REVUE N° 62
Protection du patrimoine
     
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  • Sommaire
Remerciements
INTERVALLES Préambule
HANNES SCHEIDEGGER OFFICE FÉDÉRAL D\'INFORMATION POUR LA PROTECTION DES BIENS CULTURELS Les sites dans le paysage culturel suisse
FRANCIS STEULET Journées européennes du patrimoine 2001
JÜRG SCHWEIZER R PHIL. HIST., CONSERVATEUR DES MONUMENTS HISTORIQUES Nouvelle loi sur la protection du patrimoine pour le canton de Berne
JEAN-PIERRE FUHRER SERVICE CANTONAL DES MONUMENTS HISTORIQUES Protection du patrimoine dans le Jura bernois
District de Moutier
District de La Neuveville
JEAN-RENÉ CARNAL La maison du banneret Wisard, à Grandval
STÉPHANE DE MONTMOLLIN Bienne: Rénovation du Centre Pasquart
BENOÎT DE MONTMOLLIN ARCHITECTE DIPL. EPF SIA Restauration de l'immeuble - Rue de l'Union 2
ALFRED H. WYSS, OFFICE POUR LA PROTECTION DES BATIMENTS DE LA VILLE DE BIENNE Bienne Salle des fêtes baroque - Rue Haute 12
OFFICE CANTONAL D\'INFORMATION, BERNE Mise sous protection
CHANTAL BORNOZ-FLÜCK PRÉSIDENTE Ligue bernoise du patrimoine, groupe Jura bernois
Ont collaboré à ce numéro:
©Intervalles
N° 62  Protection du patrimoine
Titre
Auteur
texte
Remerciements
Intervalles remercie les instances et offices suivants pour leur apport et leur collaboration à la réalisation du présent numéro:
- Office fédéral d'information pour la protection des biens culturels, Berne
- Service cantonal des monuments historiques, Berne
- Service cantonal des monuments historiques, service du Jura bernois, Tavannes
- Ligue bernoise du patrimoine, groupe Jura bernois
- Office des constructions de la ville de Bienne
- Fondation de la maison du banneret Wisard, Tavannes

Crédit photographique

Service des monuments historiques, Berne Office des constructions de la ville de Bienne Ligue bernoise du patrimoine, groupe Jura bernois
M. Jean-René Carnal, Reconvilier
Photo Gerber, Bienne
M. Fritz Hauri, Moutier
Fotoatelier Gerhard Howald, Kirchlindach/Bern
Préambule
INTERVALLES
Intervalles poursuit sa politique de diversité et se penche cette fois sur le passé architectural régional. Toutefois, le présent numéro n'a nullement l'intention de dresser un inventaire détaillé des bâtiments ou des monuments historiques restaurés, que notre génération a le devoir de conserver.
Des fautes de goût de certains architectes et maîtres d'oeuvre ont-elles eu un impact négatif sur notre patrimoine? Probablement dans quelques cas, mais Intervalles a choisi de montrer quelques exemples de bâtiments dont la conservation et la restauration nous ont semblé dignes d'être relevées.
Nous redécouvrons ainsi quelques constructions qui, sans avoir l'éclat historique des édifices de grand caractère de nos régions, méritaient également d'être présentées. Le travail précieux de sauvegarde du patrimoine immobilier, assuré par le Service cantonal des monuments historiques, se devait d'être relevé. Certes, le sujet est vaste et nous ne pouvons en traiter que quelques aspects. Le maintien d'un patrimoine ne peut cependant rester cantonné uniquement dans le passé. La technologie actuelle permet de s'insérer dans un modernisme qui souvent enrichit l'esprit.
Tout en cherchant à donner un aperçu pittoresque de l'architecture de notre passé régional, Intervalles invite le lecteur à une réflexion sur la variété et la valeur de notre habitat.
Les sites dans le paysage culturel suisse
HANNES SCHEIDEGGER OFFICE FÉDÉRAL D'INFORMATION POUR LA PROTECTION DES BIENS CULTURELS
Qu'est-ce que les immeubles à l'ouest de Berne, la vieille ville de Morat et les hameaux de l'Emmental ont en commun? De prime abord, pas grand-chose, car les sentiments que ces lieux évoquent en nous, ne pourraient pas être plus disparates. D'un côté ces énormes tours en béton planifiées au cours des années soixante et soixante-dix et construites au milieu de vastes prairies, de l'autre une petite ville soignée à la substance historique intacte dans laquelle chaque ruelle et chaque faîte nous fascinent et nous permet d'imaginer la vie et l'activité du moyen âge, ou encore un hameau où les fermes, les granges et les stöckli forment un tout harmonieux comme si, depuis l'époque de Gotthelf, le temps s'était arrêté.
Les énormes cités en béton font plutôt naître chez nous un sentiment d'aversion alors que nous allons chercher le repos dans la jolie petite ville où nous nous sentons bien. Et pourtant les immeubles, la vieille ville et le hameau ont beaucoup de points communs: ils font partie intégrante de notre paysage culturel et marquent de manière déterminante l'allure de notre pays.
L'aspect que revêt une forme d'habitat est appelé un site. Les trois exemples cités précédemment montrent très clairement combien il est difficile de définir la notion de site et d'en délimiter la portée. La diversité et la multiplicité de nos formes d'habitat ne permettent pas de décrire la notion de site en quelques mots. Et il est encore plus difficile d'élaborer un catalogue de critères généraux permettant d'évaluer et de classer les sites qualitativement.


