REVUE N° 75
Traces du passé
     
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  • Sommaire
  • Impressum
Intervalles Préface
Pierre Rebetez Principauté et Evêché de Bâle
Jean Haas Les bornes de l’ancienne principauté/évêché de Bâle
Hans A. Michel Délimitation des frontières au pied du Jura
Eric Sandmeier La borne de la Comtesse sur les Hauts de Macolin
Raoul Voirol Quand des élèves « dépassent les bornes »
Francis Steulet Les bornes milliaires
Intervalles La voie Salina
Sylvio Casagrande De quelques bornes-limites entre les anciennes abbayes de Bellelay et de Moutier-Grandval, à Montbautier
   
   
©Intervalles
N° 75  Traces du passé
Titre
Auteur
texte
Préface
Intervalles
Le passé à la trace

Intervalles a tenu à rappeler l’existence d’un patrimoine historique, bien souvent méconnu, voire caché. Car les bornes sont des témoignages de l’histoire d’une région. Leur situation leur attribue une valeur émotionnelle, confirmée souvent par des actes écrits attestant leur existence et leur importance.
Les régions jurassiennes conservent heureusement un nombre important de ces vestiges historiques; on en recense en effet près de 1 600. Les frontières et les bornes ont quelque chose de fascinant; elles invitent à se replonger dans un passé qui ne se dévoile que patiemment.

Une seule façon de les découvrir: aller pedibus! De quoi donner envie de partir en découvertes et d’entreprendre de splendides randonnées par monts et par vaux. Etre à la fois randonneur et arpenteur: un vrai travail de bénédictin. Car la marche constitue un tissu imprévisible de détours, de sursauts, de dérives parfois, plus ou moins fructueux.

Un randonneur, Jean Haas de Delémont, a sillonné pratiquement tous les sentiers pédestres jurassiens. En de nombreuses étapes, il a longé pas à pas les frontières de l’Ancien Evêché de Bâle, en relevant la situation des empreintes du passé. Des évocations historiques, qui complètent avec bonheur les reproductions des bornes historiques, alternent avec la description des étapes parcourues. Jean Haas a su conjuguer avec bonheur et réussite la recherche historique, la randonnée et la découverte insolite.
D’autre part, un travail de classe remarquable, réalisé par des élèves de Tramelan, dresse l’inventaire des bornes qui balisaient autrefois la frontière séparant les communes de Tramelan-Dessous et Tramelan-Dessus; il méritait d’être publié.
Principauté et Evêché de Bâle
Pierre Rebetez
La principauté

En 999, Rodolphe roi de Bourgogne, donna une bonne partie des terres formant le Jura bernois et le canton du Jura à l’évêque de Bâle: Orvin, Saint-Imier, Moutier-Grandval, les Franches-Montagnes, la Prévôté de Saint-Ursanne, des domaines en Ajoie. On ne sait pas quand les évêques reçurent en outre le pouvoir temporel. Ils furent d’abord propriétaires de certaines terres, mais non pas nécessairement des souverains. Puis ils portèrent bientôt le titre de prince et agrandirent leur principauté. On l’appela l’Evêché de Bâle (qu’il ne faut pas confondre avec le diocèse, territoire plus vaste placé sous la juridiction de l’évêque, chef religieux).

Les régions

Bienne, dès le XIe siècle, dépendait de l’évêque de Bâle, son souverain. Porrentruy et l’Ajoie ne furent rattachés que par bribes, et peu à peu, à l’autorité temporelle de l’évêque (quelques terres en 999). Spirituellement, l’Ajoie, sauf la Baroche, dépendait de Besançon.
La vallée de Delémont fut achetée, en 1271, par le prince-évêque aux comtes de Ferrette.
Les bornes de l’ancienne principauté/évêché de Bâle
Jean Haas
«Je suis venu au monde pour être utile!»

