REVUE N° 67
Le Cornet

Grâce à Intervalles vous allez enfin savoir ce que recèle... le Cornet !

Tout dépend bien sûr de quel côté on l'entame, ce fameux bout de terroir. Sa face orientale présente Corcelles et Crémines, viaduc et martinet compris. À l'Occident, les Prévôtois le pénètrent par Eschert, puis Grandval. Sans oublier ses bordures montagneuses, Raimeux et Graitery s'entend.

Le Cornet a beau avoir des allures d'entonnoir, il n'en est pas moins sans fond. Riche à l'envi en particularités architecturales, historiques, faunistiques et, bien sûr, humaines.

     
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  • Sommaire
  • Impressum
FRANÇOISE TSCHANZ Préface
INTERVALLES La voie romaine contestée du Raimeux
CHRISTOPHE GERBER La «piste à schlittes du Mont Raimeux»
RECHERCHES EFFECTUÉES PAR FRANCIS STEULET La vallée de Moutier-Grandval vue par les cartographes au fil du temps
RENÉ KOELLIKER Quatre siècles de patrimoine construit: de la maison à devant'huis à la villa de fabricant
CHARLES WISARD Bref historique de la ligne de chemin de fer Moutier - Soleure
RENÉ KOELLIKER, CHRISTIAN SCHOUWEY Le meuble de Corcelles. Aperçu d'une production du XVIIIe siècle
RENÉ KOELLIKER Les faïences de Crémines: mythe ou réalité?
PROPOS RECUEILLIS PAR FRANCIS STEULET Un ancien maire de Crémines évoque le passé
DENIS ROSSÉ Les souvenirs d'un instituteur
MARLYSE ZBINDEN Chroniques: le pouls du Cornet
ALAIN SAUNIER La nature poursuit sa course
ASTRID JORDI Un lieu pour se ressourcer
SÉBASTIEN GERBER Déclic naturel
NATACHA BUCHER Une nouvelle habitante
Biographies
 80 pages.  Format : 170 x 250 mm
 Impression noir/blanc  
©Intervalles
N° 67  Le Cornet
Titre
Auteur
texte
Préface
FRANÇOISE TSCHANZ
«Qu'y a-t-il là-dedans?»
« De la graine de curieux dans un cornet bleu»