Le site - un cadre quotidien qui nous est étranger

C'est chaque jour que nous évoluons dans les sites, que nous passons auprès d'anciens et de nouveaux bâtiments, que nous traversons rues et places, que nous nous réjouissons de voir une jolie maison ou une agréable terrasse de café. Et pourtant nous ne percevons pas vraiment notre environnement, nous nous y sommes tellement habitués que nous ne lui accordons qu'à peine un regard. Bien sûr, nous savons que l'église ou le château sont anciens et ont donc de la valeur, que certains bâtiments sont classés bâtiments historiques et que d'autres sont plutôt considérés comme des tares. Mais les bâtiments historiques nous intéressent essentiellement pendant les vacances lorsque, à l'étranger, le guide touristique à la main, nous flânons à travers les villes. Peut-être connaissons-nous également en Suisse l'une ou l'autre de ces petites villes pittoresques ou avons-nous déjà visité une cathédrale ici, un château là? Et pourtant nous ne savons que peu de chose sur la variété de notre habitat.
Journées européennes du patrimoine 2001
FRANCIS STEULET
Intitulées «Habiter un monument historique», les Journées européennes du Patrimoine 2001 se sont déroulées les 8 et 9 septembre. Elles ont permis au grand public de découvrir ce qui se cache derrière la façade des monuments historiques. Plusieurs portes, habituellement closes, se sont en effet ouvertes aux intéressés.
Dans le canton de Berne, les édifices et monuments suivants ont pu être visités:
- Cours intérieures de la vieille ville de Berne
- Vieille ville de Laupen
- Maison de Watteville à Berne
- Propriété du Lohn à Kehrsatz
- Ensemble historique de la Kirchgasse à Unterseen
- Atelier Robert et maison d'habitation située à la rue des Maréchaux 10 à Bienne
- Château du Schlossberg à La Neuveville