Originaire d’Emprach (ZH), mécanicien de formation, Jean Haas s’établit à Delémont en 1943. Sa passion pour la randonnée pédestre – une thérapie de l’âme à son avis – n’est pas étrangère à l’intérêt porté aux bornes et à leur histoire.
Une fois retraité, il entreprend d’étudier, puis de suivre pedibus l’ensemble des frontières de l’ancien Evêché de Bâle, de noter l’emplacement avec une précision helvétique, de décrire et de photographier la totalité des bornes historiques rencontrées en cours de route.
Cet engagement dans le terrain se concrétise par plus de 1 600 bornes notées et répertoriées. Leur grande variété dans les formes, avec ou sans armoiries, avec ou sans date, amplifie l’attention de ce passionné et stimule son intérêt porté à ces traces du passé.
Plus de 200 jours de marche, répartis sur des années, ont été consacrés à ces recherches. A signaler que certains secteurs ont été parcourus plusieurs fois.
Intervalles est persuadé que la présentation – partielle, mais recouvrant l’ensemble de la frontière de l’ancien Evêché de Bâle – des travaux remarquables de Jean Haas, apporte une contribution intéressante à l’histoire jurassienne.


Introduction

En parcourant les lignes suivantes, le lecteur fera connaissance avec un secteur du patrimoine qui, normalement, ne suscite pas l’attention du touriste. Nous restons en admiration devant un palais aux proportions harmonieuses, devant un pont en dos-d’âne qui assure le trafic routier depuis des siècles, ou devant la magnifique façade aux fenêtres gothiques d’une métairie ancienne. Mais les bornes, ces témoins du passé qui nous parlent, qui nous racontent l’histoire du pays, n’intéres¬sent guère le promeneur, à moins qu’il ne soit ou curieux de nature, ou passionné d’histoire.
Car, de tout temps, les populations ont éprouvé le besoin de cerner leur habitat, de fixer des limites à leur terrain de chasse. En accord probablement avec les populations voisines, on s’entendait pour reconnaître un cours d’eau, une arête rocheuse marquante, un grand arbre, comme limite commune.
Délimitation des frontières au pied du Jura
Hans A. Michel
Brefs rappels historiques

Dès la fin du XIVe siècle, les bailliages bernois de Nidau et de Büren sont attenants aux circonscriptions territoriales de La Neuveville et de la Montagne de Diesse, de Bienne et de l’Erguel, qui font partie de l’Evêché de Bâle. Il faut relever que les frontières entre ces unités administratives furent fixées à des époques différentes, tôt entre les zones habitées limitrophes, au XVIIIe siècle seulement à travers les forêts et prairies jouxtant les localités.

Avant que Berne ne s’implante dans la région, certains tronçons de frontières étaient déjà fixés et ne subirent aucune modification notable par la suite. Il s’agit de Gléresse-La Neuveville, du cours de la Suze de Nidau à Mâche, de la frontière de la mairie de Prêles, par le Büttenberg et la rive de l’Aar, ainsi que de la partie allant de Longeau à Romont.

Dès le XVe siècle, spécialement dans les traités de 1452 et 1456, 1464, 1470/72 et 1486, les frontières sur le lac de Bienne furent déterminées (de La Neuveville à la baie de Bienne), tout comme celles s’étendant de Mâche aux marais de Perles, ainsi que sur le point de rencontre de l’Evêché de Bâle, du canton de Berne et du canton de Soleure, à Reiben près de Büren.

Au début du XVIe siècle, Berne obtient que la Montagne de Diesse soit irrévocablement placée sous la double souveraineté de Berne et de l’Evêché (1505); les détails de la frontière entre Bienne et Nidau sont alors établis de façon définitive, de même que sur la Montagne de Vigneules où la borne de la Comtesse est adoptée comme pierre d’angle pour toutes les négociations à venir (1515). Après la Réformation, en 1574, les dernières retouches sont apportées au tracé de la frontière qui va de Romont à la Montagne de Romont par la Weisse Fluh et qui datait pour l’essentiel du XIVe siècle. Rappelons que Berne et Soleure étaient à cet endroit conjointement voisins de l’Evêché et que la frontière plus au sud avait été ratifiée en 1546 déjà.