me répondait-on invariablement, à moi, la gamine curieuse. Aujourd'hui encore, la question me turlupine. Grâce à Intervalles et aux pages qui suivent, je vais enfin savoir ce que recèle... le Cornet!
Tout dépend bien sûr de quel côté on l'entame, ce fameux bout de terroir. Sa face orientale présente Corcelles et Crémines, viaduc et martinet compris. A l'Occident, les Prévôtois le pénètrent par Eschert, puis Grandval. Sans oublier ses bordures montagneuses, Raimeux et Graitery s'entend.
Le Cornet a beau avoir des allures d'entonnoir, il n'en est pas moins sans fond. Riche à l'envi en particularités architecturales, historiques, faunistiques et, bien sûr, humaines. Alors, enfilez-vous y sans crainte. La visite vaut bien ces quelques pages.
La voie romaine contestée du Raimeux
INTERVALLES
L'Office national du tourisme, dans une brochure consacrée aux voies romaines de l'Helvétie, parue en 1992, relève que la majorité du trafic, entre Avenches et Kaiseraugst, passait par l'Aar et le Hauenstein supérieur à l'époque romaine. Parallèlement, la liaison par Pierre-Pertuis jouait aussi un rôle important. Suivant le cours de la Birse, la route conduisait à la cluse de Moutier que les bâtisseurs de la voie ont dû contourner par le Mont Raimeux. Les gorges de Moutier étaient infranchissables à l'époque. Ce ne sont que les moines du cloître de Moutier-Grandval, fondé au VIIe siècle, qui ont rendu le passage de cluse de Moutier praticable.
Dans son ouvrage «La route romaine transjurane de Pierre Pertuis», qui publie ses recherches sur le tracé romain entre le Plateau suisse et les bassins du Doubs et du Rhin, M. Christophe Gerber, archéologue, présente une autre version de la voie contestée du Raimeux. Avec son accord, nous la publions ci-après.
La «piste à schlittes du Mont Raimeux»
CHRISTOPHE GERBER
A l'est de Moutier, dans un petit vallon dénommé Le Cornet, un curieux cheminement, partiellement aménagé dans le roc, gravit les pentes abruptes du mont Raimeux. Ce chemin prend naissance derrière le village de Grandval, à une altitude de 588 m, et parvient à près de 1 300 m, au lieu-dit Raimeux de Grandval.A l'approche du sommet, le chemin se perd dans les pâturages et ne réapparaît pas sur le versant nord; aucun lien avec Rebeuvelier ou Vermes n'est visible.
Découvert en 1981 par M. Werth Müller, ce chemin creux, marqué par endroits d'ornières assez larges, a provoqué un grand débat dans les quotidiens régionaux notamment. Certains auteurs voulant y voir le tracé de la voie romaine Moutier-Bâle. A notre avis, cette idée doit aujourd'hui être abandonnée définitivement, car il est peu vraisemblable, qu'un passage, dont la pente moyenne atteint 24% (avec maxima à 42%!) ait été aménagé pour les chars. Un tracé aussi escarpé aurait nécessité des attelages extrêmement puissants pour tracter des chargements même modestes; sans parler de la descente... suicidaire!
Le chemin du Mont Raimeux constitue plutôt une piste aménagée pour l'exploitation des pâturages d'altitude (métairies). Servant de chemin muletier, il a également pu servir à descendre des herbages ou du bois au moyen de schlittes. Ceci expliquerait la présence par endroit de marches taillées dans le roc et d'ornières (usure due au frottement des patins cerclés de fer). Ce moyen de transport ancestral est encore attesté dans les milieux alpins, aux Grisons, en Valais ou en Savoie.
Une découverte récente de lettres et de chiffres gravés dans le rocher, en bordure de ce chemin, a été effectuée dernièrement. Les lettres correspondent sans doute à des initiales et les chiffres 1 6 2 1 à une date, probablement celle de la construction ou de la réfection de ce passage. Ces inscriptions sont localisées aux coordonnées 599.190/238.050 (photo ci-dessus). Cette découverte contribue à préciser sérieusement le cadre chronologique de la «piste à schlittes» du Raimeux.
La vallée de Moutier-Grandval vue par les cartographes au fil du temps
RECHERCHES EFFECTUÉES PAR FRANCIS STEULET
Extrait de la plus ancienne carte détaillée du Jura bernois, datée de 1694, conservée par les Archives de l'Etat de Berne.
Elle est due à Albrecht Zollinger (pasteur bernois du XVIIe siècle) et s'intitule «Inclyate Urbis et Ditonis Bernensis cum locis finitimis Tabula et Hydrographica noviter correcta».
Entraîné par un désir de connaître, le réalisateur observe et relève les plissements du massif jurassien. En une seule personne sont réunis le naturaliste, le topographe et le voyageur.
On remarque que si les localités de la vallée de Tavannes sont cartographiées, celles du vallon de Moutier-Grandval, par contre, sont ignorées sur cette carte.
La vallée de Moutier-Grandval et les montagnes avoisinantes présentées au XVIIIe siècle.
Extrait de la carte géographique de 1741, la plus ancienne connue du district de Moutier conservée aux Archives de l'Etat de Berne.
Extrait de la carte de la partie helvétique de l'Evêché de Bâle, présentant le Cornet, réalisée par Samuel Bodmer en 1709, qui fait partie de la collection Schauenbourg.
(Réquisition du général Schauenbourg, lors de la chute de Berne en
1798). Reproduction autorisée par la Bibliothèque militaire fédérale, Berne. Cet extrait confirme par ailleurs la présence de verreries dans le
vallon de Chaluet (Glas-Hütten).
Carte de l'Ancien Evêché de Bâle, levée par A. J. Buchwalder, officier du génie en 1815. Extrait présentant la vallée de Moutier-Grandval.
La représentation topographique montre de nombreuses similitudes avec la conception géographique de l'atlas Meyer-Weiss de 1800.
On remarque que de nombreuses métairies existaient déjà à l'époque sur les sommets du Graitery et du Raimeux.
Quatre siècles de patrimoine construit: de la maison à devant'huis à la villa de fabricant
RENÉ KOELLIKER
Contexte géographique, historique et économique

