REVUE N° 52
Sources et fontaines
     
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  • Sommaire
INTERVALLES Préambule
Remerciements
Crédit photographique
Eurostat/OMS Valeur et ressources
La pénurie d'eau
Bassins hydrographiques et ligne de partage des eaux de la Suisse
Jean-Bernard Greppin Les sources du Jura bernois
Office des ponts et chaussées du canton de Berne Transjurane A16 Etude d’impact sur l’environnement
Cascade exceptionnelle
Coup d’œil dans la législation cantonale
L’alimentation en eau de la chaîne du Chasseral
Henri-Louis Favre Qu’est-ce que le « SESTERE» ?
Secrétariats communaux Eau en suffisance à l'avenir
Francis Steulet La parole à un ancien sourcier
Regards dans les archives municipales et bourgeoises
Jean-Pierre Fuhrer Monuments historiques : restauration des fontaines
Eric Sandmeier Outils et pierres utilisés pour la restauration de fontaines
Documents d\'archives Fontaines anciennes
Francis Bourquin La Fontaine de Jouvence
Frédy Geiser Les fontaines de Cortébert
Eric Sandmeier Carnet de route d’un photographe
©Intervalles
N° 52  Sources et fontaines
Titre
Auteur
texte
Préambule
INTERVALLES
Intervalles, une fois encore, se penche sur une richesse à la fois naturelle et
culturelle du Jura bernois, une richesse qui de plus est nécessaire à la survie de
l’être humain. En traitant le thème des sources et fontaines du Jura bernois et de
Bienne, les responsables du numéro sont conscients d’aborder un sujet très vaste.
L’alimentation en eau potable, vitale pour nous, peut être approchée sous divers
angles que nous n’avons pas la prétention d’avoir pu aborder ici dans leur ensemble.
Selon des pronostics économiques et démographiques établis par les experts de
l’ONU, vers l’an 2000, quand la population mondiale pourrait atteindre six milliards
d’individus, la consommation d’eau douce par l’Homme représentera probablement
le quart de toutes les eaux renouvelables. Or, il faut rappeler que 98 % de l’eau
douce du monde est difficilement accessible. Ce pourcentage élevé est gelé dans les
calottes polaires, masses énormes de glace entourant les pôles Nord et Sud. Il nous
a paru utile de rappeler cette réalité implacable avant de nous pencher de plus près
sur l’alimentation en eau de nos contrées et d’en présenter le réseau hydrologique.
L’eau ignore heureusement les frontières, ses cheminements sont ancestraux.
Quelques renseignements, puisés dans les archives des communes bourgeoises et
municipales démontrent que les collectivités locales se sont souciées très tôt de
l’approvisionnement hydraulique, pour protéger la qualité des sources et pallier aux
effets de la sécheresse.
Dans le cadre de notre travail, il était difficile de dissocier les thèmes sources et
fontaines. C’est pourquoi, avant de présenter des fontaines de toutes les communes
du Jura bernois, dont certaines sont anciennes et peu connues, nous vous proposons
de prendre connaissance de quelques notions de géologie jurassienne.
A l’époque de la réalisation des voies de communication adaptées aux besoins
modernes, tout spécialement lors de percement de tunnels, les ingénieurs responsables
doivent tenir compte des risques de pollution de sources alimentant d’importantes
localités. Il nous a paru judicieux d’aborder ce thème capital.
Un recensement de toutes les fontaines de nos contrées et leurs coordonnées
exactes complètent le présent numéro.
Remerciements
Les responsables du numéro «Sources et fontaines » de la revue Intervalles remercient
chaleureusement les instances et personnes suivantes pour leur collaboration,
leur participation aux recherches ou la fourniture de documents.
– M. Henri-Louis Favre, ancien conseiller d’Etat, Tavannes
