REVUE N° 71
L\'Histoire, c\'est (aussi) nous
     
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INTERVALLES Préface
CLAUDE TORRACINTA, JOURNALISTE, DIRECTEUR DE L\'INFORMATION À LA TÉLÉVISION SUISSE ROMANDE Introduction
ROLAND STÄHLI, HISTORIEN, TRAMELAN De la crise à la Mob
Marcel Berger, 1920
Jean Desboeuf, 1920
Madeleine Donzé, 1921
Jeanne Dubail, 1912
Henri-Louis Favre, 1920
Edy Giger, 1922
Jean Gigon, 1923
Henri Graf, 1920
Martin Grosjean, 1922
Jean Haas, 1922
Willy Houriet, 1917
Willy Imer, 1919
Anne-Marie Im Hof-Piguet, 1915
Jacob Lanz, 1917
Maurice Péquignot, 1918
Luc Schaffter, 1924
Ferdinand Schaller, 1916
Marcel Steudler, 1915
Fritz Tschannen, 1920
Roland Stähli, 1917
Automne 1944 - Aux confins de l'Ajoie
   
   
©Intervalles
N° 71  L\'Histoire, c\'est (aussi) nous
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Préface
INTERVALLES
La période 1939-1945 a été passée sous la loupe, auscultée sous tous les angles et le comportement des autorités civiles et militaires disséqué par de nombreux historiens au cours des deux dernières décennies tout spécialement. Or, si certaines études et publications ont présenté des aperçus de la vie quotidienne des troupes mobilisées, peu nombreuses en revanche, sont celles qui ont donné la parole à de simples troupiers, en les invitant à «étaler» leurs souvenirs.
Intervalles n'a aucunement l'intention de réécrire l'histoire officielle, l'histoire politique, l'histoire militaire et encore moins l'histoire avec un grand H. Intervalles a simplement voulu donner la parole à des acteurs -bientôt oubliés - qui ont participé activement à la défense du terroir, celle qu'on ne se lasse jamais de se remémorer. Car l'évocation de cette période agitée, que les vieux troupiers n'ont pas oubliée, suscite des instants chargés d'émotion. L'histoire orale est une manière différente de relater des événements vécus, de présenter ce que l'être humain a ressenti.
Le monde a changé, et change à un rythme toujours plus accéléré. C'est pourquoi rappeler quelques témoignages d'une période qui s'estompe à l'horizon par des souvenirs personnels, peut apporter quelques renseignements absents des sources traditionnelles. Ces reflets d'une époque doivent bien sûr être replacés dans leur contexte historique. La mémoire n'est pas une représentation directe du passé. Elle est toujours une construction rétroactive, subjective et sélective, avec ses erreurs et ses déformations; il faut en être conscient.
Si le service militaire signifie privations et efforts, il peut apporter aussi la découverte d'autres horizons, des contacts humains bénéfiques, et la maîtrise de soi. Pourquoi inviter ces anciens soldats à témoigner, soixante ans après la fin des événements? Les souvenirs sont toujours précieux; ils peuvent être douloureux, pénibles, pesants. Mais ils peuvent se révéler indispensables pour recréer un lien entre les générations. Car l'histoire est une vérité chargée de futur.
D'autre part, il nous a semblé judicieux de compléter ces souvenirs par quelques témoignages féminins, qui rappellent le rôle important joué par les femmes à l'arrière.
Introduction
CLAUDE TORRACINTA, JOURNALISTE, DIRECTEUR DE L'INFORMATION À LA TÉLÉVISION SUISSE ROMANDE
La publication du rapport de la commission Bergier sur l'attitude de la Suisse pendant la seconde guerre mondiale n'a pas mis un point final au débat ouvert depuis plusieurs années sur la politique des autorités fédérales pendant ces années sombres, même si le climat passionnel qui a entouré l'affaire des fonds en déshérence et la controverse sur le nombre de réfugiés refoulés semble appartenir au passé. Mais elle a permis de mieux comprendre la complexité de l'époque, les contradictions de la politique fédérale, l'attitude injustifiable de certains responsables, mais aussi l'humanité et l'engagement solidaire de beaucoup d'autres.
Dire l'histoire n'est jamais terminé et à l'heure où disparaissent les derniers témoins de ces événements et s'estompent les souvenirs, il faut se réjouir de voir Intervalles donner la parole aux acteurs jurassiens de cette histoire, à ceux qui en furent les témoins privilégiés. Avec leurs mots, ils nous rappellent les inquiétudes de l'opinion devant la menace nazie et les difficultés du temps dans une Suisse isolée au coeur d'une Europe dominée par les puissances de l'Axe. Survenant vingt-deux ans après la victoire de 1918, l'effondrement de l'armée française en juin 40 constitua en effet pour des millions d'hommes et de femmes dans toute l'Europe un profond sentiment d'incrédulité, un choc dont on a du mal aujourd'hui à réaliser l'ampleur.
Entièrement encerclée par les troupes allemandes et italiennes à l'exception, jusqu'en novembre 1942, de la frontière entre Genève et le Valais avec la zone libre française, la Suisse se trouvait dans une situation de dépendance à l'égard de son puissant voisin. Rien ne semblait pouvoir arrêter la Wehrmacht et la crainte d'une invasion était bien réelle. Nombreux sont les témoignages de soldats ou de simples civils qui rappellent l'atmosphère angoissée qui régnait en Suisse au cours des mois qui suivirent la défaite française. L'opinion était divisée entre ceux, minoritaires, qui pensaient qu'il fallait aligner la politique helvétique sur celle de l'Allemagne et ceux qui, au contraire, exprimaient une volonté de résistance et de s'opposer à toute tentative d'invasion.
De ce fait, pendant toute la guerre, le Conseil fédéral - auquel le parlement a confié des pouvoirs extraordinaires - va mener une politique ambiguë, une politique faite de compromissions, notamment dans le domaine économique et financier, et, ce qui plus grave, de refoulements injustifiés d'hommes, de femmes et d'enfants fuyant la menace nazie. «Il faut durer, déclarait le conseiller fédéral Pilet-Golaz, tout faire pour maintenir notre indépendance et nos libertés» même si «durer est difficile quand nous dépendons, en fait de l'Axe.».
De la crise à la Mob
ROLAND STÄHLI, HISTORIEN, TRAMELAN
Des années de misère

La grande crise économique qui conduisit à la Deuxième Guerre mondiale est due essentiellement au krach boursier américain de 1929. Elle priva de gagne-pain des centaines de travailleurs dans mon village, des dizaines de milliers le long de la chaîne jurassienne et plus de trente millions dans le monde.
Au fur et à mesure que le chômage s'étendait et plongeait dans la misère de nouvelles familles, les gouvernements des pays démocratiques donnaient l'impression de ne pas savoir comment résoudre les problèmes posés par les faillites d'entreprises, les innombrables licenciements d'ouvriers et d'employés. Conséquemment, à la crise économique s'ajouta bientôt une crise sociale et politique car, dans maints pays, de plus en plus nombreux étaient les partisans de régimes totalitaires comme celui de Staline en Union des Républiques socialistes soviétiques, ou comme celui de Mussolini en Italie fasciste. Même en Suisse, même dans le Jura, des sans-travail révoltés, des journalistes bornés et des citoyens issus de la droite conservatrice rejetaient la démocratie pour souhaiter un régime antiparlementaire et autoritaire.
A cette époque cependant, la plupart des gens espéraient que la Société des Nations, «l'esprit de Genève» et le pacte Briand-Kellog1, signé par 60 nations et qui mettait la guerre «hors la loi», empêcheraient un nouveau conflit mondial. Mais, après l'échec de la Conférence de désarmement, un climat de méfiance s'était installé au sein de la SDN, dont l'Allemagne se retira pour décider son réarmement et le service militaire obligatoire. Hitler, le chancelier du Reich, avait par ailleurs dévoilé son caractère impitoyable et fourbe dans la «Nuit des longs couteaux»2, confirmé ses projets racistes et criminels par la promulgation de lois raciales en 1935. La même année, l'Italie attaqua l'Ethiopie malgré des sanctions internationales et proclama, en 1936, sa souveraineté sur cet empire africain. En Espagne, le général félon Franco organisa un soulèvement contre le gouvernement républicain et commença une guerre civile qui fit, en trois ans, plus de 600'000 victimes.
Marcel Berger, 1920
Moutier