Le Grandval ou le Cornet, comme il est communément appelé par la plupart de ses habitants, forme une vallée qui s'étire d'ouest en est à partir de Moutier. Légèrement vallonné, blotti entre le Raimeux et le Graitery, il est parcouru par différents cours d'eau dont le principal est la Rauss. Le Cornet est composé des communes suivantes: Eschert, Belprahon, Grandval, Crémines, Corcelles et Elay. Jusqu'en 1798, le Cornet appartient au Prince-évêque de Bâle, s'ensuit une courte période où la France l'annexe avant qu'il soit rattaché en 1815 - à la suite du Congrès de Vienne - au canton de Berne. Sous l'Ancien Régime, la principale activité économique est liée au secteur primaire, à l'artisanat et au Verlagsystem. Celui-ci permettait le travail à domicile pendant les longs mois d'hiver. Dès la seconde moitié du XIXe siècle un léger essor industriel dû à l'implantation de quelques fabriques d'horlogerie et de mécanique diversifie le tissu économique de la région. Celui-ci donne lieu à une redéfinition sociale, à une augmentation de la population et par la même occasion à de nouveaux types architecturaux. Le contexte géographique, historique et économique forme l'écrin dans lequel va prendre place l'évolution du patrimoine bâti dont le résultat est une diversité typologique au cours de quatre siècles de construction: de la ferme à devant'huis qui marque le paysage du Cornet jusqu'à la fin du XIXe siècle, l'architecture vernaculaire s'enrichit de fabriques, de maisons locatives, de villas de fabricant et enfin d'un foisonnement de maisons familiales qui caractérise la deuxième moitié du XXe siècle.


La maison paysanne du XVIe siècle

Connaître l'aspect exact de la composition architecturale des villages avant le XVIe siècle est une approche difficile au vu de l'absence de maisons existantes antérieures à ce siècle. C'est la raison pour laquelle notre parcours architectural débute au milieu du XVIe siècle. Ce choix n'est pas le fruit du hasard, mais il est rendu possible grâce à une ferme conservée à Grandval. En effet, le Cornet peut se targuer de posséder une des plus anciennes fermes du Jura: la maison dite du Banneret Wisard dont les éléments de la charpente ont pu être datés vers 1535. Cette ferme permet une intéressante lecture de l'architecture vernaculaire de la deuxième moitié du XVIe siècle, que ce soit au niveau du plan, du toit à quatre versants - soutenus par des poteaux de nos jours toujours visibles - couvert de bardeaux, de la cuisine dont la voûte et les rondelats sont encore en place et du devant'huis ouvert. Il est bien entendu qu'il convient de faire abstraction des transformations faites à travers les siècles - au niveau de la disposition des ouvertures, de la distribution des pièces au sein de l'habitat et de l'extension à l'ouest du rural - afin de saisir cette maison de première qualité qui demeure un témoin architectural hors pair. Sur la base de ce type de ferme se développe et se met en place - à partir du XVIIe siècle et jusque dans les premières décennies du XIXe siècle - la ferme dite à devant'huis. Celle-ci devient le «modèle déposé» et marque encore de nos jours - du moins par la silhouette du toit et parfois de quelques éléments architecturaux ou décoratifs - les centres anciens des villages du Cornet.
Bref historique de la ligne de chemin de fer Moutier - Soleure
CHARLES WISARD
La ligne Moutier - Soleure assure une liaison importante entre la Suisse romande et la Suisse alémanique.
Rappelons que vers 1850, l'idée de construire une liaison routière entre Oberdorf et Saint-Joseph avait été lancée, avec projet de percement d'un tunnel sous la montagne du Weissenstein.
Un premier projet de chemin de fer, datant de 1886, dû à l'ingénieur soleurois Johann Spillmann, prévoyait un train à voie normale, avec un secteur à crémaillère de Langendorf à Oberdorf. Le programme de financement et le
secteur à crémaillère furent toutefois largement contestés.
En 1891, le peuple bernois accepta la loi de subventionnement des chemins de fer. En conséquence, le canton de Berne était prêt à soutenir financièrement le secteur se trouvant sur son territoire.
Le comité d'initiative soleurois continua ses travaux et en 1898, en collaboration avec un bureau d'ingénieurs de Zurich, un projet de construction détaillé est présenté, avec un budget de CHF 6'600'000 pour ligne de 22 km. Dans la même année, le peuple soleurois assura la participation du canton et la prise d'actions pour CHF 358'000. Par suite du changement de projet, la section de la voie qui se trouvait sur territoire soleurois devenait plus longue et la participation de l'Etat fut augmentée à 554'000.- Le projet fut cependant attaqué dans la presse, en raison du percement prévu du tunnel de Moutier à Granges.
Le meuble de Corcelles. Aperçu d'une production du XVIIIe siècle
RENÉ KOELLIKER, CHRISTIAN SCHOUWEY