Pour ce dernier édifice, il a fallu former quatre groupes pour satisfaire le public intéressé. Rappelons que ce château, érigé de 1283 à 1288 sur un éperon rocheux, est antérieur à la fondation de La Neuveville, qui date de 1312. Il avait été érigé par les Princes évêques de Bâle pour faire office de forteresse au pied du Jura.
Les visites de ces monuments historiques ont été rendues possibles grâce à l'engagement du Service archéologique du canton de Berne, du Service des monuments historiques de la Confédération, du canton et de la ville de Berne, ainsi que par les groupes régionaux de la Ligue bernoise du patrimoine national.
Nouvelle loi sur la protection du patrimoine pour le canton de Berne
JÜRG SCHWEIZER R PHIL. HIST., CONSERVATEUR DES MONUMENTS HISTORIQUES
Le 1er janvier 2001 est entrée en vigueur la nouvelle loi sur la protection du patrimoine du canton de Berne, soit quasiment un siècle après la première loi du 16 mars 1902. Le premier objectif de la nouvelle législation était de remplacer le «Méli-mélo» législatif auparavant en vigueur par une réglementation claire accompagnée dans chaque domaine d'une ordonnance d'exécution.
Le projet de révision avait pour deuxième objectif d'harmoniser la nouvelle loi avec la législation sur les constructions et réciproquement. Cela était nécessaire car les biens du patrimoine immobilier sont régis par le droit des constructions, au même titre que tout autre immeuble.
Le troisième but visé par la nouvelle législation était de clarifier la définition de certaines notions. Jusqu'ici, le manque d'uniformité terminologique prêtait souvent à confusion.
Le quatrième objectif de la réforme était de mieux répartir les compétences conformément au système de répartition des tâches entre le canton et les communes. La nouvelle législation définit désormais dans quels cas un propriétaire doit consulter le Service cantonal des monuments historiques s'il projette de transformer un bien du patrimoine (bien cantonal) et dans quels autres cas l'avis de la commune suffit.


Le Service cantonal des monuments historiques (SMH) après l'entrée en vigueur de la nouvelle loi

Aujourd'hui, le Service cantonal des monuments historiques ne travaille pas différemment que par le passé. Il a toujours pour mission principale d'établir le recensement architectural, de s'occuper des monuments historiques dignes de protection ou de conservation, et de conseiller les maîtres d'ouvrage publics et privés. Sa préoccupation majeure est de trouver, d'entente avec les maîtres d'ouvrage, des solutions qui répondent à leurs attentes sans diminuer la valeur patrimoniale des objets concernés.

Compétences. Lors de la procédure d'octroi du permis de construire, le Service cantonal des monuments historiques doit désormais être consulté pour tous les biens immobiliers dignes de protection. Il doit aussi l'être pour tous les biens immobiliers dignes de conservation qui se trouvent dans le périmètre de protection d'un site construit ou qui font partie d'un ensemble bâti inventorié dans le recensement architectural. Les autres objets dignes de conservation relèvent de la compétence communale; il est néanmoins recommandé aux communes de se faire conseiller par d'autres organisations telles que la Ligue bernoise pour le patrimoine. Nous voyons ci-dessus un exemple d'édifice rénové sans que la prise de position du SMH dans la procédure du permis de construire ait été respectée lors des travaux effectués.
Protection du patrimoine dans le Jura bernois
JEAN-PIERRE FUHRER SERVICE CANTONAL DES MONUMENTS HISTORIQUES
Quelques exemples de bâtiments classés: «biens du patrimoine immobilier»

Nous présentons dans ce chapitre quelques exemples de monuments historiques dits «classés». Ces biens du patrimoine immobilier ont, pour la plupart, fait l'objet de travaux de remise en valeur qui ont été suivis par le Service des monuments historiques du canton (SMH).
Par ailleurs, leurs propriétaires ont bénéficié d'une contribution financière cantonale (voire également confédérale pour certains) au titre des coûts supplémentaires engendrés par les travaux de conservation (maintien de l'édifice dans son intégrité physique) ou/et de restauration (révélation des valeurs esthétiques et historiques qui se fondent sur le respect de la substance ancienne et de documents authentiques) du patrimoine bâti. A ce jour, pour l'ensemble du Jura bernois, ce sont plus de 160 biens immobiliers culturels qui sont classés.
Nous en avons retenu une quarantaine, que nous présentons par district et commune (alphabétique).


District de Courtelary

Corgémont, Ferme

Cette ferme imposante (3-4 logements) avec écurie et grange a été construite en 1813. Elle est la maison natale du poète Werner Renfer (1898-1936). Les fenêtres d'origine ont été remplacées, dans le respect de l'esthétique d'alors. L'intérieur a conservé (partiellement) son origine. La toiture a été remaniée en 1994.


