REVUE N° 74
Vauffelin - Plagne - Romont

Noms de lieux-dits aux consonances évocatrices,…

Rochers mystérieux et arêtes plongeantes,…

Forêts majestueuses et pâturages boisés

Agriculture et nature main dans la main,…

La plage sur la montagne,…

Quatre saisons et une enfance,….

Un spectre bienveillant,…

Les oiseaux au fil du temps,…

L’appel du sud pour les migrateurs,…

Des détails architecturaux discrets,…

Autant de thèmes que nous vous invitons à découvrir dans ce numéro.

     
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  • Sommaire
  • Impressum
Alain Perrenoud Préface
Raymond Bruckert Vagabondage toponymique par Le Vallon des Oiseaux
Max Antenen Notes géologiques sur le vallon de Vauffelin
Maurice Kneuss, forestier Les forêts de La Baroche
Philippe Fallot Deux réseaux écologiques dans le vallon de Vauffelin
Jean-Pierre Rochat Sur les plages de la mer de brouillard
Francis Huguelet Les examens
Francis Huguelet Canicule
Francis Huguelet La salade aux oignons
Francis Huguelet Ami de la Guigue
Raymond Bruckert Le spectre bienveillant de la forêt de L’Aversanne
Francis Benoit Evolution de l’avifaune de La Baroche
Francis Benoit Le baguage des oiseaux
Sylvio Casagrande Quelques belles bâtisses
Biographies
   
   
©Intervalles
N° 74  Vauffelin - Plagne - Romont
Titre
Auteur
texte
Préface
Alain Perrenoud
Fidèle à notre envie de découvrir les multiples facettes des villages de notre région, Intervalles part à la découverte des trois villages de La Baroche, soit Plagne, Vauffelin et Romont.
Lovés dans un vallon que de nombreux automobilistes traversent pour éviter l’agglomération biennoise, ces communes font peut parler d’elles et restent discrètes. Cette discrétion les honore, certes, mais que de trésors cachés, que d’aventures non révélées, que de vécus riches de passion ! Intervalles a donc pris son bâton de pèlerin et est parti à la recherche de ces joyaux précieusement gardés par les habitants de cette région décen¬trée de la vie trépidante de la grande ville de Bienne.
En guise de mise en bouche, ce sont les lieux-dits qui nous permettent de découvrir par le menu La Baroche. Cette balade toponymique est aussi le prétexte à une lecture historique de la vie d’alors des trois villages.
Nous vous proposons ensuite d’étudier un peu la géologie, science ardue s’il en est, mais que l’auteur a essayé de rendre attrayante par des lieux que le lecteur visitera pour se rendre compte de la complexité de nos roches. Plus concrète et proche des intérêts humains, l’histoire des forêts de La Baroche nous est relatée par un homme du cru, qui nous permet de nous rendre compte de l’évolution de l’importance des zones boisées durant le dernier siècle. Ensuite, un spécialiste nous explique la « mise en réseau », une notion importante de la protection de la nature en agricul¬ture. Des exemples permettent au néophyte de comprendre ce terme géné¬ralement lié au vocabulaire informatique.
Une vie à la montagne est la synthèse poétique d’un homme qui s’est installé loin des rumeurs de la plaine, pour travailler la terre, mais aussi pour retrouver des valeurs essentielles à son bonheur. Respiration dans notre lecture, mais aussi souvenirs d’enfance d’un enfant du village de Vauffelin, quatre nouvelles au fil des quatre saisons, agréablement illus¬trées par un artiste de Plagne. La région étant riche de légendes, c’est celle d’un spectre qui nous est ensuite contée.
Le plat principal de notre numéro est un portrait magistral de l’avifaune, du Vallon des Oiseaux, autre nom du vallon de Vauffelin brossé par un natif de Romont. Il nous entraînera entre ses premiers émois ornithologiques et un bilan peu encourageant de la situation actuelle. Le même auteur nous fera également partager sa passion du baguement des oiseaux et montrera que Romont est le point de départ de passionnantes migrations.
Vagabondage toponymique par Le Vallon des Oiseaux
Raymond Bruckert
De Boujean au haut du Mont par Frinvillier et L’Aversanne

Deux itinéraires s’offrent au randonneur qui veut se rendre dans le vallon de Vauffelin ou des Oiseaux (Walfelim en 1228, Waffelin en 1448, anthroponyme germanique Fégenlin + Thal, la vallée = Fuglistal en 1349).
A partir de Boujean, faubourg oriental de Bienne, il franchit, en direc¬tion du nord, le premier pli du massif du Jura, prolongement de la chaîne du Lac vers l’est. Deux possibilités s’offrent à lui : soit s’aventurer dans la pénombre des gorges du Taubenloch ou Gouffre de la Colombe, soit s’élever à flanc de coteau sur le droit, ou versant ensoleillé, de la montagne de Boujean.