982 jours de service Sapeur; cpl en 1940, sergent en 1942, sergent-major en 1943 Unité: Cp sapeurs 1/22, deux tiers de Fribourgeois et un tiers de Jurassiens
Notre région d'engagement
Après l'entrée en service, nous avons été engagés dans la région de Neuchâtel, Le Locle, Yverdon et au pied du Creux du Van. Après la percée des troupes allemandes en mai 1940, le bataillon fut engagé à ériger des fortifications au Col-des-Roches et au Locle. Les sapeurs construisaient des casemates des fossés et de nombreux barrages routiers. Au Locle, par exemple, nous avions mission d'établir des barrages en rondins, que l'on remplissait ensuite de gravier et de terre. Au pied du Creux du Van, nous avons construit une route, puis établi une ciblerie pour les tirs de l'infanterie. Nous devions également préparer des passerelles légères pour permettre à l'infanterie de franchir des cours d'eau, avec de bateaux pneumatiques. Nous avons bien sûr, comme sapeurs, creusé des abris et posé des barbelés.
Votre état d'esprit en juin 1940
Quand les Français se sont effondrés, nous avons tous pensé: notre tour viendra sous peu; on est «cuits»! Notre impression a été confirmée lorsque les troupes françaises, démoralisées et mal équipées, se sont réfugiées en Suisse et sont arrivées en grand nombre au Locle, arrivant en colonnes par quatre. Ils étaient accompagnés de nombreux civils.

Les périodes de service actif

En 39/40, la première période de service actif a duré plus de 200 jours, si mes souvenirs sont exacts. Elle a été suivie en automne 40, d'une période de 60 jours, au cours de laquelle nous avons construit de grands obstacles anti-chars dans le Seeland. Nous savions quand on entrait, mais on ignorait quand on finissait. J'avais fait l'école de recrues en 40. Pour bénéficier des permissions, c'était d'abord le tour des mariés, des pères de famille, puis venaient les célibataires plus âgés et quand le tour des jeunes arrivait, le nombre de jours congés attribués étaient épuisés.
Jean Desboeuf, 1920
Courgenay

850 jours de service actif Fusilier, Cp front. II/233

La compagnie Schaffner

La Cp front. II/233 fut composée d'hommes recrutés dans trois secteurs différents: au nord, Charmoille, Miécourt, Pleujouse, Asuel et Cornol; au centre, Courtételle et Courfaivre; au sud, Malleray-Bévilard.
Pendant le temps des mobilisations, cette compagnie fut commandée par le cap Jules Schaffner, jusqu'au 15 novembre 1944, jour de sa mort accidentelle à l'extrême-frontière, puis par le cap Pierre Bregnard.
Les officiers subalternes incorporés furent, dans l'ordre de leur apparition à la cp: plt Maurice Racine, plt Paul Bregnard, lt Joseph Jobé, lt Alphonse Widmer et lt Theurillat. Fonctionnèrent également comme chefs de section: sgmt Fernan Rhis, sgt Adrien Schori et sgt André Graf.
Les périodes de mobilisation
1. Du 29 septembre au 9 décembre 1939: 103 jours
Le mardi 29 août est jour de mobilisation pour les troupes de couverture frontière. La Cp front fus II/233 se rassemble à Porrentruy, cour du château, dès 0600. A 1530, la Cp prête serment au drapeau, puis se dirige à pied vers son lieu de stationnement: Asuel.
Les jours vont se suivre, à peu près tous semblables: exercices aux armes, travaux de fortifications, reconnaissance et organisation tactique du secteur de défense.
On notera les faits suivants:
12 septembre: visite du Conseil d'Etat bernois.
22 septembre: réorganisation des positions de combat: la crête de Plaimbois devient ligne d'arrêt.
26 octobre: première neige sous l'uniforme.
4 novembre: première grande marche par Asuel, le Chételat, Cornol,
Derrière-Monterri, Courtemautruy, Courgenay, Cornol, Miécourt,
Asuel.
18 novembre: défilé de la br. fr.3 devant le général Guisan à Porrentruy.
Madeleine Donzé, 1921
Saint-Imier

Une autre vision de la Mob

Nous habitions avant la guerre la ferme des Longines, rachetée par la suite par l'entreprise des montres Longines, puis transformée. En 1939, mon père racheta l'exploitation agricole située à la rue de l'Envers, où se trouve actuellement la fromagerie Spielhofer SA.
Nous étions trois enfants: deux filles et un garçon. Mon frère, mobilisé dans les dragons comme de nombreux fils d'agriculteurs à l'époque, dut accomplir de longues périodes de service actif.
A l'époque, l'agriculture n'était de loin pas mécanisée comme aux temps actuels. Tout se faisait à la main et à l'aide de machines tirées par des chevaux; foins, regains, moissons. On cultivait beaucoup de céréales. Je me rappelle que le père semait du blé, de l'épeautre, de l'orge, et de l'avoine pour les chevaux, bien sûr. Les moissons étaient pénibles. Après le fauchage, il fallait étendre le blé pour le laisser sécher, puis le ramasser, étendre les cordelettes sur le sol, faire les gerbes et les lier. Le tout à la fourche, puis manuellement. Un souvenir marquant: en hiver, on battait le blé en grange: un travail pénible et malsain, qui dégageait une énorme poussière.
1939, une année pluvieuse et très pénible pour les agriculteurs. Il avait fallu creuser les pommes de terre sous une pluie battante, puis les étendre et les reprendre par la suite pour les stocker. La situation avait été la même pour les betteraves.
Au début de la guerre, le père s'est rendu à «La Ménagère», le grand magasin de Saint-Imier à l'époque; il avait acheté trois caisses de pâtes alimentaires: une de spaghettis, une de cornettes et une de nouilles. Nous lui avions demandé: «Mais que veux-tu en faire?» Il nous a répondu:
«Attendez un peu, braves gens, on en reparlera». Il avait raison, car toutes ces réserves ont été mangées par la suite. Le plan Wahlen apporta une aide bienvenue aux agriculteurs. Tous les jeunes gens âgés de 16 à 20 ans y étaient astreints, ainsi que les retraités. Une tradition qui demeure inoubliable était le «panier des dix heures», que l'on apportait aux champs lors de la période des foins, des regains ou des moissons. C'était l'occasion de faire une pause bienvenue et de déguster une collation appréciée. De même pour l'après-midi, où le «panier des quatre heures» était sacré! En cas de mauvais temps, il était savouré à l'abri.
Jeanne Dubail, 1912
Saint-Imier