La plupart des régions suisses ont un patrimoine mobilier adapté, au niveau de la forme et du décor, aux particularités stylistiques régionales, au train de vie du commanditaire et au patrimoine immobilier de celui-ci. En effet, la clientèle patricienne des villes ne «consomme» pas le même meuble que la population rurale et la maison de ville ou de campagne d'un patricien n'est pas meublée de la même façon qu'une ferme. Si les premiers préfèrent les meubles manufacturés par des ébénistes qui utilisent des bois nobles tels le noyer, le cerisier ou les pièces dont la carcasse est en sapin mais marquetés avec les essences les plus rares; les seconds doivent se contenter de meubles plus simples, assemblés en bois de sapin et manufacturés par un menuisier-paysan ou par le paysan lui-même. Pour donner du lustre à ces objets, ces derniers peignent le meuble afin d'imiter les bois précieux ou suggérer des faces panneautées. C'est dans ce créneau artistique qu'au cours de la dernière décennie du XVIIIe et lors du premier tiers du XIXe siècle, les arts appliqués du Cornet se sont enrichis d'une intéressante production de mobilier. D'un atelier ou d'une ferme sis à Corcelles, dont nous n'avons pas retrouvé l'emplacement exact, sortent un nombre important d'armoires, de bahuts et de petites boîtes d'ouvrage. Les meubles faisaient partie de la dot que l'épouse amenait dans son nouveau ménage et les différentes exécutions, au niveau de la richesse du décor et de la menuiserie, que l'on peut encore admirer aujourd'hui, nous informe du niveau social du ou des commanditaires. Un très grand nombre de ces objets a disparu et aujourd'hui seules quelques pièces sont encore en possession de collections privées ou de musées (le Musée jurassien
d'art et d'histoire à Delémont et le Musée Chappuis-Fähndrich à Develier conservent dans leur exposition une armoire; le musée Haus der Kulturen der Welt à Bâle conserve dans ses réserves un bahut).
Cet article propose de présenter les données techniques des meubles produits à Corcelles, ainsi que des informations à leur sujet, et enfin présenter les artisans qui ont su mettre en oeuvre un exceptionnel savoir-faire.

Les faïences de Crémines: mythe ou réalité?
RENÉ KOELLIKER
Au cours du xviiie siècle, de nombreuses manufactures de faïence voient le jour en Europe et en Suisse. Si un grand nombre apparaît et disparaît presque aussitôt, d'autres (Schooren ou Matzendorf par exemple) survivent au-delà du Siècle des Lumières et produisent tout au long du xixe siècle de nombreuses pièces. Ce mouvement de création atteint également l'Ancien Evêché de Bâle où de nombreux potiers de terre s'adonnent à l'art de la céramique en Ajoie, particulièrement à Bonfol et à Cornol. De plus et pour la même période, l'historiographie traditionnelle mentionne la fondation d'une faïencerie à Crémines vers 1748.


Les faïences de Crémines

Au cours de la lecture d'articles ou d'ouvrages consacrés à l'histoire jurassienne ou aux arts appliqués en Suisse, en particulier dans ceux consacrés à la céramique, nous avons parfois rencontré le nom de Crémines. Ceci a éveillé notre attention et l'envie d'en savoir plus, ce
qui nous a décidés à approfondir les connaissances acquises à travers les quelques lignes ou mentions découvertes. Dans ce but, nous avons consulté deux sources: les pièces de faïences de collections publiques et privées et les archives des communes de Crémines et Grandval.


Les faïences et les moules à faïence auprès d'institutions publiques et auprès de collectionneurs privés

Au cours de nos nombreuses visites auprès de particuliers ou dans différents musées, nous avons pu voir un certain nombre de pièces attribuées à Crémines ainsi qu'une quarantaine de moules à faïence en plâtre. Ces derniers portent, pour la plupart, une signature et une date gravée sur le revers.
Du corpus de céramique à disposition, nous avons sélectionné quatre pièces, elles-mêmes scindées en deux groupes. Les critères de sélection sont la forme, le décor, la marque trouvée au revers et, point à ne pas négliger, la tradition d'attribution des différents propriétaires.
Un ancien maire de Crémines évoque le passé
PROPOS RECUEILLIS PAR FRANCIS STEULET
Fritz Lehmann, ancien maire de Crémines, la commune la plus peuplée du «Cornet», s'est volontiers prêté à une interview et a répondu à quelques questions pour la revue Intervalles.