Les gorges du Taubenloch ou Gouffre de la Colombe

En empruntant la première voie, fief des phénomènes de l’érosion kars¬tique et de ses prodiges, il débouche, après une course d’environ une demi-heure sur un sentier tortueux aux passages vertigineux, dans la partie la plus basse et la plus encaissée du vallon d’Orvin. Jadis, à cet endroit, des industries tiraient leur énergie de la force hydraulique de la Suze, par exemple à La Foule de Frinvillier, sur l’emplacement du restaurant de l’entrée des gorges, où l’on traitait le cuir dans les foulons. Rien ne lui laisse soupçonner qu’à sa droite, haut perchée sur un versant abrupt et boisé, s’ouvre une idyllique petite vallée parfaitement horizontale, long synclinal régulier enserré entre deux anticlinaux, la montagne de Boujean au sud, la montagne de Plagne et de Romont au nord. Il remonte ensuite le village de Frinvillier vers l’est puis, après la grande bifurcation routière, escalade dans la forêt une combe étroite parcourue par le sentier du Mont. La montée de près d’un kilomètre au cœur d’une magnifique hêtraie est raide mais elle conduit sans coup férir notre promeneur à l’entrée du Vallon des Oiseaux.

L’antique route des Romains
En choisissant la seconde solution, il évite les gorges du Taubenloch en escaladant le droit de la montagne. Il grimpe courageusement par la venelle escarpée de La Rochette, taillée dans la falaise rocheuse, ou, éco¬nomisant ses forces, par la montée un peu moins rude de L’Octroi, au pied de laquelle se dressait jadis la douane de Bienne. Il foule alors le tracé de l’antique voie romaine ou route des Romains, grande artère transjurassienne utilisée jusqu’en 1858, avant le percement direct d’une nouvelle chaussée à travers les gorges de la Suze. Sur le bas-côté du chemin, de très vieilles bornes moussues. Soudain, la pente se fait moins farouche. A sa gauche, un monolithe rectangulaire de quelque deux mètres de hauteur interdit aux charretiers descendant du Jura de « rayer sans sabot », mesure de sécurité et manière d’épargner l’empierrement du chemin.

Notes géologiques sur le vallon de Vauffelin
Max Antenen
Traduction Alain Perrenoud, corrections Y.-A. Brechbühler
Généralités
Les communes de Plagne, Vauffelin et Romont sont situées dans le Jura plissé. Ce dernier est composé de plis (les anticlinaux) en alternance avec des vallées (les synclinaux). Cette morphologie de crêtes et de vallées semble à première vue assez simple. C’est en s’y attardant plus en détails que l’on distingue une construction tectonique variée : chevauchements, failles et décrochements. Nous nous contenterons, dans le présent article, d’en rester aux généralités des 3 communes concernées :
Plagne, le plus occidental des 3 villages, est situé en plein centre de l’anticlinal de Chasseral. La commune étend cependant son territoire sur les synclinaux de Péry et de Vauffelin.
Vauffelin, entre Plagne et Vauffelin, se situe dans le synclinal de Frinvillier-Vauffelin. Le nouveau quartier d’habitations, au nord du vieux village, s’étend sur le contrefort sud de la chaîne de Chasseral. Le territoire communal atteint, au nord, la chaîne de la Montagne de Romont. Au sud, il s’étire sur la chaîne du Lac. La commune atteint même le sommet de la crête au lieu-dit le Pâturage sur l’Envers entre La Bergerie et le Restaurant de la montagne de Boujean. Romont, le plus oriental des trois villages, englobe d’ailleurs trois crêtes et les deux vallons les séparant. Il est situé à l’extrémité est de la chaîne du lac. Cette commune s’étend à l’ouest pour atteindre La Bergerie par une petite langue. Au nord, elle traverse une combe tourbeuse, passe par la Montagne de Romont pour atteindre l’anticlinal Péry – Unt. Bürenberg, pour ensuite finir sur la chaîne de Montoz. C’est dans le secteur de l’Ob. Bürenberg que l’on trouve les plus anciennes roches des trois communes concernées.
Les forêts de La Baroche
Maurice Kneuss, forestier
Généralités

Les grandes surfaces forestières et les pâturages boisés sont propriété des corporations bourgeoises de Plagne, Vauffelin et Romont. Malgré un nombre important de propriétaires privés (env. 100), la surface forestière est relativement modeste et se compose de quelques petites surfaces com¬pactes de moins de 1 ha, le reste étant composé de petites surfaces en bout de champs ou de prés.

communesurface totale de la communesurface forestière
(y compris les pâturages boisés)
surface agricolesurface bâtieautres
Plagne752 ha467 ha241 ha17 ha27 ha
Vauffelin597 ha317 ha239 ha14 ha27 ha
Romont703 ha300 ha368 ha13 ha22 ha