Egréner des souvenirs

J'ai passé mon enfance à Sonvilier, puis après mon mariage, la famille a vécu à Saint-Imier.
Au civil, mon époux était mécanicien aux usines Longines, où il a travaillé durant 34 ans. Au militaire il était appointé trompette et il dirigeait la fanfare du bataillon 22; il a accompli près de 1000 jours de service actif, par périodes successives. Les moments de service militaire de mon mari se prolongeaient, car les jeunes soldats devaient continuer avec l'élite, quand les couvertures frontières démobilisaient. Ces hommes ont vécu des moments très pénibles durant ces cinq années de guerre.
En 1939, Saint-Imier comptait près de 6000 habitants. La majorité de la population active travaillait dans l'horlogerie. L'entreprise Longines fournissait le plus grand nombre de places de travail, mais il y avait également les usines Flückiger, Léonidas et Le Parc qui contribuaient à la renommée de la cité imérienne et occupaient du monde. Il ne faut pas oublier que le chômage était important à la fin des années trente, et que la vie était dure à cette époque.
Nous avons dû retarder notre mariage à cause de la mobilisation générale! On devait se marier en septembre 39, ce qui ne fut pas possible à cause de l'entrée en service.
La grande majorité des hommes étaient mobilisés et la vie était ralentie dans la cité. Tout s'en ressentait: travail, activités communautaires et des sociétés, loisirs, etc.
Les salaires n'étaient pas élevés à l'époque, mais il faut rappeler que la location des appartements n'était pas chère: de 60 à 80 fr. par mois pour un logement de trois chambres. Le prix d'un kilo de pain en 1940: 80 centimes je crois, mais n'en suis pas certaine.
Je m'occupais de mon ménage et de mes deux enfants, tout en travaillant occasionnellement comme sténo-dactylo. J'allais faire des heures de bureau «pour faire bouillir la marmite». Heureusement, mes parents exploitaient une petite ferme; je bénéficiais des produits du jardin: il y avait donc une aide bienvenue et très appréciée de ce côté-là. En outre, la caisse de compensation nous accordait un peu plus de 7 fr. par jour: 7.80 fr. si mes souvenirs sont exacts. Comme on dit chez nous, il fallait «tourner avec ça».
Henri-Louis Favre, 1920
Tavannes

1'413 jours de service Major d'artillerie, Bttr camp 10
De Tavannes au Tessin en passant par l'Oberland

Incorporé à la Batterie campagne 10, je suis entré dans cette unité pour accomplir mon service et ne l'ai plus quittée.
A la fin de mon école de recrues, à Bière, je rejoignis sans tarder mon unité cantonnée à Löwenberg près de Morat. Après m'être annoncé au commandant de batterie, je fus détaché à la section de commandement. Selon l'ordre du jour, les conducteurs devaient être au «coup de brosse» des chevaux. Or, dans la cour de la ferme régnait un lourd silence troublé par quelques ruades et des rires provenant de la cuisine. Etant entré, je pris la position devant le caporal, chef de groupe. Ce comportement militaire déclencha une hilarité générale. J'avais compris. Je compris encore mieux, quand à la question qui me fut posée: «Bois-tu?», «Je ne crache pas dans le verre» répondis-je. «Alors paie un litre!».
Connaissance ainsi faite, je fonctionnai une centaine de jours comme conducteur dans une belle ambiance de camaraderie renforcée par la présence de nos chevaux. Mes collègues étaient en majorité paysans ou fils de paysans; leurs musettes débordaient de lard et de saucisses qui complétaient l'ordinaire.
La Bttr camp 10 formait alors, avec deux autres batteries, la 11e et la 12e, le Groupe artillerie campagne 6. En 1939, cette unité effectuait son dernier cours de répétition à La Chaux-de-Fonds. Ce cours dura 121 jours et se termina le 31 décembre. Il fut immédiatement suivi du premier service actif, aux mêmes endroits, qui dura en tout 358 jours.
Les travaux de mobilisation avaient eu lieu sur la Place d'armes de Tavannes. La Bttr camp 10 était cantonnée à Chaindon. Dès 1940, l'artillerie mobilisa à Lyss, puis en 1942 à Zweisimmen, en suivant l'évolution de la situation militaire à nos frontières.
Durant les mobs successives, la Bttr camp 10 occupa de nombreux emplacements. Après La Chaux-de-Fonds, elle prit ses quartiers à Löwenberg durant 62 jours; en 1941, à Ried, 82 jours, puis à Schönried, 40 jours; en 1942, à Matten dans le Simmental; en 1943, à Lohnstorf dans le Gürbetal. En 1944, abandonnant chevaux et pièces, elle fut appelée à renforcer le corps des garde-frontières et s'éparpilla dans dix localités au sud du Tessin dont: Bosco, Vergelleto, Spruga, Camedo, Brissago, avec PC à Locarno.
Edy Giger, 1922
Saignelégier

401 jours de service fusilier, Cp I/222

En vadrouille dans les Franches

Des souvenirs de la «mob», il m'en reste beaucoup. Mais en se remémorant les moments passés sous les drapeaux, on oublie les mauvais souvenirs et on garde les bons.
Les anciens de la Cp m'ont rappelé un détail intéressant: le mercredi 25 octobre 1939, un détachement de la Cp I/222 a eu la chance d'embarquer pour Zürich et de visiter l'Exposition nationale, la fameuse «Landi», restée ouverte malgré la mobilisation générale.
Le secteur du bat 222 comprenait la région de Saignelégier (I/222), Muriaux (II/222), Le Noirmont (III/222). Je ne me souviens plus où se trouvaient la IV et la V. En sortant de l'école de recrues, j'ai été mobilisé de suite aux Breuleux. Je suis rentré le samedi à la maison et le lundi je repartais. On recevait l'ordre de marche pour le service actif à l'école de recrues déjà!
Au mois de mai 42, la I/222 a mobilisé pour un mois aux Breuleux, pour un service d'instruction destiné à améliorer l'aptitude au combat des fantassins. C'est la dernière fois que notre compagnie fut commandée par le capitaine Sunier; les qualités humaines et le style de commandement de ce chef ne furent jamais oubliés par la troupe.
Au mois de juin 43, dans la région de la Vue des Alpes, nous devions préparer des champs de mines aux abords des barricades. Les mines d'exercice se trouvaient dans leurs caisses et il semblait qu'elles n'avaient jamais encore été utilisées... Nous étions cantonnés dans des fortins et le ravitaillement était mal organisé. Le manque d'eau empêchait les hommes même de se raser. Le soir, la gentiane remplaçait le vin et la bière qui manquaient! Bref, nous nous trouvions dans le canton de Neuchâtel.
Les officiers qui nous commandaient: Après le cap Sunier au début, très apprécié, nous avons eu le cap Burkhard, de Saignelégier, qui passa soudain de l'autre côté de la frontière pour rejoindre les maquisards français.
Une fois j'étais de garde devant un fortin entouré de barbelés. Je m'étais camouflé sous de grandes feuilles de rhubarbe sauvage. Le cap Burkhard est arrivé pour un contrôle, accompagné d'un lieutenant. «Je ne vois pas la sentinelle, elle est où?» demande-t-il. Il a continué et je suis sorti de ma cachette, lui ai planté le canon de mon mousqueton dans le dos et lui ai dit: «Halte ou je tire!» Il m'a dit: «Annoncez-vous!». Je lui ai répondu:
«Pardon monsieur, ici, c'est moi qui commande. Annoncez-vous!» Ce qu'il a dû faire en me montrant ses papiers. Le lieutenant riait sous cape.
Jean Gigon, 1923
Porrentruy