Intervalles: A quelle époque avez-vous occupé les fonctions de maire?

Fritz Lehmann: J'ai fonctionné comme maire de la commune de Crémines durant six ans, soit du 1er janvier 1992 à fin 1997.

Intervalles: N'y a-t-il pas actuellement des difficultés à assumer une charge politique, parallèlement à une activité professionnelle à plein temps? Cela ne relève-t-il pas de l'idéalisme?

Fritz Lehmann: A l'époque, j'étais employé, alors qu'actuellement je dirige ma propre entreprise. Dans une petite commune, où l'administration est réduite, les responsables politiques doivent mettre plus la main à la pâte que dans une grande commune, où les élus peuvent déléguer à des employés engagés à plein temps, ou à un staff de fonctionnaires spécialisés. Il n'est plus possible aujourd'hui d'être au courant dans tous les domaines, si l'on songe à la profusion d'extraits de législation qui voient le jour successivement dans tous les secteurs, scolaire, social ou domaine des finances plus particulièrement. Conséquence, on est souvent obligé de nouer contact avec des tiers, pour être parfaitement «au parfum», avant de prendre une décision qui pourrait se révéler discutable si elle était prise hâtivement.

Intervalles: La commune de Crémines a une double particularité: elle possède deux frontières: cantonale avec le canton de Soleure, et linguistique avec la Suisse alémanique. Quels étaient les contacts que vous aviez avec vos voisins soleurois?

Fritz Lehmann: Notre commune voisine - la première sur sol soleurois - est celle de Gänsbrunnen. Au début de mes fonctions, je dois avouer que nous n'avions pratiquement pas de contacts avec nos voisins soleurois. On peut y déceler un signe de bon voisinage! Je rappelle toutefois que la commune de Crémines est propriétaire foncier sur le sol de nos voisins soleurois. Nous possédons en effet la ferme de La Binz, située au col du même nom, ainsi qu'un alpage sur la montagne de Maljon. Les problèmes qui en découlent - droits d'utilisation des chemins, par exemple - se réglaient sur le plan administratif selon les prescriptions légales en vigueur. Quelques difficultés se sont avérées au sujet du triage forestier; on cherchait en effet d'autres débouchés pour notre marché du bois. Les contacts se tournèrent vers la commune de Rosières (Welschenrohr); ils ne furent cependant pas couronnés de succès et furent abandonnés.
Les souvenirs d'un instituteur
DENIS ROSSÉ
Corcelles en 1970

Le caractère rural du village était plus marqué. Chaque année, élèves et enseignants quittaient la classe pendant une journée pour «chasser» les vaches jusqu'au Raimeux. Cette journée marquait le début de la saison d'estivage. C'était en quelque sorte une montée à l'alpage du bétail. Les enfants aimaient beaucoup cette tradition aujourd'hui tombée dans l'oubli. Par la suite, seuls les enfants d'agriculteurs bénéficièrent
de ce congé. Puis les camions et autres tracteurs suivis de leurs bétaillères amenèrent les génisses jusqu'au sommet de la montagne.
Le petit magasin survécut jusque dans les années 1970. Il était tenu par Madame Juillerat qui y vendait les denrées nécessaires pour compléter la production personnelle des paysans autochtones. Un grand camion de la Migros vint ensuite stationner au village. Chaque semaine les ménagères pouvaient s'approvisionner en marchandises fraîches. Le magasin ferma car peu rentable. Madame Juillerat fit don à l'école du reste de son assortiment. Je me souviens notamment de petits pots de colle noirs qui échurent à ma classe. Contenants désuets en verre munis de bouchons en liège et qui dégageaient un parfum musqué.