Les forêts publiques se situent dans les pentes du droit et de l’envers de la montagne de Boujean, de la Montagne de Romont et de la montagne de Plagne. Les pâturages boisés, par contre, se trouvent dans les parties moins pentues ou plates, lieux plus propices à l’élevage du bétail.
Paysage particulier de la région, les prés boisés sont un amalgame de surfaces agricoles, de haies, de petites surfaces forestières et de clairières. Ce paysage artificiel a été façonné par l’homme pour tirer le meilleur parti de ce que la nature pouvait offrir :
- fourrage pour l’hiver
- pâtures d’automne
- bois de chauffage
- bois de construction
- fane pour la litière du bétail

Malheureusement, au fil des ans, les besoins ont changé. La mécanisa¬tion agricole, les regroupements de terres ainsi que la vente de parcelles pour des résidences secondaires (plus de 200 chalets) jusqu’aux années 1970 ont modifié ce paysage à tout jamais.
Deux réseaux écologiques dans le vallon de Vauffelin
Philippe Fallot
Agriculture et écologie : divergences et convergences

L’agriculteur et l’écologue se sentent fils de la terre nourricière, porteuse de vie. Tous deux la respectent comme une ressource irremplaçable.
L’agriculture et l’écologie sont pourtant entrées régulièrement en conflit au cours des dernières décennies. « Pollueurs grassement subventionnés » contre « empêcheurs d’exploiter en rond », les échanges volaient bas dans des dialogues de sourds. Depuis une décennie environ, un vent nouveau se met à souffler, et les antagonistes
deviennent peu à peu partenaires appre¬nant à s’estimer et à définir des objectifs communs.
Au cours du XXe siècle, les bocages bucoliques se sont transformés en vastes cultures dont les nouvelles machines faci¬litaient l’exploitation. De ce fait, un agri¬culteur a pu s’occuper de surfaces toujours plus vastes. Rationalisation et mécanisa¬tion étaient en marche. Il y a cinquante ans, les foins duraient jusqu’en juillet-août, aujourd’hui ils sont souvent achevés dès fin mai.
S’accompagnant d’un usage important d’engrais, de pesticides et de machines toujours plus lourdes, cette agriculture intensive a montré ses limites. Les coûts à la production rendaient les produits suisses excessivement chers en comparai¬son internationale, et les impacts sur l’en¬vironnement se sont révélés toujours plus sérieux : dégradation des sols, pollution des eaux, appauvrissement de la flore et de la faune. L’image du « gros paysans de plaine » supplantait celle du « petit paysan de montagne », garant de la protection des sites alpins.
Le tournant date du moment où le dogme de l’autonomie alimentaire et du productivisme a peu à peu cédé du terrain devant les nouvelles réalités du développement durable. Le maintien des capacités productrices reste néces¬saire afin d’éviter une dépendance exagérée. Mais l’exploitation se doit aussi de préserver les ressources sur lesquelles elle s’appuie.