350 jours de service
Appointé canonnier; unité: Cp EM/234;
mobilisé en Ajoie surtout


L'ascension du Mont Terrible

Je me rappelle ces «mobilisations de guerre» où l'armée suisse était mise sur pied. Ce fut le cas en 1939, bien sûr, et en 1940.
Les troupes dites de couverture frontière étaient mobilisées d'urgence. C'était notre lot et nous n'y allions pas tellement de gaieté de coeur. Surtout lorsque nous venions de terminer une relève. Evidemment, que représentait, en définitive, ce qui nous était demandé, alors que des millions d'hommes se battaient, et se battaient pour nous aussi. Mais l'égoïsme humain est ce qu'il est.
Ce qui nous hérissait le poil surtout, c'était l'absurdité qui fleurissait dans la conception des tâches que l'on exigeait de nous. Personne n'était entraîné au lancement de grenade et aucun ne connaissait le maniement de cette nouvelle arme, le pistolet mitrailleur. En un mois, nous allions une seule fois, lancer une grenade. Et l'on nous prêtait un P.M. pour lâcher chacun une rafale de cinq balles, pas une de plus!
Bon. Inutile de s'étendre sur un sujet aussi peu réconfortant. Il fallait cependant relever l'état d'esprit général de la troupe, au soir de l'une de ces mobilisations de guerre.
Nous étions tous partis immédiatement de la maison, le matin très tôt, avions rejoint notre place de rassemblement, «touché» notre matériel. Avant midi, nous étions prêts. C'est alors que l'on nous communiqua l'ordre du jour qui comportait principalement: «Les hommes exerceront le salut militaire et les mouvements de charge, appellations mystérieusement guerrières qui correspondent aux premiers éléments enseignés aux jeunes recrues. Vous voyez ça?
Henri Graf, 1920
Malleray

362 jours de service
Appointé; Cp subsistance 2, composée de soldats romands
Unité composée d'un groupe de cuisiniers, d'un groupe de boulangers, d'une colonne de véhicules, et capable de ravitailler deux divisions.

Quelques souvenirs de la Mob!

Il y en aurait des tas à citer. Restons plutôt dans l'humoristique, mais vrai.
60 ans!... Comme le temps passe. On pourrait y ajouter six ans, car l'incorporation a commencé le 24 octobre 39.
Désireux de servir ma Patrie, je tenais à être incorporé dans une troupe de service: les subsistances, appelées par la suite Troupes de ravitaillement.
J'ai dû faire preuve de beaucoup d'obstination pour y être incorporé, l'effectif étant complet.
1940: Ordre de marche pour l'école de recrues, avec une année d'avance vu les déclarations de guerre. Vu les nombreux mobilisés parmi le personnel de l'usine où j'étais occupé, j'ai obtenu - avec l'appui de mon patron - le renvoi de mon école de recrues à 1941.
Pendant 362 jours de service, comme tous mes camarades, j'ai eu le temps d'enregistrer un grand nombre de souvenirs - bons ou moins bons!
Souvenir méritoire de l'école de recrues, qui s'est déroulée à Thoune: la course organisée par notre Cdt d'école au Jungfraujoch, la subsistance nous accompagnant en autocuiseurs, à des conditions très avantageuses.
Après quatre mois de formation (!), on se sentait pas des soldats! Cela sentait la déception.
Mobilisation à Lyss et déplacement à Zweisimmen: Formalités de contrôle, visite sanitaire, speach du Cdt de compagnie, distribution des habits d'exercice, prise des cantonnements, etc. le tout à une vitesse folle!
Drill indispensable (!)... prise en mains de la Cp par un jeune lieutenant frais émoulu, qui ressemblait plus à un enfant de coeur qu'à un officier. Il voulut tout de suite montrer ses «compétences» par du drill que seuls les nouveaux arrivés - notre classe - ont suivi.
Un des vétérans de la Cp, appointé de surcroît, s'avança vers notre jeunet et lui dit d'une voix ferme et sèche: «Ce n'est pas parce que ta maman t'a laissé venir seul qu'il te faut faire le malin. On est ici pour travailler et non pour la comédie.»
Martin Grosjean, 1922
Bienne

650 jours de service actif Fusilier, Cp 3/21, puis Cp 1/232

De Lucelle à Moulin-Neuf

J'habitais Orvin à la mobilisation générale de 1939. Je me souviens que 109 hommes ont quitté le village le 2 septembre. Il ne restait que les vieillards, les femmes et les enfants. J'étais l'aîné de huit enfants et nous ne roulions pas sur l'or.
Avec tout ce qui avait été montré, en 38 et en 39, aux actualités cinématographiques «Cinébref», on pensait que l'armée française était préparée et véritablement imbattable. Mais il fallut déchanter: les Allemands étaient autrement équipés et motorisés... Les événements du mois de juin 1940 furent pour nous une surprise aussi totale qu'incompréhensible.
J'ai mobilisé le 22 février 1943 à Develier et cette période de service actif s'est terminé le 30 novembre de la même année. Le secteur du bataillon 232 allait de Develier à Lucelle.
J'étais fier d'être un homme de la terre, et j'avais bénéficié d'une permission - exceptionnelle - m'avait dit le fourrier - pour aider à mon père à creuser les pommes de terre. Je me souviens d'avoir dormi dans le train. Le contrôleur me réveillé à Saint-Blaise et me dit: «Tu vas où, toi?». «A Bienne», que je lui réponds. Il y avait longtemps que l'on avait dépassé Bienne. Le dernier train était parti, et je suis revenu à Bienne par un train de marchandises composé de 70 wagons. Le mécanicien, ne pouvant s'arrêter, a ralenti dans un virage et j'ai sauté du train, en faisant attention de ne pas atterrir dans un pilier. Je suis rentré ensuite à pied de Bienne à Orvin, de nuit. J'ai creusé les patates le lundi et le mardi et le mercredi, ma soeur m'a apporté un télégramme. Je devais rentrer de suite, car la compagnie était déplacée. Je l'ai retrouvée à Chevenez. Dans le cantonnement, situé à l'école, nous dormions à 30 hommes sur la paille, qui n'était jamais changée, et avait pour finir une épaisseur de 2 cm! Il fallait entendre ces ronflements, ces rêves racontés à haute voix!
Du côté de Pleigne, il y avait la 2/232, et à la Bürgisberg, la 3/232. On se retrouvait près du col, le «Sommet», où le pasteur Dubois venait célébrer le culte...
Jean Haas, 1922
Delémont