Le XVIIe siècle fut marqué par d’interminables contestations et querelles locales, opposant les riverains de la frontière au sujet des cours d’eau, des forêts et pâturages (cours de la Suze, limites à Ittenberg, sur les hauteurs de Longeau, et de Macolin à Prêles). La frontière secondaire entre la Montagne de Diesse et Orvin fut définitivement adoptée en 1664.

La borne de la Comtesse sur les Hauts de Macolin
Eric Sandmeier
Il nous semble intéressant de présenter brièvement la borne de la Comtesse, pierre d’angle citée dans la plupart des documents relatant la fixation des frontières entre Berne et l’Evêché de Bâle. Nous n’entrerons pas ici dans le détail d’une histoire infiniment complexe qui remonte plus haut que la création de la Confédération helvétique. Nous nous limiterons plutôt à quelques aspects d’un tissu historique dans lequel deux états, chatouilleux de leurs droits, n’hésitèrent pas à faire tailler leur blason sur le même écusson. Les choses n’allèrent bien évidemment pas de soi. Le «Rôle de la Montagne de Diesse» de 1352, premier document conservé nous intéressant ici, ne contient aucune référence territoriale. La situation se complique au moment où Berne étend sa domination sur le Seeland.

Aarberg, en 1379, puis Nidau, en 1388, deviennent bernoises. En se réclamant des droits contenus dans l’héritage des comtes de Nidau, Berne obtient que la Montagne de Diesse jusqu’au «Zasserallen genemt der Geschler» soit placée, par l’entremise du maire de Bienne, représentant de l’évêque, et du bailli de Nidau, représentant des autorités bernoises, sous la double souveraineté des deux Etats. Le condominium, signé en 1505, place les deux hommes sur pied d’égalité pour ce qui concerne l’exercice de la justice sur la Montagne de Diesse.

La borne de la Comtesse porte la date de 1515. Un document de la même année prévoit qu’elle doit avoir quatre côtés avec, du côté du couchant en direction de Douanne, les armoiries de Berne, du côté de la bise, la crosse de Bâle, en direction du sud, un ours et la crosse de Bâle et du côté du vent de la montagne, une crosse de Bâle.

Quand des élèves « dépassent les bornes »
Raoul Voirol
ou

L’inventaire des bornes de l’ancienne limite entre Tramelan-Dessous
et Tramelan-Dessus, 50 ans après la fusion


En l’an 2000, la Municipalité de Tramelan a fêté le 50e anniversaire de la fusion des anciennes communes de Tramelan-Dessous et de Tramelan-Dessus. De nombreuses manifestations ont été organisées à cette occasion.

Ainsi, la classe 9G de l’Ecole secondaire de Tramelan, sous l’impulsion du maître de classe, a réalisé un projet lié à cette fusion; sept thèmes ont été traités dont celui proposé en titre.


Un projet inédit

Réalisé entre l’automne 1999 et le printemps 2000 par les élèves Barao Catia, Colette Marjorie, Gindrat Samuel, Goetschi Myriam, Goetschmann Guillaume, Grosso Samantha, Jourdain Julien, Maire Fannie, Maire Nadine, Miroballi Laura, Stettler Julien, Tschirren Gregory et Vienat Stéphane, le projet a abouti à une exposition publique présentée au Centre Interrégional de Perfectionnement de Tramelan, du 15 au 18 juin 2000.
Les auteurs poursuivaient un objectif unique, celui de dresser l’inventaire des bornes et de le présenter sous la forme d’un catalogue de «fiches techniques» comprenant une description de chaque borne retrouvée et de l’environnement dans lequel elle se trouve ainsi que des photos; aucune recherche dans les différentes archives n’a été effectuée.
Entrepris avec sérieux, ce travail n’a certes pas la rigueur qu’auraient affichée des spécialistes de la conservation du patrimoine; mais, jamais réalisé à ce jour, il a pris une importance certaine puisque le document, devenu l’édition 2000, a été déposé aux Archives de la Commune de Tramelan; il est répertorié comme propriété de Pro Tramelan, partenaire, à l’époque, du projet de classe.