Les réseaux écologiques
L’ordonnance fédérale sur la promotion régio¬nale de la qualité et de la mise en réseau des surfaces de compensation écologique dans l’agriculture (Ordonnance sur la qualité écologique, OQE) est entrée en vigueur en 2001. Son objectif est double : augmenter les subventions allouées pour les surfaces écologi¬ques et élever la qualité de ces surfaces. A titre d’exemple, un agriculteur exploitant de manière écologique des herbages à la flore particulière¬ment riche et favorisant ainsi certains animaux rares recevra des paiements plus élevés que l’exploitant dont les surfaces écologiques n’ont qu’un faible intérêt biologique. L’ordonnance prévoit notamment la mise en œuvre des réseaux écologiques. Il s’agit d’établir un concept au niveau d’une région (une ou plusieurs communes), concept indi¬quant aux agriculteurs où et comment dispo¬ser leurs surfaces écologiques pour favoriser la flore et la faune. L’agriculteur se conformant aux indications de ce projet de mise en réseau écologique recevra des paiements supplémenétaires. Sa participation reste cependant entiè¬rement volontaire. En clair, le projet réseau indique les « règles du jeu », l’agriculteur res¬tant libre de participer entièrement, partielle¬ment ou aucunement à ce « jeu » et d’obtenir les subventions qui en découlent.
Sur les plages de la mer de brouillard
Jean-Pierre Rochat
Pour le touriste étranger qui viendrait en amateur d’impressions fortes, il faudrait déjà le calmer, nous n’avons rien de grandiose, une petite église charmante qui veille sur les cent cinquante habitants, dans le cimetière que des grands noms, mais c’est entre nous ; il faudrait s’occuper person¬nellement du touriste étranger, les vertus zen de nos forêts, les cent milles herbes de nos parcelles protégées, certains couchers de soleil sublimes, là, voyez, vous avez le Chasseral et ça se passe juste à droite, c’est rouge brûlant je ne vous apprends rien…
Et si je devais faire aimer « ma » montagne, je dirais n’importe quoi, parce que c’est un trop gros morceau d’un coup. Il faut d’abord décorti¬quer les saisons, avec chacune ses spécialités, ses refuges, ses grandeurs, ses petits pas ou ses bottes de sept lieues. Nous commençons, parce que nous y sommes, par l’automne, avec le ramassage des patates, le cirque Knie, les brumes refroidissantes, le parcours de l’automne avec les ombres qui s’élargissent, au début les arbres encore verts frémissent. Il faudra passer par là, l’hiver c’est quand même le trou noir, même dans la campa¬gne, même en plein soleil parfois on gèle, oui mais l’hiver c’est aussi, à la montagne, les peaux de phoque, les enfants et les poulains dans la neige. L’hiver, les photos des monceaux de neige. Les trente couches de vête¬ments, les mille et un paniers de bois. Les troupeaux rassemblés sous tout ce que nous avons de toits. La faim de la communauté animale rythme les sorties. Je ne sais pas si l’air des lacs redescend la colline sur l’envers une fois qu’il nous a tendrement décoiffés ou s’il fait plus égoïstement la première chaîne jurassienne. Il arrive qu’un courant d’air méditerranéen nous dépose sur une plage du sud, toutes narines dilatées sur la crête des vagues d’un souffle marin. Modestement, on a pour référence la poésie d’enfance pour le chant du merle qui peut nous induire un crépuscule en aube de printemps. Oui, mais le merle c’est rien de typique de notre région, on en mange, on enchante dans toutes les parties du monde, mais si, mais si, je décrypte le chant du coq, non, le chant du merle, concentre-toi, il te parle toujours d’une région, les couleurs viennent, des personnages renais¬sent, cette région, au Caire, à Corfou, sur le mont Atlas, tu fais la tournée des images des champs des merles.
Et si celui-ci te ramène ici, au début de l’été si l’été est toute une vie, oui comme on avait encore l’air jeune en début d’été, comme l’été brûle en nous des millions de désirs d’amour, comme j’ai avalé des sourires tendres, j’ai mangé des glaces. L’été a été magnifique, les bottes de foin roulaient derrière la botteleuse par centaines, l’été était généreux cette année, beaucoup de moustiques aussi, de taons, des piqûres et du soleil par-dessus, les bêtes rassasiées nous ont bien suivis. Et maintenant sur les plages de la mer de brouillard, nous creusons la gentiane. L’été du teint hâlé nous tient encore un peu, la folie d’un galop effréné, les grondements de l’orage, réserves d’images, réserves de fourrage. Le paysan montre sa carte du paradis, oui ce sont mes buissons, la terre allouée par le destin, je la rendrai plus belle encore, maintenant attendez que tout refleurisse, on sait pas encore, d’abord la neige, la patience, c’est vivre les étapes sans les brûler, croire en mille bêtises qui se réalisent.
Les examens
Francis Huguelet
Illustrations de Rémy Grosjean

Cette année-là, Pâques tombait sur le 21 mars qui, comme chacun sait, correspond à l’équinoxe de printemps. Janvier, puis février avaient été neigeux, glacés. Deux longs mois de fricasse1 à vous rétrécir les oreilles. Deux mois de cape à vis2 puis, progressivement, des relents de vent doux avaient passé l’épaule du haut du Mont pour investir les prés tourbeux de
Sagne et les marais du Bain. En trois jours, malgré quelques gels nocturnes favorisés par la pleine lune, les pâturages de l’endroit s’étaient dénudés, offrant ce spectacle un peu triste d’une herbe jaunie, sale et tassée, dans laquelle mulots et musaraignes avaient dessiné leur réseau de commu¬nications hivernales. Seuls s’attardaient aux lisières de l’envers de longs festons ondulés de neige grise, soulignant ces combattes3 jurassiennes où s’abritent le sureau, la grande gentiane et le gratte-cul.
A Vauffelin comme ailleurs, la venue du printemps coïncidait avec les examens. L’année scolaire s’achevait avec le recul des frimas, avec la supé¬riorité de rang du soleil sur la lune. Les psychopédagogues n’étant pas encore apparus dans l’évolution des vertébrés, nul n’en était offusqué !
Durant une semaine d’intenses préparations, la classe unique s’animait. On révisait son livret, ses accords de participes, son passé antérieur, ses figures géométriques.
Puis les filles partaient en quête de primevères et de violettes, derrière La Fin-Dessous, là où le soleil avait coutume d’installer sa première parcelle de verdure. Elles récoltaient également de la mousse, du lierre et des panaches de houblon.
Munis de débris de verre à vitre, de lames à raser usagées et de paille de fer, les garçons grattaient et ponçaient les pupitres des bancs doubles sur lesquels s’étaient déjà échinés leurs parents, voire leurs grands-parents. Toute tache devait disparaître. On effaçait ainsi une année de labeur et de maladresses avec autant d’application qu’il avait fallu d’insouciance pour répandre le contenu de l’encrier !
Canicule
Francis Huguelet
Illustrations de Rémy Grosjean