– M. Andres Moser, historien de l’art, Sites et monuments historiques du canton de
Berne, Berne
– M. Jean-Pierre Fuhrer, Sites et monuments historiques du canton de Berne,
Sonceboz
– M. Daniel Gutscher, Service archéologique du canton de Berne, Berne
– M. Jean-Pierre Zürcher, Office cantonal des ponts et chaussées, Berne
– M. Francis Berdat, Office cantonal de l’économie hydraulique, Berne
– M. Jacques Ganguin, Office cantonal de gestion des déchets, Berne
– Mémoire d’Erguël, Saint-Imier
– Association vaudoise des métiers de la pierre, Lausanne
– Editions scolaires du canton de Zurich, Zurich
– Journal du Jura, Bienne
– M. Roland Stähli, ancien conseiller national, Tramelan
– M. Pierre Gauthier, Corgémont
– M. Franck Vaucher, Cormoret
– M. Frédy Geiser, Cortébert
– M. Norbert Bueche, Court
– M. Marcel Gobat, Crémines
– M. Pierre Giauque, Le Landeron
– M. Henri Graf, Malleray
– M. Jean Chevalier, Moutier
– M. Andreas Rufer, Prêles
– M. Frédéric Donzé, Saint-Imier
– M. Ruedi Krebs, tailleur de pierre à Douanne et M. J. Büchli, marbrier à Morges.
Les responsables remercient également toutes les communes municipales pour
leur collaboration au recensement des fontaines.
Crédit photographique
– Sites et monuments historiques, Sonceboz : fontaines en restauration
– M. Charles Baillif, La Neuveville : fontaines de La Neuveville
– M. Jean-René Carnal, Reconvilier : fontaines de Reconvilier, Chaindon, Tavannes,
Tramelan, Champoz et Plagne
– M. Alain Droz, Tramelan : fontaines de Tramelan
– M. Henri Graf, Malleray : fontaines de Malleray
– M. Denis Haeberli, Bévilard : fontaines de Bévilard, Loveresse, Saules, Saicourt,
Le Fuet, Fornet-Dessous, Monible, Pontenet, Sorvilier, Châtelat, Roches et
Belprahon
– M. Fritz Hauri, Moutier : fontaines de Moutier et Perrefitte
– M. Jean-Marie Hotz, Prêles : fontaines de Prêles et de Diesse
– M. Yvan Kohler, Romont : fontaines de Romont
– M. Roger Racine, Lamboing : fontaines de Lamboing
– M. Eric Sandmeier, Bienne : fontaines de Bienne, Evilard, Frinvillier, La Heutte,
Corgémont, Cortébert, Courtelary, Villeret, Saint-Imier, Sonvilier et Renan –
pp. 13, 20, 45, 71, 82, 90 ; détails de fontaines en Erguël – pp. 122-123
– M. Alain Saunier, Grandval : fontaines de Grandval, Eschert, Crémines et
Corcelles
– Mlle Laurence Wenger, Sonceboz : fontaines de Sonceboz et de Péry
– M. Valéry Bueche, Court : fontaines de Court
– Journal du Jura : fontaine de Vauffelin
Des prises de vue ont en outre été fournies par les communes de Court, La
Ferrière, Souboz, Nods, Orvin, Péry et Cormoret.
Un merci spécial est adressé à M. Pierre Giauque, Le
Valeur et ressources
Eurostat/OMS
L’eau se présente sous des formes diverses, comme la glace, la neige, la pluie, les eaux de surface, les eaux souterraines et les eaux marines. Sans l’eau, la vie n’existerait pas; c’est l’eau qui est l’agent de transport des éléments nutritifs des plantes et des animaux ; c’est elle qui évacue les déchets. L’eau que l’homme utilise est prélevée, d’une part, sur les eaux de surface et, d’autre part, sur les eaux souterraines.
Les quantités d’eaux de surface utilisées par l’homme ont fortement augmenté. L’utilisation de l’eau comme réfrigérant dans la production d’électricité, l’irrigation agricole due au désir d’augmenter les rendements, ainsi que la baisse du niveau des eaux souterraines sont les principaux responsables de cette augmentation.
Il faut considérer l’eau potable à sa juste valeur: une denrée aussi précieuse que rare. L’eau douce ne représente que moins de 30% de toute l’eau disponible sur terre. Mais la grande partie de cette eau n’est pas disponible, parce que retenue dans les glaciers, les calottes et les banquises polaires. Finalement, les lacs et les rivières totalisent moins de 0,01 % de l’eau mondiale.