420 jours de service actif Mitrailleur, cp. IV/65, puis cp DCA 26

Transfert de la «mitraille» à la DCA

Domicilié à Nürensdorf ZH jusqu'en avril 1942, j'avais accompli un apprentissage de serrurier-constructeur à Töss-Winterthur. J'ai effectué mon école de recrues en été 1942 dans les mitrailleurs et fus incorporé ensuite dans la cp mitr IV/65, unité zurichoise.
Malgré toute la contrainte qui fait partie de la vie militaire, je pensais que j'avais eu de la chance. Tout d'abord par l'incorporation dans le Bat 65, qui ne faisait pas partie des unités de couverture-frontière. En plus, l'école de recrues de fin 41, la précédente, avait été prolongée par ce que l'on appelait alors les «régiments de recrues», un service actif en fait.
La discipline était bien entendu sévère et on ne rouspétait pas. Il est vrai que la Wehrmacht se trouvait alors au faîte de sa puissance. Bien qu'étant dans la quatrième année de guerre, le ravitaillement nous semblait suffisant. Du pain avarié avait cependant paralysé, à la caserne de Zurich, pendant le deuxième week-end du mois d'août, près du tiers des recrues. J'avais moi-même un accès de fièvre, plus de 41°, au point de plus reconnaître mon lieutenant. Dans notre compagnie de recrues, section 2, se trouvait un caporal du nom de Peter Kekeis; c'était peut-être un parent de l'actuel chef de l'armée Christoph Kekeis.
Après les 117 jours réglementaires, une semaine de congé, puis ordre de rejoindre l'unité mobilisée dans l'Oberland zurichois; les recrues sont attribuées aux différentes sections. Notre mission consistait à combattre les avions à la mitrailleuse. Monté sur un trépied en aluminium, un aide devait assurer le bon acheminement de la chaîne de cartouches de la mitrailleuse. Démobilisation vers la fin novembre.
Nouvel appel en mars 1943. Mobilisation à Zoug, puis occupation des positions sur la Limmat, à Urdorf. Cours de lecture de carte et établissements de rapports avec croquis au programme d'instruction. Démobilisation vers fin avril.
Nouvel ordre de marche pour fin juin. Déplacement de Zoug à Arth-Goldau. Exercices habituels, mais aussi montée au Rigi, avec paquetage complet au dos et une mitrailleuse sur la poitrine. Au programme: varappe, puis descente en rappel avec une mitrailleuse sur le dos: ce n'était pas rigolo pour des gaillards qui n'ont pas l'habitude de ce sport. Après deux semaines, nous sommes déplacés au Zugerberg: Assurer la garde d'un camp d'internés russes et polonais est notre mission.
Willy Houriet, 1917
Belprahon

860 jours de service Marchef (sgt-major dans les dragons) Escadron dragons 26 composé de Neuchâtelois et de Jurassiens

Nous, les dragons

J'ai effectué mon école de recrues dans la cavalerie, à Aarau, en 1937. Au début de l'école, nous utilisions des chevaux fournis par la Remonte fédérale. Ensuite, chaque recrue dragon prenait possession de son propre cheval, une bête d'environ 4 ans. L'achat se faisait lors d'une mise et les hommes payaient la moitié du prix d'estimation. A l'époque, le prix d'achat variait entre 1'200 et 1'400 francs. A signaler que seule l'armée suisse pratiquait une politique de ce genre. Le cheval devait être présenté en bonne forme à chaque cours de répétition. C'est ainsi que j'ai fait l'acquisition de mon fidèle Baraiktar, qui disposait de son propre carnet de service - comme toutes les montures de la cavalerie - portant le no 380.36!
Il faut relever que notre système de milice obligeait le dragon à entretenir sa monture à la maison. La bête était utilisée dans l'exploitation du domaine agricole familial. Il est utile de rappeler que la grande majorité des dragons provenait de familles paysannes.
Je suis fier de rappeler que j'ai disputé avec ma monture de nombreux concours hippiques, en remportant plusieurs succès qui restent ancrés dans ma mémoire.
Notre unité a été mobilisée à Colombier en septembre 1939. Notre escadron était rattaché à la 2e division. Il formait un groupe d'exploration composé de deux escadrons et d'une compagnie de cyclistes. En 1939, un escadron de dragons comprenait trois pelotons de 30 chevaux, et totalisait près de 140 hommes au total.
Le rôle de la cavalerie comprenait avant tout des missions de reconnaissance, d'exploration et de transmissions. Le rôle des dragons n'était pas d'être en première ligne comme l'infanterie. Toutefois, je rappelle que l'armement était le même que les fusiliers, avec le sabre en plus. D'autre part, il faut rappeler qu'il existait en plus des escadrons de mitrailleurs à cheval.
Willy Imer, 1919
La Neuveville

999 jours de service Sapeur; appointé; unité: Sapeurs 2/II composée de Jurassiens, Neuchâtelois et Vaudois

Sapeur, et fier de l'être

Notre unité a été mobilisée dans les environs immédiats de Bienne, puis nous avons été stationnés successivement à Peseux et à Bevaix. Nous sommes restés 14 mois à Sauge, en dessus de Saint-Aubin. Nous avons été occupés à l'édification de fortifications durant cette période, des travaux typiques de sapeurs. Nous avons fortifié le Jolimont, par exemple. Les sapeurs n'étaient pas en première ligne: notre rôle principal était de poser des barbelés, de marquer les frontières et les points de résistance. Nous avons également effectué une longue période de mobilisation à Boécourt. Au bout de 14 jours, nous bénéficions de 24 heures de permission, un samedi/dimanche le plus souvent. Les chefs de famille avaient bien sûr la priorité pour les congés. Des employés municipaux, des bûcherons par exemple bénéficiaient parfois de permissions sur demande de leur commune.
Notre classe d'âge était formée de jeunes recrues de 20 ans qui renforçaient l'unité. Les «vieux» démobilisaient le samedi et rempilaient avec nous le lundi. Nous avons noué des contacts fantastiques avec des gars de 35 ans qui effectuaient leur dernier cours, puis devaient entrer ensuite en service actif. C'était formidable: ils nous ont d'emblée adoptés malgré des différences d'âge de 15 ans.


Les contacts avec les officiers?

Pas de problèmes, car on se connaissait par avance. On avait des officiers formidables et un cdt de compagnie qui nous comprenait! C'était des types de métier, des entrepreneurs, qui connaissaient les travaux des sapeurs dans le terrain.
Anne-Marie Im Hof-Piguet, 1915
Köniz

Engagée volontaire à la Croix-Rouge suisse, Secours aux enfants, de 1942-1944 A fait entrer clandestinement en Suisse de jeunes Juifs qui risquaient la déportation.
Engagement sur un autre front

Une «passeuse de réfugiés» dans les joux
Dans la tourmente de la guerre, des femmes et des hommes se sont engagés en Suisse aussi contre l'horreur de la «solution finale», contre les camps de concentration destinés à anéantir principalement juifs et tziganes. Parmi ces grandes figures, il est une Vaudoise, vivant aujourd'hui à Berne, Mme Anne-Marie Im Hof-Piguet, à qui «Intervalles» donne la parole. Elle a sauvé des dizaines d'enfants et adolescents juifs en leur faisant passer clandestinement la frontière dans les forêts du Jura vaudois.


Témoin de la mémoire

Montluel - de juin 1942 à janvier 1943
Au printemps 1940, j'avais passé ma licence de lettres à Lausanne, mais je n'éprouvais pas l'envie d'entrer de suite dans l'enseignement vaudois. Acceptée par la Croix-Rouge suisse, Secours aux enfants, je partis en mission pour la France en juin 1942.
Heureuse de partir et remplie à la fois d'enthousiasme et d'attente, j'arrivai en juin 1942 au Château de Montluel, en zone libre, situé à 22 km de Lyon. La C.R.S., Secours aux enfants, y avait installé une colonie pour enfants et adolescents provenant en grande partie de camps de concentration. Des Espagnols et des Juifs y étaient logés. Ils y étaient mal hébergés et la nourriture, comme les installations sanitaires, étaient en dessous de tout. Heureusement, la Suisse organisa des distributions de lait en poudre, de riz et de fromage pour parer au plus pressé. C'était l'une des initiatives de la C.R.S. pour recueillir des enfants en provenance de camps: Le directeur général de l'organisation était à l'époque M. Maurice Dubois. Des camps de service civil volontaire avaient été créés au début de la guerre par le Neuchâtelois Cérésole. Il y avait plusieurs colonies non loin de la Suisse, en Haute-Savoie notamment.
Jacob Lanz, 1917
Moutier

720 jours de service Fusilier; unité: Cp VI/232 composée presque uniquement d'hommes de Moutier
Les Prévôtois de la VI/232

Notre secteur d'engagement comprenait la région de Moutier. Nous étions affectés à la défense des gorges de Moutier, liaison stratégique de communication. Nous avons mobilisé en 1939 dans la carrière du Faubourg du Crêt, au pied du Raimeux.