De part et d’autre du vallon, les champs de céréales s’incli¬naient aux vents dominants d’ouest, en ondes infinies d’orges, de seigles, d’avoines et de blés. Depuis deux jours, des amoncellements inquiétants de nuages duveteux projetaient leurs ombres mouvantes sur une campagne étourdie de canicule. Les chemises collaient aux reins.
On redoutait la grêle, pour une moisson promet¬teuse, comme l’avait été la cueillette des cerises, au plat des Oeuchettes. Les orages de juin n’avaient laissé que peu de traces. Seuls quelques lopins d’avoine des champs de Sagne s’étaient couchés sous la bourrasque. Les iris jaunes fleurissaient à l’étang du Bain. On buvait aux cornes des fontaines.
Ce dimanche, à La Fin-Dessous, on s’était levé dans la foulée du soleil, à peine plus tard que la veille, alors que les barres des Djornelats se tassaient encore dans l’ombre grise d’une brume de beau temps. Aux hésitations de la girouette, on devinait que le vent cherchait sa voie.
A sept heures, après avoir accompli les travaux habituels de la ferme, on s’était attablé pour le déjeuner rituel du jour du Seigneur : pain cuit au four, beurre, miel et café au lait. On prenait son temps. Le jour du repos était scrupuleusement respecté, même par les paysans que contrariaient les intempéries.
La conscience faisait office de garde-champêtre !
De gros tavans s’étourdissaient contre la fenêtre de la cuisine. Sur le potager à bois, une marmite d’eau bouillonnait. Elle servirait aux ablu¬tions hebdomadaires d’une intimité pudiquement préservée les autres jours de la semaine ! « Si tu veux marcher loin, ne te lave pas les pieds chaque matin ! » Grand-père Ariste, cantonnier d’Etat et braconnier, illustrait la sagesse de cet enseignement séculaire !
Peu après neuf heures, le carillon lointain de l’église paroissiale appelait au rite dominical que nul alors ne contestait. En bras de chemise, le veston sur l’épaule, les bretelles ajustées et les souliers cirés comme des boules de billard, on prenait le chemin du village.
La salade aux oignons
Francis Huguelet
Illustrations de Rémy Grosjean

Les premières gelées nous surprenaient sur les parcelles de Sagne, baignées de brume, en pleine récolte des betteraves.
La crête de l’envers faisait écran au soleil, dont l’éclat rougissait pourtant les lisières des Côtattes et donnait aux façades de Plagne des allures de monuments restaurés.
Dans les barres, les baies éclatées du bois-carré, les gratte-culs et les poires au Bon Dieu s’abandonnaient aux éclaireurs de l’offensive hivernale. Les feuilles tombaient en cascades bruissantes, découvrant des arbres aux silhouettes dépouillées.
Ce matin, grand-père s’était arrêté chez Charles Noverraz, pour réserver la batteuse. Unique engin de son espèce sur le territoire communal, comme le taureau et le corbillard, la batteuse appartenait au Syndicat agricole qui, par sage précaution, en confiait la responsabilité et l’entretien à l’un des siens.
L’endettement et son corollaire, les subventions, n’occupaient pas encore l’esprit du monde paysan.
La batteuse rouge de mon enfance, charriée de grange en basse-grange par deux chevaux, était arrimée à un châssis métallique à double essieux, sans suspension.
De lourdes roues de fer rendaient son déplacement pénible, sur des chemins empierrés et dans des cours pavées de laves inégales.
Impressionnant de taille, l’engin ne pouvait pénétrer dans les granges trop basses. On battait alors dans le devant-huis ou en plein air, si le temps le permettait.
Un moteur à essence bruyant entraînait une poulie centrale, elle-même reliée par des courroies de transmission à celles actionnant le tambour, les secoueurs et la botteleuse.
On calait les roues, on enduisait les courroies d’une résine de pin tem¬pérée, on graissait les moyeux puis, à l’aide d’une manivelle aux retours imprévisibles, on mettait en marche.
Ami de la Guigue
Francis Huguelet
Illustrations de Rémy Grosjean

