.
Die Rekonstruktion der grossen Orgel der ehemaligen Praemonstratenserabtei
Als sich am 15. Dezember 1797 die französischen Truppen unter der Leitung des Divisionsgenerals Gouvion Saint-Cyr der Praemonstratenserabtei Bellelay bemächtigten, schlug nicht nur für die Mönche und die Pensionäre, sondern, sofern man diesen Ausdruck überhaupt auf materielle Gegenstände anwenden kann, auch für die Baulichkeiten und das gesamte Mobiliar eine dunkle Stunde : zu den Ausstattungsgegenständen des Klosters und der Kirche, die in alle Himmelsrichtungen zerstreut wurden, gehör-ten auch die Orgeln. Eine Chororgel, die auf der Nordseite aufgestellt war, gelangte mit der Kanzel, Boiserien, Chorschränken und einem Uhrwerk 1798 nach La Chaux-de-Fonds, wo sie im Grand Temple, der am 5. Mai 1794 einer Feuersbrunst anheimgefallen war, eine neue Heimat fand(en). Wie die Glocken soll auch die grosse Orgel gemäss der von Pierre Mandelert 1859 publizierten Studie über Bellelay eingeschmolzen worden sein : Les cloches ont été converties en canons. Les tuyaux du grand jeu d’orgue ont été fondus aussi.
Crédits iconographiques et photographiques
Page 8
Photo Jacques Sidler (†), Fribourg.

Pages 16 et 58/59
Photos Andreas Kammermann, Reconvilier.

Page 19 
Composition des grandes orgues de Bellelay in Archives Silbermann, Paris (propriété privée), vol. II (Anmerkungen einiger außer dem Elsaß ste-hen-den Orgeln […]), p. 199 ; nous sommes redevable à M. Marc Schaefer, Strasbourg, d’avoir mis à notre disposition cette reproduction.

Pages 21 et 137
Photos transmises par le Service cantonal des monuments historiques, Tavannes ; nous remercions M. Olivier Burri de son aide précieuse.
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