REVUE N° 82
Les mennonites des 
hauteurs jurassiennes

Les Mennonites sont intégrés depuis des siècles au paysage religieux et culturel du Jura bernois. Mais savons-nous vraiment qui ils sont ? Connaissons-nous les fondements de leur Foi ? Pourquoi ont-ils été persécutés à Zurich et à Berne notamment ? Ce cahier d'Intervalles esquisse un portrait de cette mouvance chrétienne, apparue dans le tumulte de la Réforme au début du XVIe siècle et présente aujourd'hui dans 65 pays.

     
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  • Sommaire
  • Impressum
Jurg Gerber-Boillat Avant-propos
Jurg Gerber-Boillat Quelques éclaircissements avant de commencer
Jurg Gerber-Boillat Qui sont les mennonites ?
Jurg Gerber-Boillat Regards sur les mennonites du Jura
Thibaut Kaeser Les hérétiques de la Réforme
Thibaut Kaeser Entre dévoiements et persécutions
Thibaut Kaeser Les mennonites contre vents et marées
Thibaut Kaeser La survie dans l’émigration
Michel Ummel Les anabaptistes-mennonites des hauteurs jurassiennes en 15 tableaux
Maurice Baumann L’anabaptisme jurassien d’aujourd’hui: un regard subjectif
Jurg Gerber-Boillat Les Eglises dialoguent
Bibliographie sommaire
Biographies succinctes des auteurs
Format 170 x 250 mm
Nombre de pages 128
Illustrations Nombreuses illustrations N/B inédites
Conception graphique Hot’s Design Communication SA, Bienne
Impression Ediprim SA, Bienne
©Intervalles
N° 82  Les mennonites des 
hauteurs jurassiennes
Titre
Auteur
texte
Avant-propos
Jurg Gerber-Boillat

Après l’Année Gotthelf, organisée en 1997 pour le 200e anniversaire de la mort de l’écrivain et l’Année de la Guerre des paysans de 2003, rappelant les événements dramatiques d’il y a 350 ans, l’association touristique et économique Pro Emmental a lancé le projet Année anabaptiste 2007, sachant que l’Emmental a été l’une des régions où l’anabaptisme pacifique a pris racine, peu après sa genèse zurichoise en 1525, avant d’y être cruellement persécuté.
Il va de soi que le but premier de ces Années particulières est de promouvoir le tourisme régional. Mais, parallèlement à l’animation touristique, Pro Emmental s’est à chaque fois montrée soucieuse de ne pas en négliger les aspects culturels et éducatifs, en s’assurant le soutien et la participation d’organismes publics et privés directement intéressés par les thèmes choisis.
Ainsi, pour ce qui concerne l’Année anabaptiste, Pro Emmental s’est approchée de l’Eglise réformée et des assemblées anabaptistes en les associant étroitement à toutes les manifestations qu’elle avait organisées et en les incitant à devenir elles-mêmes activent et à prendre toutes initiatives susceptibles d’intéresser le public tant régional qu’international, les visiteurs américains, lointains descendants de la région, pouvant, selon son propre aveu, être particulièrement visés.

Quelques éclaircissements avant de commencer
Jurg Gerber-Boillat

Anabaptiste ou mennonite ?

De nos jours, ces termes sont pratiquement synonymes. Ils ne l’ont pas toujours été. La désignation de mennonite a été utilisée pour la première fois en 1545 dans une ordonnance d’une comtesse de la Frise-Orientale pour différencier les anabaptistes pacifiques (dont l’origine ne remonte pas à Menno Simons, mais à l’environnement zurichois de Zwingli) de groupements violents et fanatiques qui ont vu le jour avant ou après les « frères suisses » de Zurich. Menno Simons a d’ailleurs toujours récusé la désignation de mennonite. Quant au terme d’anabaptiste, il avait une connotation très négative pour désigner tous les hérétiques « rebaptiseurs ».
Seuls à détenir la vérité
Les mennonites n’ont jamais eu la prétention de détenir la vérité à eux tout seuls. Au contraire, ils recherchent souvent le contact et la collaboration avec d’autres Eglises ou dénominations. Certains d’entre eux tiennent d’ailleurs à être membres de l’Eglise réformée et, ainsi, à soutenir son action par leurs impôts ecclésiastiques. Pendant des décennies, l’ancien pasteur anabaptiste de Tramelan se retrouvait très régulièrement avec le pasteur protestant et le curé catholique du village. Dans certaines communes, l’Année anabaptiste a même permis d’intensifier les contacts ou d’en créer de nouveaux.