Nos occupations

Notre mission était de défendre les gorges de Moutier. Plusieurs fortins avaient été construits et aménagés. Ils permettaient de surveiller à la fois la route et la ligne ferroviaire. Ces fortifications, occupées par une équipe de sept hommes, s'étendaient des gorges de Moutier jusqu'au Tiergarten près de Vermes. Pour bénéficier d'un confort un plus grand que celui offert par un fortin, nous allions dormir dans les combles de la scierie Steulet, au Cerneux-Gorgé, dans les gorges de Moutier.
Nous étions souvent en déplacement; nous avons également construit des fortifications dans la région de Pleigne-Bourrignon.


Qu'a pensé la troupe en juin 1940, lors de la retraite des troupes françaises?

Notre sympathie allait bien sûr à la France. Mais en été 40, après la défaite des Français, tout le monde était persuadé que les Allemands déferleraient chez nous! Nous avions constaté de visu que le matériel et l'équipement des troupes allemandes étaient formidables.
D'autre part, lorsqu'en reculant les Français faisaient sauter un pont ou obstruaient un passage, les dégâts étaient rapidement réparés par les Allemands.


D'autres missions?

Une équipe de la compagnie avait été déplacée en Ajoie, à Grandfontaine plus précisément, avec mission de renforcer et d'épauler les douaniers. Les Allemands étaient en face, de l'autre côté de la frontière. Nous avions engagé la conversation et échangé des cigarettes.
Maurice Péquignot, 1918
Bienne

980 jours de service Premier-lieutenant d'artillerie lourde motorisée Unité: Batterie mot. lde 103
L'artillerie lourde

Au mois d'août 1939, la tension politique européenne était si forte que la guerre parut inévitable. La Suisse neutre mit d'abord sur pied les troupes de couverture de la frontière. Puis le 2 septembre, ce fut la mobilisation générale. L'invasion de la Pologne par l'Allemagne de Hitler venait de commencer, tandis qu'à l'ouest, où rien ne se passait, s'installait «la drôle de guerre». Comme tous les villages frontières de la région, Epiquerez - où j'avais été nommé jeune instituteur - logea son contingent de militaires. On s'habitua à leur présence passive. Le danger semblait s'estomper et la vie reprenait ses droits, au rythme des relèves monotones, voire inutiles. Néanmoins, la troupe passa son premier Noël sous les drapeaux.
Quant à moi, cinq semaines plus tard (29 janvier 1940), je me rendis au Tessin pour y accomplir mon école de recrues dans l'artillerie lourde motorisée. A Rivera-Bironico, les caporaux nous rassemblèrent par groupes puis, à pied, valise à la main ou sac au dos, nous parcourûmes quelque 3 kilomètres dans la neige et le froid pour atteindre la petite place d'armes de Monte Ceneri.
Notre vie de soldat s'y déroula sans heurts, en marge de l'inquiétude qui planait dans le pays, mais avec une curiosité non satisfaite. Souvent, lorsque nous étions de garde la nuit, nous entendions le bruit léger de trains de marchandises qui descendaient à vide en direction de l'Italie, alors que ceux qui en remontaient, provoquaient le bruit sourd de wagons bien chargés de matériel, probablement en transit vers l'Allemagne.
Normalement, j'aurais dû retrouver ma classe au début du mois de juin. Mais le 10 mai, les troupes allemandes déferlèrent sur la Belgique et sur la France. A nouveau, le Conseil fédéral décréta la mobilisation générale. Les recrues furent informées qu'elles étaient transférées directement dans leurs unités respectives. Trois jours après, nous étions six à rejoindre la Batterie motorisée de canons lourds 103, stationnée au Landeron. Une nouvelle fois, je me retrouvais «un bleu» perdu au milieu de quelque 150 soldats inconnus, dont les aînés avaient près de 40 ans. Mais le service actif n'avait rien de commun avec l'ambiance d'un internat d'étudiants, ni avec les rigueurs d'une caserne. Dormir sur la paille côte à côte, partager l'inconfort d'un cantonnement, cela favorise la camaraderie; le tutoiement rapproche, sans exclure les accès de mauvaise humeur, les dépits, les rognes personnelles, les affrontements passagers. J'eus bientôt de bons copains, des amis. Une nouvelle vie commençait.
Luc Schaffter, 1924
Prêles

350 jours de service Caporal Unité: Cp fus. VI/232

Des gorges de Moutier à Boncourt

En 1940, je travaillais chez un paysan, près de Schaffhouse. Son épouse était Allemande. Un beau jour, au mois de juin, elle écoute la radio, et arrive soudain en criant avec joie: «Luc, die Deutschen sind in Paris eingetreten!» Je l'aurais étripé! De nombreuses troupes allemandes entouraient le canton de Schaffhouse. Par-dessus la frontière, on distinguait les fumées des bivouacs. A cette époque j'étais anxieux: heureusement, ils ne sont pas passés par la Suisse.
De là, j'ai assisté au bombardement de Friedrichshafen par des avions anglais. C'était par une nuit de pleine lune, et les avions suivaient le Rhin qui brillait. Le port et les usines avoisinantes avaient été entièrement détruits.
J'ai commencé mon école de recrues au début février 1944. J'aurais dû ensuite rejoindre la compagnie de couverture frontière immédiatement, mais les autorités militaires m'ont «oublié». C'est ainsi que j'ai pu aider mes parents, agriculteurs, à faire les foins! Puis j'ai rejoint la compagnie d'infanterie «des Moutier», la 6/232, à Choindez, au début juillet. Nous avons «campé» ensuite sous tente à Courrendlin, dans les pâturages avoisinants le restaurant du «Violat».
J'avais été formé comme renseignements d'infanterie, lors de l'école de recrues, tout en étant fusilier. Cette spécialisation n'avait été effectuée qu'une seule fois, en fonction des événements de l'époque. On était initié au morse, on avait appris à coder, à envoyer un message par pigeon voyageur, entre autres. Pour cette raison, je suis entré à la section de commandement de la compagnie. J'avais un avantage, parce que je me retrouvais avec les plus anciens. Je dois dire ouvertement que je ne m'en plaignais pas! Je posais moins souvent la garde, par exemple.
Notre compagnie a séjourné longtemps à Choindez. Mais je me souviens surtout de notre poste 509, près de Boncourt en Ajoie, au cours de l'automne/hiver 44/45, ainsi que notre séjour à Roche d'Or. Les divisions blindées de l'armée américaine avaient déjà contourné l'Ajoie. La frontière était bien gardée car le général Guisan avait avisé avec fermeté les belligérants: aucun passage sur sol suisse ne sera toléré! Pour cette raison, la Brigade frontière 3 avait été renforcée par des troupes de la 6e Divison, avec de l'artillerie, qui stationnaient en Ajoie.
En 44, la vie dans les postes était agréable. A Boncourt par exemple, on allait manger à «La Locomotive». Le contact avec les anciens était bon. Il ne faut pas oublier qu'il y avait des gars de plus de 50 ans, et nous, on avait 20 ans! On les respectait, on balayait le cantonnement à leur place, et ils nous aimaient bien.
Ferdinand Schaller, 1916
Moutier