Une deuxième édition remaniée

Au début de l’année 2006, le document originel a été complété par l’enseignant: l’inventaire des bornes a été repris; quelques petites erreurs ont été corrigées, des compléments d’information ont été ajoutés sur certaines fiches; deux anciennes bornes retrouvées depuis complètent l’inventaire; quelques textes éclairent certaines opérations ponctuelles d’abornement entre Tramelan-Dessous et Tramelan-Dessus. La mise en page a été adaptée. Cette démarche ne trahit en aucun cas le projet initial mené par les élèves.
Les photos argentiques représentant chacune des bornes ont été également copiées sur support informatique.

Les bornes milliaires
Francis Steulet
L’unité de mesure adoptée en 1838 par la République de Berne était la lieue suisse. L’unité de base était le pied d’une longueur de 30 cm. On avait alors calculé qu’un attelage parcourant une longue distance couvrait une moyenne de 16’000 pieds en une heure. Les 30 cm multipliés par 16’000 donnent une distance de 4,8 km. Les bornes milliaires indiquant la distance depuis la ville de Berne, avaient été apposées tout au long des principaux axes routiers partant du chef-lieu de la république. Non datés, ces vestiges remontent à la première moitié du XIXe siècle. Par exemple, la distance de Berne à Genève, était de 28 lieues par les routes de l’époque, soit 148 km. Il faut toutefois rappeler que ce calcul, établi en 1783, était basé sur l’ancienne lieue bernoise, un peu plus longue. De nombreuses bornes milliaires ont entre-temps malheureusement disparu.

La route se dirigeant vers le Jura avait été abornée jusqu’à Buix en Ajoie. Par exemple, la Heutte se trouvait à neuf lieues et Sonceboz-Sombeval à dix, où les itinéraires se séparaient. En direction du nord, l’itinéraire était successivement aborné à Reconvilier, Malleray, Court, Moutier, Roches, Courrendlin, Delémont, Develier, Montavon, Les Rangiers, Cornol, Courgenay, Porrentruy, Courtemaîche et Buix.
La voie Salina
Intervalles
Jusqu’au milieu du XIXe siècle, l’Etat de Berne faisait venir son sel des salines du Jura français. Pour le transport, à part les voies d’eau, la voie de terre transitait par les Verrières, le Val de Travers et passait par le péage de l’ancien pont sur la Thielle, sous contrôle neuchâtelois.

Du point de vue de l’histoire du trafic, la région de Pont-de-Thielle est très intéressante. On y a trouvé de nombreux vestiges. Des ponts celtiques et romains ont été mis à jour dans les alentours. Le site fut entièrement remanié lors de la correction des eaux du Jura à la fin du XIXe siècle.
De quelques bornes-limites entre les anciennes abbayes de Bellelay et de Moutier-Grandval, à Montbautier
Sylvio Casagrande
Le récit proposé aux lecteurs d’Intervalles est une histoire vraie, vieille de 17 ans, et donc susceptible de prescription…

Toutefois, elle demeure pour moi l’«affaire de Montbautier» et un des souvenirs pénibles émaillant mes pérégrinations d’ancien «soldat» du Patrimoine.

Des bornes anciennes, j’en avais trouvé plusieurs à l’occasion de pérégrinations botaniques ou d’escapades mycologiques entre deux visites de chantier; par exemple entre Tramelan et Les Genevez (datée de 1575), ou aux Cerniers de Rebévelier, ou encore celle des pâturages de Saulcy, et celle située en contrebas de la route de Saulcy à l’étang de Bollement.

Mais quand je repense à celles de Montbautier et aux «laves» intermédiaires dressées à la manière de petits menhirs, je sens la moutarde me monter au nez. Car il s’agissait vraiment d’une destruction de témoins historiques, tranquillement exécutée à la barbe des autorités – Commune de Saicourt – Le Fuet excepté – par un ressortissant dont les origines sont sœurs des miennes…
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