REVUE N° 77
Diligences et berlines sur les routes du Jura

L’étude réalisée par Joseph-Antoine Jobé nous entraîne par monts et par vaux sur les routes de l’ancien Evêché de Bâle. Elle fourmille d’anecdotes et de détails captivants sur les parcours, les horaires de voyages, les moyens de transport de l’époque révolue des diligences.

 

Le numéro est complété par d’anciennes cartes, des vues pittoresques de cluses jurassiennes réalisées par des peintres bâlois, un récit de voyage de Bâle à Bienne effectué à la fin du XVIIIe siècle, ainsi que quelques extraits piquants d’archives.

     
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FRANCIS STEULET Préface
JOSEPH-ANTOINE JOBÉ Diligences et berlines sur les routes du Jura
INTERVALLES Les dernières diligences
INTERVALLES Goethe de passage à Moutier
DENIS MOINE Archives
   
   
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N° 77  Diligences et berlines sur les routes du Jura
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Préface
FRANCIS STEULET
Dès le Moyen Age, les besoins du commerce, ceux de l’administration aussi bien que du public en général, incitèrent à la mise en place d’un service de messagerie. N’oublions pas qu’au fil des siècles, la Suisse a été constamment un espace de transit. Sa situation géographique et le contrôle qu’elle a exercé sur les principales voies de communication transalpines, expliquent cette fonction.
1735 vit l’ouverture du premier parcours régulier de voiture postale entre Berne et Zurich. Mais ce n’est qu’avec l’amélioration des routes, à la fin du XVIIIe siècle, que les transports en voiture s’imposent.
Au cours des XVIIIe et XIXe siècles, le réseau routier suisse souffre d’un manque de coordination au plus haut niveau. Il est loin de satisfaire aux besoins nationaux et internationaux. Les législations cantonales relatives aux ponts et chaussées laissent entrevoir une tendance à la prise en charge par l’Etat, dans le but d’améliorer la situation.
Dans la Principauté et Evêché de Bâle, le Prince-Evêque Joseph-Guillaume Rinck de Baldenstein réalise, grâce au talent de son conseiller Decker, grand-maître des ponts et chaussées, la construction et l’aménagement des principales voies de transit. Trois axes relient Porrentruy à Bienne, Porrentruy à Bâle et Porrentruy à Saignelégier. Il faut rappeler que dans la conception des axes routiers jurassiens, les montagnes constituèrent des obstacles de taille.
L’étude réalisée par Joseph-Antoine Jobé, ancien professeur de français et ancien directeur d’édition, constitue le plat de résistance de ce numéro de la revue Intervalles. Elle nous entraîne par monts et par vaux sur les routes de l’ancien Evêché de Bâle, et fourmille d’anecdotes et de détails captivants sur les parcours, les horaires de voyages, les moyens de transport de l’époque révolue des diligences.
Le numéro est complété par d’anciennes cartes, des vues pittoresques de cluses jurassiennes réalisées par des peintres bâlois, un récit de voyage de Bâle à Bienne effectué à la fin du XVIIIe siècle, ainsi que quelques extraits piquants d’archives.
Nous espérons que vous aurez plaisir à vous plonger dans les péripéties de ces voyages du passé.
Diligences et berlines sur les routes du Jura
JOSEPH-ANTOINE JOBÉ
Avant de parcourir nos vallées en voitures attelées, considérons comment on voyageait dans les royaumes de France, en Angleterre et dans la constellation des Etats du Saint-Empire-romain-germanique, dont faisait partie le Jura des Princes-Evêques. La comparaison ne sera pas à notre avantage, car le Jura, petite principauté ecclésiastique, est pauvre et situé à l’écart des grands courants économiques. Le début des transports publics par chaises de poste ou diligences montre à l’évidence ce retard de notre pays par rapport à nos voisins.
Dans le royaume de France, des voitures publiques circulent depuis 1575 environ ; en 1647, Paris est relié à 43 villes de province. Vers la fi n du XVIIe siècle (l693), les voitures publiques qui sillonnent le pays appartiennent à l’une des trois catégories suivantes:
a) les carrosses de route ou de diligence qui sont propriétés d’une entreprise jouissant d’un privilège royal (on dirait aujourd’hui une concession). Ils ne prennent que les voyageurs et leurs bagages à l’exclusion de toutes autres marchandises ; ils partent à heures fixes, qu’ils aient ou non des voyageurs. Ils sont presque tous attelés de quatre chevaux et offrent ordinairement huit places. Les bagages sont chargés à l’avant et à l’arrière dans deux grands paniers qu’on appelle magasins et qu’on recouvre d’une toile cirée ou d’une lourde couverture de cuir.
b) les voitures des messageries qui appartiennent à un service régi par un règlement de 1678 et qui dépendent de l’Etat. Ces voitures emportent des voyageurs, leurs bagages et des marchandises.
c) les coches qui, eux, sont des voitures en forme de carrosses, construites en osier. Elles sont propriétés d’entreprises privées qui exploitent certains itinéraires définis. Elles emportent voyageurs et marchandises à une vitesse inférieure à celle des diligences, mais elles sont aussi moins chères.