Il avait neigé durant deux jours et deux nuits. Au troisième matin, le soleil s’était levé dans une féérie de givre.
Un silence glacial enveloppait la Montagne. Un énigmatique quartier de lune se détachait encore vers l’ouest, que déjà le soleil refoulait la froidure au fond des combes.
Des lotons de neige poudreuse se déployaient à perte de vue, nivelant le paysage, recouvrant les murs de pierres sèches, enserrant les branches basses des sapins centenaires, offrant ainsi quelques refuges bienvenus aux bossus2 sédentaires, condamnés à l’abstinence et à la mortification !
Une fumée bleue s’élevait en volutes légères au-dessus de la courte che¬minée de la loge du pré de La Croix, adossée à la pente, prisonnière de l’épaisse couche de neige. On ne distinguait que deux lucarnes embuées au fond d’un mur épais, ainsi que les ferrures noircies d’une porte trapue.
Légèrement à l’écart, le maître du lieu avait aménagé un charri servant à la fois de bûcher et de remise à outils, et dont l’avant-toit abritait une pile de margotins ou nichaient deux belettes affamées.
En cette matinée de février, la densité de l’aube annonçait des jours plus longs. L’œil collé à la lucarne, Ami de la Guigue ne s’y trompait pas.
Il venait de quitter son grabat de feuilles mortes. Les doigts gourds, il enfila ses longs caleçons, ses chaussettes de laine et son pantalon. Et avant de passer sa camisole et sa chemise molletonnée, il enveloppa ses reins d’une large ceinture de flanelle, pour éviter les coups de froid. Puis il chaussa les souliers graissés la veille avec une couenne de lard et enroula méticuleusement ses bandes molletières jusqu’à l’articulation du genou.
Il ressemblait alors au maréchal Foch, dont il avait la moustache conquérante. Par un escalier de bois, où un pignouf se serait rompu les os, il descendit dans la pièce inférieure qu’il appelait sa cuisine.
Le spectre bienveillant de la forêt de L’Aversanne
Raymond Bruckert
Illustrations de Rémy Grosjean

Nouvelle fantastique

L’Aversanne, c’est le fort escarpement qui s’élève de Frinvillier, à la sortie septentrionale des gorges du Taubenloch ou Gouffre de la Colombe, jusqu’au petit vallon de Vauffelin, ou Vallon des Oiseaux. L’Aversanne ou Oversat en d’autres sites, comme par exemple près du village de Romont, c’est donc un versant montagneux, en général abondamment boisé, par où l’on doit passer. Pour l’escalader, nos ancêtres y avaient déjà aménagé des routes, sentiers, sentes et layons en lacets. La chaussée de L’Aversanne s’élève donc à flanc de coteau, agrippée à la montagne de Boujean, avec un impétueux virage au tiers de la montée. Presque tout le parcours s’effectue dans la forêt, une magnifique hêtraie aux fûts élancés, au couronnement si dense que le sous-bois en est plongé dans la pénombre, sauf au plus fort de l’été, où les rais de lumière du soleil haut dans le ciel jettent de fugaces éclats sur le sol couvert de mousse et de feuilles mortes.
Pendant les grandes tempêtes hivernales, les bois de L’Aversanne offrent un certain refuge au voyageur. Le vent s’y apaise, la neige y calme ses tourbillons furieux. Même le froid s’y fait moins coupant. Naturellement, depuis que tous les autochtones l’empruntent au volant de leur voiture bien chauffée, de tels avantages passent inaperçus, d’autant plus que le trajet, sur une route dégagée de sa neige et généreusement salée, ne prend plus que quelques minutes. Et cependant les dangers, tapis derrière les bas-côtés, à l’affût sous les taillis et les boqueteaux, existent toujours, sous forme d’éboulements, de débordements, de chutes d’arbres et de branches.
Il y a bien un demi-siècle de cela, un automobiliste pressé de rentrer chez lui, à La Neuveville, dévalait la pente à vive allure. Il avait déjà passé Le Neu-Chemin de Plagne, la bifurcation de Saing ou Sagne, Le Pré au Taureau et pénétrait dans la tranchée que la route s’est taillée dans la forêt de L’Aversanne. Soudain, au bord du chemin, à droite, un homme surgit dans le pinceau de ses phares et lui fit signe de s’arrêter. Normalement, il ne s’arrêtait pas pour les auto-stoppeurs, même en plein jour, a fortiori au milieu d’une nuit de tourmente. Le principe n’avait jamais été transgressé.
Cependant, cette nuit-là, pour une raison inexplicable, il ralentit, tout en réfléchissant encore à la conduite à adopter, hésita, scruta vainement son rétroviseur et finit par s’arrêter et, geste inouï, par embrayer la marche arrière, comme pour remonter à la rencontre de l’inconnu. Ce qu’il fit. Dès qu’il fut arrivé à sa hauteur, celui-ci, sans façon, ouvrit la portière, demanda l’autorisation de monter et s’installa à côté du chauffeur. L’individu était correctement vêtu et, chose stupéfiante, ses habits ne recelaient pas la moindre trace de pluie. Il était sans âge et s’exprimait à voix basse sur un ton incroyablement apaisant : « Quel temps difficile pour les voyageurs de la nuit ! Évitez de prendre la route des gorges par Frinvillier et choisissez plutôt la voie romaine qui descend directement à Bienne. D’accord, elle peut être dangereuse, mais cette nuit, vous n’y risquerez rien. »
Evolution de l’avifaune de La Baroche
Francis Benoit
« Rien de grand ne s’est accompli dans le monde sans passion. »
Hegel