Qui sont les mennonites ?
Jurg Gerber-Boillat

L’extraordinaire bouillonnement artistique, intellectuel, mais aussi social de cette rupture irrévocable qu’ont constituée, dès le XVe siècle, l’humanisme et la Renaissance, n’est pas resté sans effets sur l’Eglise. Elle fut sujette à une remise en question tant de l’intérieur, dès le concile de Vienne de 1311, que de l’extérieur, par les réformateurs. A l’origine, ils ne voulaient pas en sortir, mais répondre aux préoccupations de nombreux chrétiens déçus par son fonctionnement institutionnel. Le succès de la Réforme est dû en grande partie à une sensibilité religieuse très vive de la population, intensifiée par les malheurs du temps, mais il est aussi dû à la révolte dirigée contre les privilèges et les pratiques parfois douteuses du clergé. Ce succès est encore redevable au rapide développement de l’imprimerie qui a permis d’intensifier la diffusion de la Bible et d’autres livres religieux, surtout au centre et au nord de l’Europe.

Regards sur les mennonites du Jura
Jurg Gerber-Boillat

Des observations intéressantes peuvent être faites sur l’évolution « sociologique » des mennonites du Jura. Traditionnellement, chez nous, on leur a attribué à juste titre des activités paysannes ou voisines de l’agriculture. Cette vision des choses doit être nuancée. Aujourd’hui, le champ de leurs engagements sociétaux et professionnels est devenu plus vaste. Après l’évolution de la société vers la démocratie et l’instauration de la liberté de culte, l’intégration sociale des anabaptistes se normalisera et, dès le milieu du XXe siècle, on les retrouvera également dans les localités avoisinantes où ils embrasseront les carrières les plus diverses, notamment dans l’enseignement et les professions à vocation artistique. Un paradoxe fondamental de leurs pères aura donc été levé : alors que les premiers anabaptistes pacifiques étaient des humanistes, des prêtres, des intellectuels formés souvent aux grandes universités européennes, les paysans anabaptistes jurassiens empêchaient leurs enfants de poursuivre librement des études, dans la crainte qu’ils ne perdent la foi, même s’ils tenaient à ce qu’ils aient la meilleure instruction de base possible, en engageant des enseignants et en entretenant des classes dans leurs fermes.

Les hérétiques de la Réforme
Thibaut Kaeser
A l’occasion de l’Année anabaptiste, le quotidien édité à Genève Le Courrier s’est penché, en août 2007, sur l’histoire des anabaptistes pacifiques, marquée par les persécutions et la résistance.
Né dans l’effervescence de la Réforme, l’anabaptisme s’est positionné religieusement et politiquement sur la gauche du protestantisme triomphant de Luther, Zwingli et Calvin.
Le médiéviste français Jacques Le Goff a coutume de rappeler combien la Réforme fut une révolution, tant son impact sur l’Europe redessina en profondeur la donne religieuse et politique d’un Vieux Continent marqué par l’humanisme de la Renaissance et les affrontements sanglants, cela même au moment où il s’ouvrait sur l’outre-mer. En effet, si le protestantisme du XVIe siècle confirme cette affirmation, l’anabaptisme l’illustre avec éclat.

Entre dévoiements et persécutions
Thibaut Kaeser
A peine né, l’anabaptisme pacifique est rejeté et persécuté de toutes parts, aussi bien par les autorités religieuses que politiques. En outre, sa réputation est entachée par des mouvements qui s’en réclament en basculant dans un millénarisme violent.

Officiellement apparu avec « le baptême de la foi » de Georges Blaurock par Conrad Grebel le 21 janvier 1525 et déjà banni, l’anabaptisme se développe surtout en Suisse alémanique, en Allemagne (avec Hans Denck, Sébastien Franck et Balthazar Hubmaier) et en Hollande, mais aussi dans le Tyrol, en Moravie (Tchéquie) ainsi qu’en Pologne et en Lituanie (plus faiblement en Transylvanie et en Italie). Partout, cette nouvelle expression chrétienne radicale – à mi-chemin de la redécouverte scripturaire de l’Evangile et de la contestation sociale – incommode les autorités. Les catholiques voient dans les idées de ces insurgés pacifiques de la foi l’aboutissement logique de la Réforme, dont ils ne peuvent tolérer le caractère jugé subversif, tandis que les protestantismes naissants (luthérien, zwinglien ou calviniste), soucieux d’asseoir les changements apportés, s’associent aux pouvoirs gagnés à leur cause.
Les mennonites contre vents et marées
Thibaut Kaeser
A la suite de la tragédie de Münster, l’anabaptisme pacifique se regroupe et se réorganise sous la férule de Menno Simons. Les persécutions incitent à l’émigration, d’abord à l’intérieur de l’Europe puis vers l’Amérique.