Dans la Principauté

Avant 1750

Depuis le XVIIe siècle circulent dans notre pays, sur des itinéraires déjà anciens, les messagers de la poste des paysans: les missives et correspondances administratives ou diplomatiques sont transmises d’un village à l’autre par corvées. Sur l’itinéraire privilégié de Porrentruy à Delémont et de Delémont à Bâle, un messager circule une ou deux fois par semaine.
Jusqu’en l671 on n’en connaît pas les noms. Mais à cette date apparaît une femme entreprenante, forte et bien entendue. On l’appelait « la Régine ». Le conseil de ville de Delémont la convoque le 18 mai 1671 pour lui confier le service des messageries et commissions de Delémont à Bâle. La Régine accepte à condition de recevoir du Conseil un justaucorps en drap rouge et blanc, un tricorne en feutre noir, orné de galons d’or C’est ainsi qu’on vit sur la route de la vallée de Laufon, une femme revêtue par-dessus ses jupes d’un justaucorps aux couleurs de la ville de Delémont, une cornette en bandoulière et un tricorne bien fixé sur sa chevelure. Elle assuma sa charge fort gaillardement et grâce à son dévouement et à la confiance qu’elle inspirait, la correspondance devint plus importante, plus active. Bientôt une voiture à cheval ne suffit plus: elle demanda une voiture plus confortable à deux chevaux, avec, en plus, une augmentation de traitement. La Régine fit service jusqu’à sa mort en 1682.

1793 – l814: la période française

Le 27 novembre 1792 fut proclamée, à Porrentruy, la République Rauracienne : le Prince-Evêque Joseph de Roggenbach fut destitué. Il attendit vainement un retour de fortune sur les bords du lac de Constance. Mais la République Rauracienne ne fut qu’une courte illusion car le 23 mars 1793, la partie septentrionale de l’ancien Evêché (Ajoie, Pays de Delémont et Franche-Montagne) devint le Département du Mont-Terrible, chef-lieu Porrentruy, 87e département de la République française; les baillages méridionaux (Prévôté et Erguël) seront annexés à ce département le 15 novembre 1797. La loi du 28 pluviôse, an VII (17 février 1800) supprime le Département du Mont-Terrible et rattache tout le territoire jurasssien au Département du Haut-Rhin, dont le chef-lieu est Colmar. Porrentruy et Delémont deviennent des sous-préfectures. Cette situation perdure jusqu’au 27 janvier 1814.
Cette période, troublée par une transformation radicale du régime politique, l’est aussi à tous les étages de la vie pratique. Tout d’abord le pays est occupé ; villes et communes rurales (naguère appelées paroisses) doivent obéir à des ordonnances, des règlements imposés par des administrateurs français. Le pays est bousculé dans ses coutumes, sa manière de penser; la conscription des citoyens, les réquisitions des biens et des services se succèdent, créant un certain désarroi dans la population et une désorganisation chronique dans la vie économique et sociale.