Histoire d’une passion : 60 ans d’ornithologie

Dès l’âge de 15 ans, l’observation des oiseaux m’a passionné. Armé seulement de jumelles, j’ai régulièrement parcouru les champs, les pâtu¬rages, les forêts de ma commune et des environs. J’en voulais surtout aux oiseaux, sans pour autant négliger d’autres formes animales et, dans une moindre mesure, aussi les végétaux. Mes explorations – inéluctablement naïves au début – ont rapidement pris une tournure plus sérieuse dès l’instant où, en 1947, j’ai passé officiellement mon permis de baguer les oiseaux à la Station ornithologiques suisse de Sempach, dirigée alors par Alfred Schifferli. Ce dernier a ensuite, pendant près de quarante ans, sou¬tenu et encouragé mes activités de bagueur officiel.


Avant-propos de l’auteur

En l’espace de plus d’un demi-siècle, j’ai recensé 118 espèces d’oiseaux dans l’aire géographique et administrative des trois communes de Romont, Vauffelin, Plagne, région que l’on nomme couramment La Baroche.
De toutes ces observations, il m’a paru opportun de tirer un bilan succinct qui, sans suivre des lignes scientifiques absolument rigoureuses, apportera je l’espère, un éclairage particulier sur la richesse de l’avifaune de ce coin de pays.
Quelques notes et des avis sur les causes de l’évolution des espèces figurent dans la description sommaire et n’engagent que l’auteur.


Description du cadre géographique de la région de La Baroche

La délimitation géographique du territoire étudié dépasse quelque peu les limites administratives exactes des trois communes concernées. Deux vallons s’étirent pratiquement sur leur longueur totale dans La Baroche. Ils sont orientés d’est-nord-est vers l’ouest-sud-ouest.
Le baguage des oiseaux
Francis Benoit
En vingt ans, de 1947 à 1966, j’ai bagué 16’142 oiseaux ! Autrement dit, une moyenne dépassant les 800 individus ont été enregistrés annuelle¬ment par mes soins à la Station ornithologiques suisse de Sempach. Tous ont été déterminés ainsi que pesés et mesurés pour la plupart, et l’état de leur mue examiné et évalué.
Vers la fin du siècle, j’ai modéré cette activité en me spécialisant sur quelques rapaces nocturnes, les Chevêches d’Athena et Effraies des clochers notamment. Bon an mal an, je manipule encore une bonne centaine de jeunes Effraies des clochers. Elles sont évidemment baguées et répertoriées individuellement, et tous les détails requis par une étude actualisée de la Station ornithologique sont aussi examinés et enregistrés.
Les buts primaires du baguage des oiseaux – activité non rétribuée, faut-il le préciser ? – consistent à recueillir des données sur la mobilité des oiseaux (étude des migrations), sur leur longévité et accessoirement sur les conditions de reprise et les causes de leur mort.
Ces quelques résultats de baguage d’oiseaux, choisis au hasard parmi des centaines d’autres, (à ce jour, près de 200 reprises d’Effraies des clochers sont classées dans mes dossiers !) démontrent parfaitement leur grande mobilité. Certains se déplacent de plusieurs centaines de kilomètres en quelques jours, d’autres, que l’on suppose sédentaires, comme la petite et fragile Mésange noire par exemple, nous surprennent par leur rage de partir intempestivement en migration, d’autres encore (Pouillot fitis, Traquet motteux), en emportant leur signe d’identité sur l’une de leurs pattes, nous révèlent le site où ils ont l’habitude d’aller nicher. L’exode rapide des Bec-croisés vers l’Espagne est aussi très étonnant.
Quelques belles bâtisses
Sylvio Casagrande
Plagne, Vauffelin et Romont se situent dans une vallée perpendiculaire à la cluse de la Suze reliant Bienne à Reuchenette et qui s’étend d’Orvin à l’ouest en passant par le carrefour de Frinvillier, pour remonter à travers bois jusqu’au village sommital de Romont à l’est. Cette vallée coupe ainsi l’ancienne route romaine d’accès au Vallon de l’Erguel jusqu’à La Chaux-de-Fonds d’une part et, par Pierre-Pertuis, au reste du Jura d’autre part.
Les trois villages, bien cachés et en dehors de la circulation, devraient donc conserver un habitat fort ancien et à l’écart des grands changements… Devraient ? C’est sans compter les incendies ! Si l’on commence depuis l’ouest, Orvin fut trois fois détruit. En 1724 (18 maisons + 10 greniers), en 1754 (48 maisons), en 1801 (65 maisons), Plagne fut la proie des flammes en 1862. Quant à Vauffelin et Romont, ils semblent ne pas avoir autant souffert ; il faudrait toutefois consulter les historiens. Mais ce n’est pas ici le propos.
Les numéros des bâtiments indiqués dans le texte font référence au numéro d’assurance que l’on trouve sur la façade du bâtiment.