Cortébert, Maison de maître

Sur le flanc du Droit du Vallon de Saint-Imier, d'où le futur propriétaire aura une vue directe sur sa fabrique et sur les logements de ses ouvriers, l'industriel Jämes Jaquet fait ériger (1873-74) une villa de maître dans un jardin agencé avec goût. L'architecte Henri Montandon de Saint-Imier conçoit et fait réaliser cette maison qu'il implante dans le jardin historique qu'il a lui-même dessiné. Louis Bueche, également architecte à Saint-Imier, modifie en 1942 l'annexe est qu'il transforme en véranda fermée. L'agencement intérieur est rehaussé par des parquets variés de qualité et des plafonds aux moulures de stuc dorés.
District de Moutier
District de Moutier


Champoz, Collège

Ecole datant de 1850-1860, rénovée en 1963-1964 par l'architecte Geiser de Malleray. La toiture et le clocheton ont été restaurés en 1994. C'est un objet représentatif de la petite école villageoise néo-classique tardif de cette époque. Le clocheton central en cavalier se distingue par son horloge et ses toits à noulets: l'un sur modillons, l'autre pourvu d'un dôme à pans amorti d'un épi et surmonté d'une girouette. L'annexe nord comprend une baie et un oculus dotés d'un riche encadrement néo-baroque. Valorisée par son dégagement et bien intégrée au tissu bâti, cette école marque l'image du village. De nouvelles fenêtres, mieux adaptées à l'esthétique architecturale de l'ensemble, devraient être posées ces prochains temps.


Court, Temple

Construit de 1861 à 1864 par Bernard Stengele de Roches, ce temple est destiné à remplacer celui de 1716 abandonné, qui se trouvait près du cimetière, entre Court et Sorvilier. Rénovations effectuées en 1927 et de 1966 à 1971. La tradition prétend que la cuve des fonts baptismaux de style gothique tardif, ainsi que les cloches de 1488 et 1688 (avec dédicace), proviennent de l'église St-Vincent de Mévilier, village qui fut décimé par la peste. A remarquer que la chaire a été rehaussée sur son socle originel. Mobilier néo-gothique en bois, avec quelques éléments d'art nouveau aux flancs de certains bancs. La toiture et les vitraux ont fait l'objet de travaux de restauration de 1995 à 2001.


Eschert, Ferme

Construite au XVIIIe siècle, et faisant partie du centre de village bien conservé, cette ferme a gardé sa typologie tripartite. L'enveloppe (façades et toiture) a été restaurée en 1993.
District de La Neuveville
District de La Neuveville


Diesse, Temple

Mentionné en 1185, l'édifice roman avait la largeur de la nef actuelle. Le clocher est construit en 1460. En 1608, on crée les fenêtres gothiques et l'on mure les fenêtres de l'époque romane. Différents travaux d'entretien sont effectués au cours du XIXe siècle. L'importante rénovation du temple de 1955-1956 modifie l'aspect intérieur. En 1967, on inaugure les vitraux de Fernand Giauque. Le clocher est restauré en 1997, avec la pose d'une nouvelle croix.


Lamboing, Ferme et cuisine

Une grande partie des maisons du centre ancien de la localité date d'après l'incendie de 1817.
La ferme présente un exemple de cuisine voûtée bien conservée qui a fait l'objet d'une restau ration en 1993.


La Neuveville, Maison de Berne

La Maison de Berne fut jusqu'en 1797 la maison des vendanges de l'abbaye de Bellelay. Elle est devenue le siège du vignoble de la ville de Berne en 1804. Elle est construite dès 1631, sous les abbés David Juillerat (1612-1637) et Pierre Cuenat (1637-1666). La clef de voûte, portant les armoiries de l'abbé, orne l'entrée principale du côté nord. Des transformations et rénovations ont été effectuées au XVIIIe siècle, en 1915-1916, en 1931 et de 1985 à 1988 (reprise en sous-oeuvre, cave à vin du rez-de-chaussée, et de la façade ouest). Imposant édifice sous toit à croupes faîtières. Vastes pièces de logements sur deux étages, avec poêles en faïence. Haute cave de plain-pied; le cellier et le pressoir sont séparés dans le sens de la longueur par neuf arcades sur de courts piliers.
La tourelle d'escalier (côté lac) a été démolie en 1920 (deuxième voie CFF). Menacé de démolition en 1916, cet immeuble a été confirmé au titre des monuments historiques protégés depuis 1917.
La maison du banneret Wisard, à Grandval
JEAN-RENÉ CARNAL
Rappel