1815 – 1848: la période bernoise

Dès 1815, l’ancien Evêché de Bâle devient suisse sous le nom de Jura bernois. Le pays sous économie de guerre pendant une vingtaine d’années a besoin de renouveau.
Les Puissances Alliées nomment le baron d’Andlau gouverneur général avec résidence à Delémont. Une de ses premières décisions fut de rétablir les fermes des Postes et Messageries telle qu’elles étaient en 1792. Une convention, le 17 août 1814, est signée entre le baron d’Andlau et un revenant, J.-J. Brodhag; elle précise les modalités de ce service rénové, sans toutefois mentionner le transport des personnes.
Quelques semaines plus tard, J.-J. Brodhag s’allie à la famille Fischer von Rychenbach, chargée de l’administration des Postes et Messageries de Berne : le baron d’Andlau approuve cette alliance le 4 août 1815.
Enfin, le 14 novembre de la même année, le Congrès de Vienne rattache la presque totalité de l’ancienne Principauté ecclésiastique au canton de Berne. C’est désormais la famille Fischer qui dirige les services bernois des Postes et Messageries.
En 1817, Bâle et les Fischer signent une convention qui confie à ces derniers l’établissement d’un service de diligence entre La Chaux-de-Fonds et Bâle par les vallées du Jura, d’abord 2 fois par semaine, puis bientôt 4 à 7 fois pour satisfaire la demande. Les voyageurs passent de 16 à 59 par semaine.
On remarquera que, dans les trois ans qui ont suivi le départ des Français, le pays semble reprendre un rythme que n’entravent plus les barrières et autres inconvénients dus à une occupation étrangère.

Auberges et relais sur la route Bâle à Bienne

Sur la route de Bâle à Bienne, qui reste, à l’époque, l’itinéraire le plus fréquenté, les voyageurs trouvent dans les auberges et relais toutes les commodités souhaitables pour un voyage agréable. Les auberges sont signalées dans les guides; on notera ici les plus fréquemment citées.
A Bâle: l’Auberge des Trois Rois, qui doit son nom à l’entrevue de 1027 à laquelle participèrent l’empereur Conrad II, son fils Henri III, roi des Romains et Rodolphe III, le dernier roi de Bourgogne.
Et encore: la Cigogne, près de la poste; on y est bien traité;
-le Sauvage, dans le centre, excellente maison;
- et encore: la Couronne, la Tête d’or, le Cygne.
Au passage à Laufon, seul le Soleil mérite mention. Entre Soyhières et Delémont, l’Etablissement des Bains de Bellerive peut séduire un voyageur fatigué ou peu pressé; à Delémont: la Croix et l’Ours; à Moutier, le Cerf, la Couronne, et le Cheval blanc. A Malleray, le Lion et à Tavannes, la Couronne, et la Croix. A Sonceboz, la Couronne jouit d’une grande réputation.