1'110 jours de service Fusilier; cp VI/232; cp I/21 en élite
Dans tous les azimuts

Je faisais partie de cette fameuse cp de couverture frontière VI/232, qui regroupait près de 250 hommes, provenant presque uniquement de Moutier.
En fait, la cp a mobilisé à Moutier trois jours avant la déclaration de guerre, en lisière de forêt, sous les ordres du cap Félix Perrin. Jusqu'au mois d'octobre, nous sommes restés à Moutier, puis nous avons été transférés dans les environs de Bourrignon. A la fin de l'année, l'élite, soit les jeunes de la I/21 sont partis pour Soyhières, alors que les plus âgés pouvaient rentrer dans leurs pénates.
Plus de 1'100 jours de mob, c'était dur, et interminable surtout! Les moments les plus pénibles, c'était de voir les anciens êtres démobilisés, alors que nous les jeunes, restaient de piquet. Mais en réalité, on était bien à Soyhières, en étant logés au collège. On n'avait vu aucun officier pendant trois semaines; on accomplissait nos poses de garde, on allait manger, puis on rentrait au cantonnement. Une marche dans les environs était parfois au programme. On faisait également de l'exercice et du maniement d'arme, mais peu en réalité.
La patrouille de chasse, dirigée par le sgt Marcel Jeker, effectuait des reconnaissances dans les secteurs avoisinant la frontière, en accomplissant des contrôles; c'était leur boulot. Je faisais partie d'un groupe placé sous les ordres du cpl Jäggi, qui avait pour mission de patrouiller sur la crête de l'arête du Raimeux. Nous avions pointé un fusil-mitrailleur sur le passage de la Roche Saint-Jean. Au moyen de petits sapins, un bivouac confortable avait été établi au pied de la paroi dite des «Pitons». On y restait trois jours, puis on redescendait à la compagnie. On tirait peu, en fait. Il fallait ménager la munition. Nous avons une fois marché depuis Champoz, par Moutier, Choindez, Delémont, le Vorbourg, la Haute Borne, pour atteindre Pleigne. Contre les ampoules à l'époque, un seul remède: la graisse à fusil!
Je me souviens d'une activité sportive parallèle. Les amateurs de sport, de ski en particulier, étaient contactés et avaient la possibilité de participer à des cours alpins mis sur pied dans les Alpes bernoises, dans le cadre de compagnies formées de volontaires. La durée était de 5 semaines en moyenne. Pour moi, skieur passionné, c'était l'occasion de changer d'air, de sortir de nos «trous de souris»! On était environ 200, provenant de différentes brigades. La pratique du ski était enseignée, sous la conduite de moniteurs expérimentés de la région. Des cours de sauvetage en cas d'avalanches étaient également organisées, avec recherche au moyen de sondes. Nous avons dormi plusieurs fois dans des igloos et des courses de patrouilles étaient organisées. Etaient de la partie également partie Jämes Bandelier, le skieur de fond de Moutier et Fritz Tschannen, le sauteur du ski club Mont-Soleil. Nous nous sommes retrouvés également dans la région du Chamossaire, logés dans des cantonnements militaires. Là, la discipline était très dure.
Marcel Steudler, 1915
La Neuveville

750 jours de service Fusilier, appointé et aide-fourrier Unités: Cp. V/232 et Cp. fus. III/21

Moral en berne aux Ordons

Le jour de la mobilisation, nous avons prêté serment dans la cour du Château, à Delémont, avec le major Maillat. Une cérémonie impressionnante qui reste dans les souvenirs! Nous avons gagné ensuite nos cantonnements, la ferme des Côtes en l'occurrence, aux Ordons, sous la conduite du cap Max Oertli. Nous avons été accueillis par Mme Studer, une sainte femme, mère de cinq filles en bas âge.
Le cantonnement: Une grange délabrée, aux courants d'air souvent très froids, qui abritait 70 hommes. Pas de lumière; les WC à l'extérieur. Les conditions d'hygiène étaient déplorables. Pour comble de malheur, notre compagnie fut mise en quarantaine pour une attaque déclarée de paratyphus. Toute la compagnie a été vaccinée deux fois en 1939. Un camarade est décédé et deux autres furent hospitalisés. Pendant cette dure période, tous les congés furent supprimés. Nous étions des pestiférés! La nourriture pour la compagnie était déposée à cent mètres de la ferme, sur une petite construction en bois. Notre linge de corps était lavé à Develier, au jet d'hydrante. Nous n'avions pas le droit d'envoyer notre linge à la maison.
Le 18 novembre 1939, nous sommes descendus à Porrentruy: Notre compagnie a défilé devant le général Guisan, dans le cadre de la Brigade frontière 3 commandée par le colonel DuPasquier. Puis nous sommes remontés aux Rangiers, le tout à pied bien entendu!
Nous étions à proximité de la frontière, en contact étroit entre soldats, sous-officiers et officiers. Cela soudait les équipes en faction aux postes d'observation. On était une famille!
La sympathie de la troupe allait à la France, bien entendu. Notre stupéfaction fut profonde, en juin 1940, lorsque la France s'effondra en six semaines.
C'est en été 40 que nous nous trouvâmes soudain face à des soldats allemands; des jeunes de 19-20 ans, au crâne rasé et bien équipés, placés soudain à 3 mètres de nous. C'était en dessous de Bourrignon. On était face à face, avec le fusil chargé! Mais il n'y a pas eu de frottements avec les Allemands.
Le moral de la troupe n'était pas au beau fixe à fin juin 1940. On s'est dit: les Allemands vont venir chez nous sous peu, c'est clair. En plus, nous étions à l'écart de tout contact avec la population: pas de voitures, pas de passages de civils. Nous étions cantonnés à un poste-frontière situé aux Ordons, probablement stratégique pour l'état-major, mais un vrai nid d'éperviers en réalité! On entendait un vague bruit provenant de la vallée de Delémont. Nous avons effectué de longues périodes de service actif au même endroit. Il y en a qui devenaient à moitié cinglés sur ces hauteurs à l'écart, car on ne voyait personne. Je me souviens d'un marbrier de Bienne, qui n'obtenait pas de congé pour effectuer les commandes qui lui étaient parvenues. Il se frappait la tête contre les murs de désespoir. On est resté là des années. Notre activité consistait en exercices dans le terrain, en patrouilles, de nuit souvent, et de contrôles de la zone frontière. Comme dérivatif, on nous descendait parfois dans la vallée, à Develier ou à Roches, puis on nous remontait dans notre nid d'aigles. Je fonctionnais comme aide-fourrier et j'allais à Delémont chercher et acheter la nourriture de la compagnie, avec un cheval. Au fil du temps, je ne pouvais plus supporter cette ambiance.
Fritz Tschannen, 1920
Fleurier