La Guerre des Paysans allemands et la Commune théocratique de Münster aggravent considérablement la réputation sulfureuse de l’anabaptisme. Mal perçu depuis ses débuts, combattu par le verbe avant de l’être par le fer, les bûchers et les noyades, ce courant chrétien radical et marginal traîne une odeur d’hérésie persistante rendue insupportable par certains croyants qui, sans être d’authentiques fidèles, s’en réclament en basculant dans la violence millénariste.
Alors que la Réforme se cherche encore entre 1520 et 1540 – malgré des lignes de démarcation de plus en plus saillantes –, la légende noire des anabaptistes est déjà établie. Plus personne ne se penche en détail sur leur véritable théologie. Le monde protestant en voie de constitution les considère comme des fourriers du désordre dont la lecture biblique fourvoyée est confirmée par les événements sanglants d’Allemagne. La Contre-réforme du Vatican en fait des « rejetons de l’hérésie » sur lesquels il vaut encore moins la peine de s’attarder. Ainsi, toute une littérature de discrédit et d’opprobre s’efforce d’amalgamer l’anabaptisme non violent avec « le théologien de la révolution » Thomas Müntzer et le « Royaume de Sion » de Münster, qui ont tant effrayé l’Europe.
La survie dans l’émigration
Thibaut Kaeser
En 1693, la famille anabaptiste se divise à la suite du schisme amish, et l’émigration en Amérique devient massive au XVIIIe et XIXe siècles.

Partir ou rester ? Cette question a longtemps suscité le débat au sein de l’aile gauche de la Réforme, massivement contrainte de quitter sa patrie, notamment la Suisse alémanique, en raison des persécutions religieuses, mais aussi d’une situation économique parfois difficile (d’ailleurs souvent due à la pression d’autorités peu amènes). Certains anabaptistes purent emmener leurs biens et rester unis dans le malheur ; d’autres furent spoliés et expulsés, quand ils n’étaient pas enchaînés et embarqués sur l’Aar ou le Rhin pour de périlleux voyages qui déchiraient des familles entières.
Cette histoire de douleur et d’exil forcé s’atténue au fil du XVIIIe siècle. Les Lumières, avant la Révolution française, apaisent les tensions interchrétiennes qui ont tant agité l’Europe. Entre-temps, le relâchement des persécutions, intermittentes et versatiles, ainsi que l’aide des mennonites hollandais permettent aux « Frères Suisses » d’améliorer peu à peu leur situation durant le XVIIe siècle – sans que cela soit évident ni complètement rassurant, puisque la dernière exécution a lieu à Rheinfelden en 1626.

Les anabaptistes-mennonites des hauteurs jurassiennes en 15 tableaux
Michel Ummel
En observant certains paysages des hauteurs jurassiennes, on se trouve en présence de bâtiments atypiques dans des lieux excentrés comme Les Bulles, près de La Chaux-de-Fonds, La Chaux-d’Abel, Le Jean Gui sur la chaîne du Mont-Soleil, Les Mottes sur la route qui relie Tramelan à Montfaucon, ou encore Moron non loin de Bellelay. Rien ne permet d’identifier clairement et de façon sûre, ce que d’aucuns appellent, faute d’autres vocables, des fermes-églises. Le voisinage, s’il n’est pas de souche anabaptiste, a parfois vécu pendant plusieurs générations sans pousser une fois la porte de ces chapelles presque toutes centenaires. Cela fait bientôt cinq siècles que protestants, catholiques et anabaptistes vivent côte à côte. On sait, sans pouvoir vraiment le verbaliser, qu’il y a des différences. Tramelan n’est pas Saignelégier, ni Les Bois La Ferrière. On a vécu pendant des centaines d’années sans forcément s’approcher de l’« autre », celui ou celle qui a une autre culture, d’autres traditions, une autre foi, une autre langue peut-être. De grandes catégories ont été établies, souvent très réductrices, parfois porteuses d’ironie, ou même, derrière le sourire, empreintes d’un certain mépris. Que penser du terme « Teufas » ou « Teufet » pour caractériser les « Täufer », les « baptistes » ou plus clairement dit les « anabaptistes » ? Les temps changent, les mentalités changent, on s’invite, on se rend visite, on tente l’incursion, elle se transforme parfois en excursion. La terra incognita hostile, devient plus accueillante, on a du plaisir à la découvrir, à la parcourir.