Dans le numéro 29 de la revue «Intervalles» de février 1991, figure une description détaillée de ce que l'on savait alors de la «Maison du banneret1 Wisard», à Grandval. Cette demeure paysanne, qui date de 1535, appartient, depuis 1990, à une fondation2 vouée à sa restauration, à son entretien et à son animation.


Fouilles archéologiques

De février à mai 1996, le service archéologique du canton de Berne a délégué une petite équipe pour examiner le sous-sol de l'intérieur de la maison et le sol sous le devant-huis et sous l'auvent. De plus, une étude de la chronologie de la construction a été menée.
Ces travaux ont permis de confirmer et de compléter les connaissances au sujet de la maison du banneret Wisard. En outre, divers objets d'usage domestique - souvent sous forme de fragments - en céramique, en verre, en fonte ont été mis à jour: vaisselle, casseroles, cruches, éléments de carrelage, etc. Le détail n'en sera pas donné ici. Trouvaille particulière, une paire de chaussures du XVIIe siècle a été exhumée, elle aussi.


Les différentes phases de construction et de transformation

Dans une première phase, en 1535 selon les données de la dendrochronologie, une maison de bois de 17 m x 17 m est édifiée, avec une partie habitable à l'est, la grange au centre et une écurie à l'ouest. Elle est faite de poteaux revêtus de madriers. Elle est surmontée d'une charpente pyramidale, conservée jusqu'à ce jour. On y accède par un devant-huis, au nord.
La maison est modifiée par étapes et son confort3 peu à peu amélioré. Progressivement, des murs de pierre remplacent les madriers (fin du XVIe-XVIIe siècle). Des pièces supplémentaires sont aménagées (vers 1800) en même temps que la partie habitable est rehaussée. L'écurie, à l'ouest, est agrandie (1e moitié du XIXe siècle). La maison du banneret Wisard a été habitée jusqu'en 1981.
Bienne: Rénovation du Centre Pasquart
STÉPHANE DE MONTMOLLIN
Rénovation-transformation