1850 – 1920: la période fédérale

En 1849, les postes devinrent fédérales. La loi du 4 juin 1849 fait du transport des personnes par la poste une partie intégrante de la régale des postes. A cette date, il n’existait pas de chemin de fer en Suisse, sauf sur le tronçon Zürich- Baden, aussi le public attendait-il de la nouvelle organisation une amélioration des communications, des voitures plus rapides et plus fiables, plus d’exactitude dans les horaires… et l’acceptation sans restriction des voyageurs.
Les postes fédérales rachetèrent aux postes cantonales le matériel roulant encore performant en attendant l’aboutissement d’un vaste travail d’organisation valable pour l’ensemble du pays.
Les anciens itinéraires et horaires furent confirmés, corrigés, supprimés ou complétés de manière à former un réseau national cohérent. On conserva le service par extraposte, en dehors des horaires réguliers, avec changement de chevaux en cours de route. Le règlement de 1852 prévoyait même la mise en service d’extraposte accélérée, dont les temps de parcours et les arrêts étaient raccourcis le plus possible : le tarif coûtait 50 % plus cher. C’était alors un moyen idéal pour voyager, mais il exigeait une bourse bien garnie.
Les dernières diligences
INTERVALLES
Selon des instructions précises, les trajets et les horaires étaient adaptés et réadaptés aux besoins, les personnels engagés et formés, les voitures et harnais conformes à une ordonnance, les chevaux nourris, logés et soignés avec égards; cette belle « organisation » fonctionnait-elle à satisfaction des usagers?
En octobre 1866, un Bruntrutain désire se rendre à Bienne ; il prend place dans la diligence au départ de Porrentruy; jusqu’à Delémont tout va très bien; les chevaux grimpent allègrement la Malcôte et franchissent le col des Rangiers au pas… à cela rien d’extraordinaire.
« La voiture de Bâle », écrit notre Bruntrutain dans Le Jura du 16 novembre 1866, dans laquelle nous devions poursuivre notre route n’étant pas arrivée et, la salle d’attente n’ayant d’autre plancher qu’un macadam visqueux et d’autre plafond que la voûte du ciel, nous dûmes prendre logis à l’Hôtel de l’Ours, en prenant soin d’emporter nos bagages qu’il était prudent de ne pas perdre de vue afin de pouvoir assister plus tard à leur chargement.
Le lendemain matin, les voyageurs pour Bienne se trouvent dans l’obligation d’emprunter une voiture de supplément, qu’on va tirer « de sa poussière et de ses toiles d’araignées, le postillon de son lit, les chevaux de leur sommeil et de leurs rhumatismes ». On procède méthodiquement et sans hâte: on donne le picotin, on abreuve à la fontaine, on attelle les chevaux, on signe la paperasse. Départ difficile; les chevaux semblent engourdis, la diligence patraque; on avance si lentement qu’à l’arrivée à Moutier, notre voyageur rate la voiture régulière. Il faut une nouvelle voiture de supplément, laquelle se trouve être une vieille patache.
Goethe de passage à Moutier
INTERVALLES
Le 12 septembre 1779, Goethe, le grand écrivain allemand, entreprenait un voyage en Suisse avec son protecteur et ami, le duc Charles-Auguste de Weimar, et von Wedel, le grand-maître des eaux et forêts du duché de Weimar.
Les trois illustres voyageurs arrivèrent à Moutier le dimanche 3 octobre 1779 et logèrent dans la seule auberge existant à cette époque: le « Cheval-Blanc » (réd.: existe encore aujourd’hui).
Le 4 octobre, ils partirent au matin, traversèrent Pierre-Pertuis et arrivèrent à Bienne, où ils descendirent à l’Hôtel de la Couronne. Le 5 octobre, ils visitèrent la ville et les environs et poussèrent même leur voyage d’exploration jusqu’à l’île de Saint-Pierre. Goethe trouva un singulier plaisir à cette exploration. Le receveur de l’île, qui avait hébergé un autre grand écrivain en 1765, fit voir à Goethe la « chambre de Monsieur Rousseau ».
Ce dernier commençait à entrer dans la légende ; il était mort l’année précédente.
Une lettre de Goethe, datée de Moutier le 3 octobre 1779, a été publiée plus tard dans ses Lettres à la Suisse. Nous transcrivons ici ce qui concerne notre contrée.
Archives
DENIS MOINE
1er mars 1741
Les routes de la Principauté de Bâle ne sont pas en très bon état, pas assez larges pour les diligences des messageries, les attelages et charrois de tout genre. Au fil des années, les Princes-Evêques édictent des ordonnances pour leur entretien et l’aménagement des passages dangereux. Mais les communautés ne se montrent pas très empressées pour organiser les corvées. Le 1er mars 1741, le Prince-Evêque Jacques-Sigismond de Reinach ordonne aux baillis de les rappeler à l’ordre et de prélever les sommes nécessaires. «Quoiqu’il tombe à la charge des communautés de faire chacune le canton de chemin qui leur est assigné. Nous trouvons cependant être d’une nécessité absolue d’ordonner une levée suffisante de deniers publics, pour abattre et faire sauter les rochers dans les endroits les plus difficiles qui se rencontrent de distance à autre, qui demandent des ouvriers expérimentés ».

1814
Pour achever sa Description topographique et statistique de l’Evêché de Bâle, publiée en 1814, Casimir Delfils fait encore le compte des grandes routes. La principale relie Bâle à Bienne, « par les vallées de Lauffen, Delémont, Moutier et Tavannes, un embranchement sortant de Pierre-Pertuis conduit par le Haut-Erguël à la Chaux-de-Fonds ». L’Ajoie est traversée par la route qui prolonge celle de Belfort à Porrentruy, « elle se ramifie sur la Montagne des Rangiers vers celle de Bâle à Bienne et celle de Pierre-Pertuis, et par Saint-Ursanne et la Franche-Montagne vers le comté de Neuchâtel ». Les routes sont en bon état, mais rendues incommodes par les passages montagneux. La sûreté est grande, « elles ne sont jamais infestées de brigands, on parcourt à toute heure les lieux les plus retirés, les chemins les plus tortueux à travers les plus sombres forêts, sans courir le moindre danger. La confiance des habitants est telle qu’ils dorment en paix, dans leurs maisons sans avoir fermé les portes ».
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