Autrefois, la plus grande partie de l’eau de pluie passait par le sol avant d’être évacuée par les fleuves. Depuis que l’homme s’est mis à verrouiller le sous-sol par le béton et l’asphalte, ainsi que par la construction de réseaux d’assainissement, l’eau est évacuée rapidement vers les fleuves. Les nappes phréatiques ne sont plus approvisionnées comme auparavant, ce qui peut conduire, compte tenu des prélèvements importants, à une baisse du niveau des eaux souterraines. En outre, de fortes pluies gonflent rapidement le débit des fleuves et peuvent provoquer des inondations, parfois catastrophiques, comme le prouvent plusieurs exemples récents.
La disponibilité de l’eau joue bien sûr un rôle important dans la consommation. Là où l’eau est disponible en abondance, l’utilisateur consomme plus. Les chiffres fournis par pays pour la consommation domestique ne sont pas absolument fiables, car il est très difficile de séparer la stricte consommation domestique de l’approvisionnement public, ou encore des quantités destinées à l’industrie et au commerce. Les chiffres ci-dessous montrent des écarts très importants entre les pays et les continents.
La pénurie d'eau
Le premier Forum mondial de l’eau s’est déroulé en mars 1997 à Marrakech. En conclusion de celui-ci, la « Déclaration de Marrakech » a recommandé la mise en place d’un véritable mécanisme pour la gestion des eaux, leur partage, la protection des écosystèmes et une utilisation plus rationnelle de l’eau.
Une étude de l’Organisation mondiale de la santé démontre que près de 400 millions d’Africains, soit plus de la moitié du continent, ne disposent ni d’eau potable, ni d’assainissement des eaux usées. L’Afrique est le continent le plus touché par les pénuries d’eau. Ces pénuries ne concernent pas seulement les territoires traditionnellement victimes de la sécheresse, comme ceux du Sahel. Elles touchent également le nord du continent, dont l’Algérie. Pourtant l’eau ne manque pas partout en Afrique. Le seul fleuve Congo compte 3,5 % des ressources mondiales d’eau douce, mais il s’agit d’une ressource difficile d’accès.
Une vingtaine de pays sont en manque d’eau aujourd’hui ; d’ici l’an 2000, leur nombre s’élèvera à trente-cinq. Près d’un quart de l’humanité (1,5 milliard de personnes ) vit sans eau potable.
En quarante ans ( de 1950 à 1990 ), la consommation d’eau a doublé sur le continent américain, triplé en Afrique et quintuplé en Europe. Mais cette évolution massive dissimule des réalités très diverses. Tous usages confondus, la consommation d’eau par jour d’un Européen atteint dix fois celle d’un Africain. L’ONU estime que d’ici 2025, un tiers de la population mondiale va souffrir de la pénurie d’eau potable. L’eau va figurer parmi les thèmes politiques majeurs du XXIe siècle, estiment les experts de l’ONU et de l’OMS. Par ailleurs, les géographes ont recensé 214 fleuves qui traversent au moins deux Etats. Rarement précisé dans les règlements internationaux, le partage des ressources d’eau avec les voisins pourrait devenir une source de conflits à l’avenir.
Bassins hydrographiques et ligne de partage des eaux de la Suisse
Le rempart des Alpes trace une limite entre l’Europe centrale et les régions méditerranéennes. Toutefois, il ne constitue la ligne de partage des eaux que sur une courte distance du territoire suisse.
A l’est et à l’ouest de notre pays, les fleuves du versant nord-alpin dirigent leurs eaux vers les eaux méridionales. Le Rhin est le seul fleuve d’Europe centrale qui, naissant sur la crête des Alpes, s’écoule vers une mer septentrionale.