La classe des grands en 1970

La première image que je garde de l'école, c'est un tas de sciure posé sur un parquet neuf et voisinant avec un balai et quelques outils de menuisier. L'école avait brûlé l'année précédant ma venue. Les classes avaient été déplacées. L'une d'elles se trouvait dans une maison d'habitation voisine du bâtiment scolaire.
A la rentrée du printemps 1970 presque tout était neuf. Deux classes abritaient: une, les élèves de la 1e à la 4e, sous la responsabilité de Madame Nina Chausse, de Moutier; l'autre, située à l'ouest, les grands de la 5e à la 9e. Les effectifs variaient selon les années entre 18 et 25 écoliers. Le programme quotidien a connu de nombreuses fluctuations. Il débutait en général à 8 heures et la matinée s'achevait à 11 h 45. Les cours reprenaient à 14 heures pour s'achever à 16 heures.
Certains élèves descendaient des Raimeux de Crémines et de Corcelles pour assister aux cours. Ils regagnaient leurs logis, souvent à pied, et aidaient ensuite leurs parents dans l'exploitation de la ferme. Journées bien remplies qui expliquaient que parfois les paupières étaient lourdes en début de matinée.
Une élève, Ursula, habita un certain temps sur Maljeon. Les trajets étaient encore plus longs. Les parents trouvèrent pour elle une famille d'accueil où elle pouvait manger et dormir au besoin. Juste à côté de ma classe se trouve encore un petit local que l'on continue d'appeler «la cuisine». Les élèves des fermes éloignées pouvaient y réchauffer leurs repas et manger en attendant l'heure de la reprise.
Chroniques: le pouls du Cornet
MARLYSE ZBINDEN
Pendant un peu plus de vingt ans, Marlyse Zbinden, correspondante du Journal du Jura, a rendu compte des événements et autres réalités villageoises du Cornet. Extraits.


26.10.2001, Animations au Martinet: Miroir de l'ère préindustrielle et atout touristique du Cornet par excellence, le Martinet de Corcelles fait régulièrement le plein de curieux, qui ont répondu particulièrement nombreux à un week-end d'animations. L'occasion d'assister à la renaissance du célèbre Martinet, qui a dû être réparé sous le coup de l'essoufflement et de profiter d'animations variées.

31.10.2001, Fête de la courge: Faire plaisir aux enfants, susciter leur intérêt et favoriser les rencontres populaires font partie des objectifs de la FSG «Le Cornet», qui a continué avec succès dans sa démarche de l'an dernier avec l'organisation d'une fête de la Courge. Beaucoup d'enthousiasme chez les petits comme chez les grands et une participation de poids... autant qu'originale.

2 novembre 2001, Marché de Noël: Avec sa mine affable et combien sympathique, ainsi qu'un traîneau de cadeaux oridinaux faits maison, le Père Noël tiendra la vedette lors du traditionnel Marché de Noël, qui se tiendra ce week-end à la halle de gymnastique. A ce grand rendez-vous d'artistes en tout genre s'ajoute cette année, pour la première fois, un troc de jouets.

28 novembre 2001, Fusion dans l'élevage bovin. L'Association du Grand-Val est née: Une diminution progressive des éleveurs ainsi qu'un souci de continuité et de rationalisation ont amené les syndicats bovins de Belprahon, Eschert et Grandval à la naissance d'une nouvelle organisation d'élevage commune. L'«Association des éleveurs du Grand-Val» prendra dynamiquement son envol le 1er janvier 2002 sous la présidence de Roger Grossniklaus.

6 décembre 2001, Après-midi récréatif pour les aînés: Sur les traces de la «Jardinière du roi», des petites sorcières ou autre voyage champêtre au Clos-du-Doubs, les aînés du Cornet ont vécu un très bel après-midi récréatif en compagnie de la Gym-Elles, qui avait concocté un captivant cocktail de prestations gymniques, assorti d'intermèdes musicaux.

16 avril 2002, Assemblée de l'Association jurassienne bernoise de tir: L'Association jurassienne bernoise de tir (AJBT) tire dans l'ensemble un bilan sportif 2001 positif, si ce n'est une diminution des effectifs des jeunes Tireurs et, entre autres, une régression de participation au Tir fédéral en campagne à 300 m, réputé pourtant pour être la manifestation la plus populaire du pays. Mais la pléiade de Tireurs récompensés ou honorés, jeunes et moins jeunes, démontre bien que la passion du tir reste vivante dans nos contrées.
La nature poursuit sa course
ALAIN SAUNIER
Décembre