Le programme prévoyait la construction d'une nouvelle aile, ainsi que la rénovation et la transformation de l'ancien hôpital de la ville devenu plus tard une école et utilisé depuis 1989 par le Centre PasquArt après des transformations minimales.
Dans le projet de Diener & Diener, la rénovation de l'ancien bâtiment est indissociable de la construction du nouveau. Le projet ne procède pas par l'addition d'un nouveau volume mais intègre les deux bâtiments dans une composition. L'équilibre subtil établit par le projet se lit aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur et se nourrit du respect de l'existant qui a été rénové, restauré et même complété avec beaucoup d'attention. Faute de pouvoir relater par le menu cet important travail, il convient d'en mentionner au moins deux aspects:
La cage d'escalier historique définit les niveaux des nouvelles salles d'exposition et constitue l'articulation centrale des parcours qui, en oscillant lentement entre l'ancien et le moderne, créent une couture et un dialogue entre les deux architectures. L'escalier historique, dont les marches sont en pierre de Soleure, les paliers revêtus d'asphalte coulé et les balustrades en fonte peinte, joue un rôle central dans le concept du projet mais présentait le défaut de ne pas descendre jusqu'au niveau du nouveau hall d'entrée. Seule une volée devait être ajoutée. Les architectes ont choisi le parti de la construire en respectant intégralement les détails et la matérialisation de l'existant. La lecture entre l'ancien et le reconstruit-copie-conforme n'est en rien occultée car la patine et l'usure des marches existantes ne se laissent pas usurper. Attentifs aux enchaînements des parcours, les architectes prolongent le palier restauré en asphalte coulé par le revêtement en carreaux d'asphalte teinté des nouvelles salles du 1er étage.
La sécurité et la conservation des oeuvres exigeaient une intervention sur les magnifiques fenêtres à simple vitrage en chêne. Ces fenêtres, ainsi que les boiseries des embrasures donnent aux espaces qu'elles éclairent toute leur qualité. La finesse des menuiseries et des ferrements, la présence de ravissants guichets et de nombreuses vitres originales ne permettant pas d'envisager une transformation qui ne dénature la substance originale, les architectes ont choisi de reconstruire les double-fenêtres qui avaient disparu mais dont les anciennes photographies révélaient l'existence. Ces nouvelles fenêtres, pourvues d'un verre feuilleté offrant la sécurité attendue et le filtre nécessaire contre les rayons ultra-violets, permettent d'améliorer considérablement la stabilité du climat intérieur. La modénature des profilés peints en faux-bois s'accorde parfaitement aux fines embrasures en molasse dont la taille rénovée a retrouvé sa précision d'antan.
Les trois fenêtres du nouveau bâtiment sont construites de manière traditionnelle avec des huisseries métalliques visibles. Elles sont posées en applique derrière une embrasure de profondeur réduite. En renonçant à la recherche d'abstraction des ouvertures, en vogue aujourd'hui, au profit de l'utilisation d'un langage et de proportions apparentés à celui de l'architecture existante, les architectes établissent un dialogue tout en finesse avec les double-fenêtres qui affleurent la façade, mais dont la profondeur de l'embrasure se perçoit grâce à la fenêtre intérieure.
Restauration de l'immeuble - Rue de l'Union 2
BENOÎT DE MONTMOLLIN ARCHITECTE DIPL. EPF SIA
Travaux entrepris