L’anabaptisme jurassien d’aujourd’hui: un regard subjectif
Maurice Baumann
A Samuel des Reussilles

à Abraham des Mottes

à Charly des Bulles 

à Isaac de La Chaux-d’Abel


Né dans une famille anabaptiste jurassienne, j’ai passé mon enfance et ma jeunesse dans cette communauté. Les contingences biographiques m’ont éloigné de ce mouvement religieux, plus par hasard que par volonté de rupture fracassante. Les souvenirs et les amitiés que j’en garde font de moi une espèce d’anabaptiste sociologique et distancé, sans amertume ni nostalgie, portant sur ces communautés un regard de sympathie joyeusement critique. Mon expérience avec l’anabaptisme est fragmentaire et ne recouvre qu’une période somme toute très courte. Elle est ancrée dans une époque dont je dirais qu’elle correspondait à la querelle des anciens et des modernes. Pour en tracer les contours, il convient peut-être de la situer dans un contexte historique plus large. Je l’esquisse brièvement.
Le radicalisme des débuts
Les premiers anabaptistes s’inscrivent dans la dissidence ; non seulement théologiquement, mais aussi et surtout politiquement. En refusant le lien traditionnel entre le pouvoir séculier et la religion, ils se mettent au ban des structures sociales et hiérarchiques de leur époque. A partir de motifs théologiques, ils élaborent ainsi une alternative au régime politique dominant et instaurent un modèle inédit de vie communautaire et religieuse
Les Eglises dialoguent
Jurg Gerber-Boillat

Couronnement d’un processus de dialogue conduit, pendant deux années, par une délégation du Conseil synodal des Eglises réformées Berne-Jura-Soleure et des représentants des communautés anabaptistes présentes dans les régions du ressort territorial de l’Eglise réformée, les signataires ont publié une « déclaration conjointe » le 18 février 2008.
Cette déclaration peut être vue comme une étape marquante dans l’histoire de la réconciliation entre l’Eglise réformée et les anabaptistes persécutés jusqu’au début du XIXe siècle. Au travers de quatre chapitres « Convergences », « Faire mémoire », « Affronter les différences » et « Déclaration d’intention », s’exprime une volonté de cheminer ensemble – L’Eglise réformée et ses paroisses mais aussi les Eglises et communautés anabaptistes et mennonites − par-delà les commémorations de l’Année anabaptiste 2007. On peut lire dans la déclaration « Nous voulons vivre ensemble dans la réconciliation. »

Bibliographie sommaire


Pierre Gisel (dir. d’édition)
Encyclopédie du protestantisme, Cerf, Paris et Labor et Fides, Genève, 1995, 1710 pages.

Marc Lienhard (doyen et prof.)
Dans la collection Histoire du Christianisme des origines à nos jours, sous la dir. de J.- M. Mayeur, Ch. Pietri, A. Vauchez, M. Venard, 
25 pages sur Les Réformateurs radicaux (vol. 7, De la Réforme à la Réformation (1450-1530), Desclée 1994, pp. 850-830), ainsi que dans la même série, 62 pages sur Les Anabaptistes (vol. 8 Le temps des confessions (1530-1620/30), 1992, pp. 119-181).

Jean Séguy
Les Assemblées anabaptistes-mennonites de France, Mouton, Paris et La Haye, 1977, 904 pages, énorme bibliographie, nombreuses traductions françaises de documents importants, historiques et analyse sociologique.

Charly et Claire-Lise Ummel
L’Eglise anabaptiste en pays neuchâtelois, La Chaux-de-Fonds : 
Ed. d’En Haut ; [Gümligen] : Société suisse d’histoire mennonite, 1994.
Biographies succinctes des auteurs
Maurice Baumann
Né en 1947. Instituteur à Cortébert, puis pasteur à Saint-Imier, puis père au foyer, il enseigne actuellement la Théologie Pratique à Berne. Marié, 
3 enfants.

Jürg Gerber-Boillat
Né en 1942 à Delémont. Enseignant à Tramelan, Malleray et Bienne, Secrétaire adjoint francophone puis Secrétaire central de la Société des enseignantes et enseignants francophones, il fut député entre 1993 et 2006.

Thibaut Kaeser
Né en 1975 à Genève. Historien de formation (Université de Genève) et journaliste à L’Echo magazine. Il est passionné d’histoire religieuse, d’Amérique latine, de poésie et de littérature fantastique.

Michel Ummel
Né en 1963, ancien (pasteur) dans la Communauté mennonite du Sonnenberg à Tramelan et environs, enseignant de français au gymnase de la Kirchlich-Theologische Schule de Berne, impliqué dans la Commission des Archives de la Conférence mennonite suisse et l’association Memoria mennonitica, qui s’occupe de sauver et de mettre en valeur le patrimoine anabaptiste-mennonite.
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