Abandonnés depuis longtemps, les pommiers à hautes tiges d'un vieux verger de Grandval enchevêtrent leurs branches folles. Variétés oubliées ou négligées à cause de leur acidité et de leur petite taille, ces pommes sont restées longtemps accrochées aux branches. Personne n'en veut plus, ni pour le cidre, ni pour la distillation.
Pourtant, fort bien adaptées aux conditions de ce milieu, elles ont mûri en quantité, alors que les fruitiers plus modernes sont restés stériles cette année. Il y en avait tant qu'elles forment maintenant un tapis. Couvertes d'une fine couche de neige, elles ont été dégagées par les grives et les merles qui ont piqué et gratté, trouvant là une manne bienvenue. D'abord, ils ont attaqué celles qui étaient restées accrochées aux branches, les ont abattues après en avoir becqueté l'intérieur. Les pics vert, cendré, épeiche et mar, ainsi que mésanges et sittelle ont participé eux aussi, recherchant plutôt les graines sous la pulpe. Certains, plus habiles, savent se percher correctement pour une plus grande efficacité, d'autres, comme les pics, attaquent en positions intenables, équilibristes maladroits et peu efficaces. Leur spécialisation de grimpeurs les défavorise et ils cherchent en vain un appui pour la queue. Toutes leurs tentatives ne les menant qu'à des séries de postures surprenantes. Dès qu'ils le peuvent, ils reprennent leurs habitudes et explorent troncs et branches avec méthode. De mêmes sittelles et grimpereaux, appliqués et systématiques.
Les litornes quant à elles, en frugivores expérimentées, savent se positionner et piquer la chair molle. Perchées ou à terre, elles mangent goulûment, le bec tout encollé de pulpe brune.
Soudain, une alarme suivie de cris d'effroi et d'un envol général. Panique! Une ombre grise a foncé et c'est trop tard pour le merle qu'on entend crier alors que l'épervier l'emporte vers la haie voisine. C'est une grande femelle à la poitrine finement barrée de gris. Les serres jaunes ont frappé et se sont refermées sur le corps palpitant. Des plumes noires arrachées volent mollement et les cris faiblissent, étouffés.
Toute la troupe s'est égaillée et le silence est tombé, pesant. Plus rien ne vit, même la lumière diminue, à cause des gros nuages annonciateurs de changement qui s'amoncellent, rabattus par-dessus la montagne à cause d'un fort courant d'altitude.
Deux jours plus tard. Deux jours de temps maussade: il a plu, un brouillard lourd et opaque a accompagné une fine bruine. La pluie après la neige, c'est une impression désagréable de dégradation, d'uniformisation et de salissement. Les couleurs, révélées par l'éclatement du blanc pur, ont dégénéré pour ne plus être que grisaille déprimante. Une courte tempête a frappé, violente et agressive, puis le calme est revenu, avec la neige. Aujourd'hui, le froid vif et vivifiant annonce une journée lumineuse. Déjà le bleu apparaît entre les derniers brouillards matinaux qui ourlent la montagne. Deux chevreuils tout gris et gras à cause de leur pelage hivernal, grattent les feuilles mortes en lisière de forêt. Les traces s'emmêlent à l'infini révélant l'activité de cette nuit de lune bientôt pleine. Les lièvres ont hanté les pâturages que le renard a pointillés régulièrement, comme une machine tranquille qui passerait d'un caillou à un autre, d'un buisson à un arbre, explorant systématiquement les points marquants de son domaine. Les devoirs de propriétaire créent certaines obligations...
Un lieu pour se ressourcer
ASTRID JORDI
Avec Astrid Jordi s'ouvre la présentation de trois jeunes nés au Cornet ou y résidant