Plagne
Perché à 870 mètres d’altitude moyenne, c’est un village-rue d’ouest en est, à flanc de coteau, dont le dernier recensement architectural a été réalisé de 1994 à 1998. Selon ce document, il comprend 16 maisons classées « dignes de conservation » et seulement 2 « dignes de protections », parmi lesquelles 11 sont situées au sud et au-dessous de la route. La plupart de ces maisons rurales datent du XIXe siècle, dont 4 contiguës (1856-1858).
L’intérêt du village est certes l’homogénéité de l’allée formée plutôt que par la valeur de tel ou tel objet. Les deux maisons « dignes de pro¬tection » sont probablement les plus anciennes si l’on en juge par leurs cartouches, leurs linteaux et un contrefort. Pour la ferme N° 6, on trouve les dates 1672, 1720 et 1764. Pour le N° 13 : 1515 et, maladroitement gravé en ajout au linteau de la porte est, 1704 EG. On relève la date de 1609 à l’anse de panier de la porte de la grange du N° 25. Quant aux greniers, le N° 6B comporte un linteau au millésime de 1691 ; le N° 12A la date de 1781 et le N° 33A celle de 1706.
La ferme N° 26, de 1786, possède une porte de grange particulière : sa porte à deux vantaux en planches horizontales est surmontée d’un vitrage en forme de quartier d’orange à 7 petits carreaux ; il faut descendre à Vauffelin pour en trouver deux répliques (N° 12 et 15). Pour le reste, la majorité des maisons sont du XIXe siècle, caractérisées par des toitures à croupes.
Il est ma foi fort regrettable que les toits de plusieurs vieilles fermes soient revêtus de plaques en fibro-ciment ondulées, ce qui peut inciter les photographes à passer leur chemin et les amateurs de patrimoine ancien à secouer la tête…

Biographies
Max Antenen

Né en 1933 à Brigue, Max Antenen accomplit sa scolarité obligatoire à Naters, Brigue et Bienne (progymnase). Volontaire et apprenti dans une fonderie (1950 à 1955). Puis il accomplit l’Ecole Normale, avec des postes à Brügg, Mürren, Jeangisboden. Puis il enseigne au gymnase et à l’Ecole de commerce de Bienne. Une immatriculation à l’Université de Berne lui permet des études en géologie, terminées par une thèse sur la géologie du Montoz et de la molasse dans le Jura bernois. Il enseigne au niveau de l’école primaire jusqu’à sa retraite en 1996.


Francis Benoit

Né en 1930, Francis Benoit est, dès l‘âge de 15 ans, passionné d’histoire naturelle et plus particulièrement d’ornithologie. Autodidacte, il est colla¬borateur actif depuis plus de 50 ans de la Station ornithologique suisse de Sempach. Il y a passé quatre ans comme responsable du Service d’ornitho¬logie appliquée. Membre du Comité suisse pour la protection des oiseaux de 1960 à 1983, il fonctionne comme expert suisse à la Conférence sur les oiseaux menacés d’Europe (Conseil de l’Europe – Strasbourg 1985). Il a organisé onze stages d’étude de la migration des oiseaux dans les Alpes (Hahnenmoos BE et Chasseral). Président fondateur de la société CEPOB (Centre d’Etudes et de Protection des Oiseaux de Bienne et environs), il a aussi été l’animateur de nombreux cours d’initiation à l’ornithologie aux Universités populaires jurassienne et de Bienne. Depuis 25 ans, il a guidé plus de 150 voyages d’initiation ornithologique à l’étranger.


Raymond Bruckert

Né en 1935, domicilié à Plagne, dr ès sc. de l’Université de Berne, géographe, chercheur en énergie solaire, vulgarisateur, auteur de publica¬tions didactiques, a pratiqué l’enseignement du primaire jusqu’à la Haute Ecole de gestion et dirigé des cours de perfectionnement dans toute la Suisse romande. A publié deux romans de fiction scientifique, un conte fantastique, des légendes du Bas-Erguël et étudie actuellement les us et coutumes de notre terroir de jadis.
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