Cette maison, dont les plans furent établis par l'architecte F.L. de Rutté pour J. Häuselmann, maître de l'ouvrage, fut une des premières réalisées dans le cadre du plan d'extension du «Quartier Neuf». Le 15 mai 1874, en apposant sa signature sur tous les plans, le Maire Jean Sessler accorda le permis de construire au nom du Conseil municipal.
Au cours des ans, la maison subit diverses transformations. Ainsi les galeries, qui donnaient sur la place de la Fontaine, furent transformées en pièces d'habitation; sur la façade sud, une terrasse remplaça la véranda et une lucarne disproportionnée en maçonnerie altéra l'élégante harmonie de la toiture recouverte d'ardoises. Cependant, ce fut l'état de délabrement avancé du crépi et des éléments en grès des façades qui furent la principale raison de la restauration, dont les travaux furent entrepris avec le soutien de la ville de Bienne, du canton de Berne et de la Confédération.
Si la réfection de l'enduit fortement fissuré ne posa pas de problèmes majeurs, il en fut tout autrement avec les parties en pierres naturelles. Le coût excessif d'une exécution en grès de l'ensemble des encadrements, corniches, entablements et autres pièces, déterminé sur la base de relevés très détaillés, obligea à se tourner vers une autre solution. Sur proposition de l'Office pour la protection des monuments de la ville de Bienne, le choix se porta sur
une réalisation en béton peint. Une première opération consista en un ravalement de la pierre en profondeur par rapport au plan de la façade, puis la pièce à remplacer fut coulée sur place dans un coffrage reprenant toutes les moulures et profils de l'original. Le grain et la teinte du grès furent obtenus ensuite par un ponçage fin et un enduit teinté. Grâce à une main d'oeuvre hautement qualifiée, cette manière de procéder donna un excellent résultat.
D'autres interventions consistèrent à redonner à la toiture son aspect premier, en éliminant toutes les adjonctions ultérieures, et à reconstituer la véranda. La couverture fut entièrement refaite en ardoises naturelles. Tout en respectant les proportions d'origine, les lucarnes très délabrées furent reconstruites légèrement agrandies et les combles ainsi furent transformés en un espace habitable de haute qualité. Un véritable jeu de patience découlant de la comparaison de vieilles photos de famille permit de retrouver les éléments essentiels de l'ancienne véranda; interprétées avec une certaine liberté, elles permirent d'ajouter un balcon bien dimensionné au premier étage. Finalement, les recherches de Roland von Gunten, restaurateur d'art, redonnèrent aux façades leur polychrome d'origine.
Bienne Salle des fêtes baroque - Rue Haute 12
ALFRED H. WYSS, OFFICE POUR LA PROTECTION DES BATIMENTS DE LA VILLE DE BIENNE
Au cours des dernières années, en procédant à des transformations prévues dans différents immeubles, on a vu apparaître des panneaux et peintures baroques sous des revêtements posés ultérieurement. Avec la construction des trois gares qui se sont succédé dès 1857, la pression économique et l'activité de construction se sont de plus en plus déplacées vers les quartiers du nouveau Bienne, laissant ainsi d'anciennes décorations intactes continuer de sommeiller sous des revêtements en Pavatex. Tel était le cas à la Rue Haute 16, et de façon particulièrement représentative dans l'immeuble de la rue Haute 12, où l'on a découvert une véritable salle des fêtes. Grâce à la compréhension du propriétaire de l'immeuble, on a pu la conserver et la restaurer. Pour de plus amples informations, prière de se référer aux Annales biennoises 1994, p. 21 ss.
Mise sous protection
OFFICE CANTONAL D'INFORMATION, BERNE
Le Service cantonal des monuments historiques du canton de Berne vient de mettre trois bâtiments biennois sous protection. Sur la proposition de ce service, le Conseil exécutif a approuvé le versement d'une contribution à des frais de restauration.
Ces bâtiments sont les suivants:
Le Palais des Congrès, l'ancien garage du Jura et l'immeuble d'habitation sis au 27 de la rue Plänke.
Le Palais des Congrès a été construit entre 1961 et 1966 sur les plans de l'architecte M. Schlup. Ce bâtiment moderne, emblématique du centre-ville, représente le renouveau de l'après-guerre à Bienne. La Palais des Congrès subit actuellement une rénovation totale.
L'ancien garage du Jura, a été construit sur des plans de l'architecte E. Schmid de Liestal: cette élégante réalisation est un exemple marquant de l'architecture classique moderne, avec sa façade arrondie, son toit plat et sa tour en surplomb. Il est également en voie de restauration.
Erigée par le maître d'ouvrage E. Ritter, la rangée d'immeubles sis à la rue de la Plänke 21-27 date de 1877. Cet ensemble fait partie du quartier Neuf, une extension de la ville considérée alors d'une importance vitale. Des travaux de rénovation sont actuellement également en cours.
Ligue bernoise du patrimoine, groupe Jura bernois
CHANTAL BORNOZ-FLÜCK PRÉSIDENTE
Historique

Le village de Cormoret peut être considéré comme le berceau du groupe Jura bernois de la ligue du patrimoine.
Au cours de l'année 1979, trois passionnés d'histoire, MM. Frank Vaucher, Silvio Casagrande et feu Pierre Crélerot, apprennent par ouï dire que la ferme Isaac Liegme, sise à Cormoret, est en danger. Il serait possible de l'acquérir en copropriété. Cette ferme datée du XVIe siècle, test dendro-chronologique à l'appui, est considérée avec son toit à quatre pans comme un des plus vieux bâtiments typiquement jurassiens. Elle est donc digne d'être conservée. L'idée de créer «l'Association des amis du Moulin Isaac Liegme» sous forme d'une fondation est évoquée.
Mais le début des années 1980 est aussi l'époque de nombreux chambardements dans la région à la suite de la création du canton du Jura. Dans le Jura bernois, certains pensent déjà que cette région doit prendre conscience de son identité. C'est André Ory, grand ordonnateur des réformes de ces années-là, qui lance l'idée de la création d'une section de la Ligue pour la sauvegarde du patrimoine dans le Jura bernois, après que le projet de la fondation Liegme lui a été soumis. Celle-ci serait membre du Heimatschutz bernois. Cette puissante association d'utilité publique, subventionnée par le canton, est très active dans la partie suisse alémanique, mais délaisse notre région. L'idée d'agrandir la famille est très favorablement accueillie à Berne. Le Jura bernois devient alors le septième groupe de la Ligue bernoise du patrimoine.