800 jours de service actif Cp VI/232 et bat 21

Musicien et sportif hors du commun

Après avoir passé ma jeunesse à Saint-Imier, j'habitais Berne lorsque je me suis retrouvé incorporé - par quel mystère, je n'en ai aucune idée - avec les Prévôtois de la VI/232. Mais l'ambiance était bonne et je me suis fait de nombreux copains.
On a beaucoup marché avec la VI/232: des marches de 30, 35 km avec paquetage, étaient courantes. A côté de cela, l'école de recrues était de la promenade!
Au début de mon service actif, je me souviens d'avoir touché ma première caisse de compensation: 50 centimes par jour: une fortune!
J'étais musicien professionnel; je jouais dans un orchestre et nous avions des engagements. L'orchestre dépendait de moi et il me fallait obtenir des congés pour honorer nos engagements, et pour que l'ensemble musical puisse survivre. Après qu'une permission m'a été refusée, j'avais été trouvé le major V. Moine. Je lui ai demandé si je pouvais lui jouer un air et il a accepté. Je lui ai alors joué la 2e rhapsodie de Franz Liszt. Il a été convaincu et a fait le nécessaire pour que j'obtienne une dispense.
Un laissez-passer pour les CFF m'avait été accordé, afin que je puisse me déplacer dans les différentes compagnies pour donner un concert en soirée. Des moments de délassement appréciés des mobilisés.
Mais cela ne m'empêchait pas de poser la garde lorsque c'était mon tour. Notre secteur était les gorges de Moutier, jusqu'à Courrendlin. Mais nous nous sommes déplacés souvent jusqu'à Delémont et à Bourrignon. Une fois, dans cette localité, la compagnie devait participer à la procession de la Fête-Dieu. Les protestants, dont je faisais partie, auraient dû se rendre à pied jusqu'à Delémont pour prendre part au culte. Pour éviter cette marche de 6 km, je me suis fait catholique ce jour-là!
Un souvenir amusant qui me revient. Le capitaine Perrin alertait parfois la compagnie le soir à 10 h, par le biais de roulements de tambour, pour vérifier si tout le monde était rentré au cantonnement. Or un dimanche soir, j'étais de garde. C'était le tambour Boder, de Bienne, qui donnait l'alarme, d'habitude. Mais ce jour-là, il avait fait très chaud, et notre ami Boder avait bu quelques bières pour se désaltérer. Moi, j'ai un peu poussé la dose et il s'est retrouvé «schnaps»! A côté du local de garde, il y avait une grange; je l'ai camouflé dans le foin, en l'abritant sous une couverture et l'ai laissé piquer un «roupillon». A dix heures du soir, quand le capitaine Perrin a voulu donner l'alarme, il n'y avait plus de tambour!
Roland Stähli, 1917
Tramelan

Sgt; chef de section 981 jours de service Cp fus élite II/22; cp couv front II/222

Quand la Suisse fut encerclée

Mai 1940
Après les longs mois de la «drôle de guerre» pendant laquelle la France et l'Angleterre, à l'abri de la ligne Maginot, avaient abandonné la Pologne aux envahisseurs nazis et soviétiques, après l'occupation du Danemark et d'une grande partie de la Norvège, ce fut l'attaque des Pays-Bas, de la Belgique et du Luxembourg par l'Allemagne, à l'aube du 10 mai 1940 qui provoqua la deuxième mobilisation générale de l'armée suisse.
Dans la matinée déjà, on apprit que Rotterdam et Amsterdam étaient en flammes, que Bruxelles était sous les bombes, que des milliers de parachutistes allemands avaient été lâchés sur les points stratégiques des pays dont Hitler avait déclaré expressément, comme il l'avait dit pour la Suisse, que le Reich respecterait la neutralité «quoi qu'il arrive». Aux demandes des gouvernements belge et néerlandais, les Alliés décidèrent de se porter immédiatement au secours de ces pays agressés et une armée franco-britannique entra en Belgique.
Dans nos cantons, chacun connaissait les critiques et les menaces que les nazis adressaient à notre pays et, ce jour de mai, nombreux étaient ceux et celles qui se demandaient: «A quand notre tour?»
La tension croissait d'heure en heure, d'autant plus que le bruit circulait que les Allemands massaient des troupes non loin de notre frontière, au nord du Rhin. L'après-midi, on apprit que des bombes avaient été lâchées par un avion allemand entre Courrendlin et Delémont, endommageant la voie ferrée et interrompant la circulation.
Le lendemain, tous les hommes mobilisés rejoignirent leurs unités. Partout, les sentinelles furent doublées, les rails levés et les dernières mines posées. Pour entraver l'action d'éventuels parachutistes, de nouveaux obstacles avec fils de fer barbelés furent aménagés. Les panneaux indicateurs des localités, au bord des routes et dans les gares, furent enlevés. Le soir, les soldats jurassiens de la Brigade frontière 3, ainsi que les acteurs, solistes et musiciens d'autres cantons, interprétèrent une dernière fois, à Neuchâtel, «La Gloire qui chante», devant un public empoigné par l'émotion, car chacun mesurait la gravité du danger menaçant la Confédération. Coryphée de ce poème dramatique de Gonzague de Reynold, je n'ai pas oublié les larmes d'acteurs, de musiciens et de spectateurs après le «serment à la bannière», cette bannière qu'il ne fallait «jamais abandonner, ni jour, ni nuit, dans la joie comme dans la détresse, dans l'honneur comme dans la victoire, jusqu'à la mort»...
Automne 1944 - Aux confins de l'Ajoie
L'internement militaire

Les conventions internationales relatives aux modalités de l'internement des militaires étrangers sont contenues dans la Convention de La Haye du 18 octobre 1907 concernant les droits et les devoirs des puissances neutres, Furent en outre appliquées la Convention relative au traitement des prisonniers de guerre du 27 juillet 1929, ainsi que les instructions du commandant en chef de l'armée concernant les prisonniers et internés, du 18 juin 1940.
A la suite de l'avance rapide des troupes allemandes dans l'Est de la France, des entrées massives furent enregistrées du 16 au 20 juin 1940; elles provoquèrent un élargissement de l'organisation initiale de l'internement de militaires étrangers. Le contingent principal de ce groupe d'internés était constitué par le 45e Corps d'armée française, commandé par le général Daille, et auquel appartenait également la 2e Division polonaise, placée sous le commandement du général Prugar-Ketling.
Au total, 29'717 Français, 12'152 Polonais, 624 Belges et 99 Anglais, soit plus de 42'000 hommes et 5'500 chevaux passèrent en Suisse du 19 au 20 juin, de Brémoncourt sur Saint-Ursanne, de Vaufrey sur Réclère et par le pont de Goumois. Les Polonais, complètement équipés et en possession de tout leur matériel, se présentèrent en très bon ordre. Les Belges, civils pour la plupart, avaient été employés à des travaux militaires dans le secteur du 45e Corps d'armée.
Un tel dénouement n'avait pas été prévu, aussi fallut-il improviser à tous les échelons. Tandis que les troupes en bordure de frontière désarment les internés et assurent provisoirement leur subsistance et leur logement, des régions s'organisent, à l'intérieur du pays. Les réfugiés civils furent dirigés vers la région de Romont et la Gruyère, les chevaux et le personnel nécessaire à leurs soins vers le Seeland, le gros des Français, les Polonais, les Anglais dans la région du Napf. Les Français ayant été rapatriés du 21 janvier au 1er février 1941, les Polonais furent regroupés dans deux régions dotées de baraques construites entre-temps: les régions Napf et Büren s. Aaar.
Ces internés furent occupés par la suite à des travaux d'amélioration et de drainage, construction de routes et de canaux, pour l'extension des cultures, les travaux en forêts, ainsi que l'exploitation des tourbières et des mines. A relever que des milliers d'internés, placés chez des particuliers, ont fourni aux agriculteurs une main-d'oeuvre appréciée et ont ainsi largement contribué à l'exécution du Plan Wahlen.
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