Issue d'une famille nombreuse (9e enfant sur 10) j'ai grandi dans une maison située dans un quartier tranquille à la sortie de Crémines. Je me promenais beaucoup avec mon petit frère qui a une année de moins que moi, nous allions construire des cabanes dans la forêt qui était juste à proximité de notre maison. Nous aimions aussi dénicher des oisillons dans les arbres ou pêcher des têtards dans les étangs des environs. Je me souviens
que je n'avais peur de rien. Dans la nature, je me sentais protégée et dans le village, tout le monde se connaissait. Alors je grandissais avec un sentiment d'insouciance totale.
Mon école était à cinq minutes à pieds de chez moi. J'y retrouvais ma meilleure copine et mes amis avec grande joie pour jouer dans la grande cour de récréation.
La région du Cornet est selon moi un lieu où l'on peut se ressourcer puisqu'on est entouré de belles forêts et de montagnes. Habitant à Genève depuis 1997, j'apprécie d'y venir pour me reposer et pour visiter ma famille.
Mais, après trois jours, je ressens le besoin de revenir à Genève, car j'y trouve un grand choix d'activités culturelles et d'endroits variés pour sortir. Si la région du Cornet venait à brûler je chercherais à sauver la nature qui m'a d'ailleurs beaucoup influencée pour la composition de couleur de mes peintures.
Si je devais représenter le Cornet d'une manière artistique, j'organiserais des représentations théâtrales suivies de vernissages de peinture ainsi que des soirées de rencontre avec des gens de pays différents pour discuter d'art et de manière de peindre. Je suis certaine que l'échange entre les cultures étrangères apporterait une plus grande ouverture d'esprit des villageois et diminuerait ainsi leur peur des inconnus.
Déclic naturel
SÉBASTIEN GERBER
Sébastien Gerber, 30 ans, habite Crémines et s'y sent bien. C'est qu'il est tombé dès l'enfance sous le charme du Cornet. Dès l'enfance, son terrain de jeu favori a été la forêt, la nature, où il a bricolé avec des appareils photo empruntés aux adultes de son entourage. Un déclic déclenché à force de voir passer l'instituteur du village muni de drôles d'appareils.
Un instituteur devenu, un jour, celui de Sébastien Gerber. L'occasion d'un premier pas, l'achat d'un appareil réflexe en 1987. Et de débuts difficiles, malgré les conseils du prof.
Et puis il y eut quelques années consacrées au sport. Avant que, en 1995, la photo ne reprenne le dessus.
Quittée le temps d'une formation de mécanicien sur machines à Moutier. Quoique... Pendant son temps libre, Sébastien Gerber parcourt, appareil photo au poing, le Raimeux et autres paysages. Pour y croiser, par exemple, une pie grièche à tête rousse ou autre merveille animalière. Histoire de partager un bout de sa chère nature...
Le virus a frappé... Le jeune photographe avait toujours rêvé de voyage. En 1997, toujours en compagnie de son maître es photos, il part pour la première fois en Afrique. Et y découvre la grande faune dans les parcs de Tanzanie.
Une nouvelle habitante
NATACHA BUCHER
Je suis née à Delémont et y ai effectué ma scolarité. J'ai lu un jour par hasard l'annonce selon laquelle Crémines cherchait une secrétaire communale. Mon ami m'a encouragée à postuler, sans vraiment y croire. Actuellement, cela fait deux ans que j'occupe ce poste et je dois avouer que je ne changerais pour rien.
Mes loisirs sont tous les sports mais avec une préférence pour la marche, le VTT et, en hiver, le ski et les raquettes.
J'ai découvert le Cornet grâce à mon ami, qui en vient. Lorsque nous avons décidé de nous mettre en ménage, le choix s'est porté sur cette région, car nous ne désirions pas habiter dans une ville.
Je me plais beaucoup ici. J'aime tout, le climat est agréable. Nous avons un paysage magique, avec le Raimeux. L'endroit est également agréable pour se détendre pour un pique-nique entre amis.
Je compte bien rester ici. Je ne pense pas vouloir quitter cette région, sauf si c'est par obligation. La sympathie des gens et l'esprit du village me manqueraient.
Biographies
Biographies

Natacha Bucher
Née en 1972, Première secrétaire communale de Suisse à exercer en parallèle le service de maintenance des billets de chemin de fer dans son bureau communal à l'ancienne gare de Crémines. Aujourd'hui elle vole encore au secours de l'administration communale voisine d'Elay où la langue officielle est l'allemand.

Astrid Jordi
Née en 1970. A toujours pratiqué le dessin. Plusieurs cours, notamment au Mexique, à San Francisco et à Paris et expositions. Les techniques utilisées sont pour la plupart mixtes et à l'huile. Vit actuellement à Genève.

Fritz Lehmann
Né en 1959. Administrateur de Hartul Technologies SA à Crémines. Conseiller communal de Crémines de 1988 à 1991 et maire de 1992 à 1997. Président de la fondation «Maison du banneret Wisard» de 1998 à 2002.

René Koelliker
Enfance à Corcelles. Etudes d'histoire de l'art, d'histoire et d'allemand aux universités de Genève et Humbold-Universität zu Berlin. Titulaire d'une licence en histoire de l'art de l'université de Genève.Mandat auprès des monuments historiques du canton de Berne pour l'inventaire architectural.

Denis Rossé
Né en 1950 à Moutier. Enseignant à Corcelles depuis trente-quatre ans. Directeur du Syndicat scolaire du Grand-Val depuis sa création en 1984. Président de la Fondation du Martinet de Corcelles dès sa création en 1987 et jusqu'en 2003. Président d'honneur de la Fondation du Martinet de Corcelles depuis 2003. Conseiller communal à Corcelles durant quatorze ans. Vice-maire de Corcelles durant six ans.
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