Fondation

L'assemblée constitutive a lieu à Cormoret le 23 avril 1980, sous la présidence de Marcel Monnier, préfet de Courtelary. La section Bienne-Seeland de la Ligue du patrimoine bernois est la marraine du nouveau groupe. Alors que toutes les autorités régionales, communales et de bourgeoisie sont invitées, seules seize personnes prennent part à cette assemblée constitutive.
A n'en pas douter, il y a du pain sur la planche pour les fondateurs. Un énorme travail de sensibilisation est à faire. Mais dès la première année, le groupe compte 152 membres individuels et 11 communes. Ses buts sont de veiller à la conservation du patrimoine paysan ainsi que des sites architecturaux et historiques dignes d'être protégés.
Durant ces vingt années écoulées, sept présidents se sont succédé à la tête du comité, soit André Ory, Jean-Philippe Kessy, Rémy Amstutz, Manfred Lanz, ad. int. Nicolas Heimann et Christophe Gerber. Actuellement, c'est Chantal Bornoz-Flück qui préside depuis 1999.
Le groupe est d'autre part membre du conseil de la fondation du Martinet, à Corcelles, de la fondation du banneret Wisard, à Grandval, de la fondation Bellelay, ainsi que copropriétaire de la ferme Isaac Liegme de Cormoret.
Ont collaboré à ce numéro:
Chantal Bornoz-Flück
Formation de dessinatrice en bâtiment et du cadastre. Passionnée d'histoire et d'étude du patrimoine. Maire de La Heutte depuis 1996. Depuis 1999, présidente du groupe Jura bernois de la Ligue bernoise du patrimoine. Vice-présidente du «Berner Heimatschutz».

Jean-René Carnal
Titulaire du brevet d'enseignement secondaire, il a enseigné à l'école secondaire de Reconvilier, avant de devenir collaborateur scientifique à l'Office de recherche pédagogique de la DIP du canton de Berne. Secrétaire de la Fondation Maison du Banneret Wisard.

Jean-Pierre Fuhrer
Titulaire d'un diplôme d'architecture de l'Ecole d'ingénieurs de Bienne, il a effectué différents travaux de réalisation de constructions en Afrique. Il gère depuis 1989 la section Jura bernois du Service cantonal des monuments historiques, qui a son siège à Tavannes.

Benoît de Montmollin
Architecte diplômé EPFZ/SIA. S'établit à Bienne après différents stages en Suisse et à l'étranger. Retraité.

Stéphane de Montmollin
Né en 1956, architecte: Membre du conseil de la Fondation Centre PasquArt.

Hannes Scheidegger
A étudié à Lausanne l'histoire de l'art et de l'économie. Dès la fin de ses études, il se préoccupe du thème des biens culturels et de leur protection. Depuis 1999, il est actif comme historien de l'art et a fondé sa propre agence traitant d'affaires culturelles. Il collabore avec la Fondation Pro Patria, le Service national pour la protection des biens culturels et l'Office fédéral de la culture.

Jürg Schweizer
Maturité, puis études en histoire de l'art, archéologie et publiciste, à Berne et à Rome. Dr phil. en 1973. Reçoit le mandat de réaliser le guide «Arts et monuments», tome III, consacré au canton de Berne, paru en 1982, en collaboration avec la Société de l'histoire de l'art en Suisse. Réalise en 1985 le guide «Berthoud», dans le cadre de l'inventaire du patrimoine national. Depuis 1990, est conservateur des monuments historiques et dirige ce service cantonal bernois.

H.A. Wyss
Gymnase de Bienne, puis poursuite des études en architecture à l'EPF de Zurich. Activité dans différents bureaux d'architecture. Est entré dans l'administration municipale biennoise en 1978. Depuis 1987, il occupe la fonction de responsable municipal de la conservation des monuments historiques.
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