68 % des eaux de notre territoire national sont drainées en direction de la mer du Nord ;
27,6 % vers la Méditerranée ;
4,4 % vers la mer Noire.
Les sources du Jura bernois
Jean-Bernard Greppin
Nous avons trouvé dans les archives de la Bibliothèque nationale suisse une étude intéressante, réalisée par le Dr Jean-Bernard Greppin, géologue jurassien, et publiée en 1866 à Delémont. Elle est intitulée « Les sources du Jura bernois ». Elle s’intègre parfaitement dans le thème du présent numéro de notre revue mais elle fourmille toutefois de termes techniques spécialisés. Pour cette raison, nous ne présentons que les parties essentielles des différents chapitres, dans une version simplifiée. Pour en faciliter la clarté, ce document a été adapté par M. Jacques Ganguin, géologue à l’Office cantonal de la protection des eaux.

Préambule

L’étude des sources se relie étroitement à celle des terrains ; pour être hydroscope (hydrologue, hydrogéologue), il faut donc être géologue, c’est-à-dire à même d’apprécier l’inclinaison des couches, leur étendue, leur puissance, leur composition chimique, leur disposition stratigraphique. Il faut surtout savoir distinguer les couches perméables, les terrains collecteurs des terrains conducteurs des eaux. Il faut aussi savoir faire l’application des lois de l’hydraulique.


1.Sources de terrains modernes et alluviaux (terrains quartenaires)

Les graviers récents, les tourbes, les détritus, les alluvions anciennes jouent un certain rôle orographique (géomorphologique). Leur puissance, leur étendue étant souvent assez considérable, leur hydrospicité1 constante, leur assise le plus souvent perméable, ils doivent amasser de l’eau et alimenter des puits et des sources.
En effet, les argiles inférieures aux tourbes – cendres des tourbières – fournissent, dans la règle, l’eau recueillie par les tourbes.
Les limons ou graviers récents, les alluvions anciennes, très répandues dans les plaines, les détritus amoncelés aux pieds de nos montagnes, qui reposent le plus souvent sur des argiles tertiaires et des marnes, réunissent toujours une certaine quantité d’eau ; ces terrains imperméables amènent cette eau, d’après les lois de l’hydrostatique, à la surface du sol ou la retiennent en provision.
C’est ainsi que s’alimentent une partie des fontaines de l’arc jurassien.
Transjurane A16 Etude d’impact sur l’environnement
Office des ponts et chaussées du canton de Berne
Roches – La Heutte

Cette étude aborde de nombreux domaines, allant de l’assainissement des eaux souterraines, de la pollution, des milieux naturels à l’aménagement du territoire, l’étude du trafic et la conduite des travaux. Pour rester dans le thème du présent numéro d’Intervalles, nous ne présentons qu’un résumé du chapitre « Eaux souterraines ».

Résumé du rapport sectoriel établi par les géologues traitant de l’hydrologie et des eaux souterraines. Etude commandée par l’Office des ponts et chaussées de la Direction des travaux publics, des transports et de l’énergie du canton de Berne.


Préambule

Rappelons que par arrêté fédéral du 5.10.1984, la Transjurane a été intégrée, sous la dénomination N16, au réseau des routes nationales.
Pour respecter les prescriptions de la loi fédérale sur l’environnement, entrée en vigueur au 1.1.1985, les responsables du projet ont tenu compte, dans la construction des différents tunnels de la N16, des risques de pollution et de troubles des eaux souterraines alimentant les sources.
Lors du percement du tunnel ferroviaire Moutier-Granges, en 1913, l’avancement des travaux avait été considérablement freiné par de fréquentes irruptions d’eau dans la galerie. Elles provoquèrent le tarissement d’importantes sources et l’alimentation en eau de la ville de Granges en fut gravement perturbé.


A. Secteur Sonceboz-Tavannes

Situation hydrogéologique générale
Le tracé Tavannes – La Heutte traverse trois régions hydrologiques de caractère différent. Chacune de ces régions possède ses propres ressources en eau souterraine et ses propres sources.
On distingue du nord au sud:
– La vallée de Tavannes, aux flancs constitués de molasse. La couverture molassique s’étend jusqu’à 820 m, voire 1000 m d’altitude sur le flanc sud de la vallée.
Cascade exceptionnelle
Le 23 juin 1973, après une période de pluies persistantes, les résurgences de la nappe phréatique du Raimeux surgissent en plusieurs endroits dans les gorges de Moutier. Cette cascade grandiose se situe à l’entrée des gorges, entre la Grande Tête et la Petite Arête, connues des varappeurs. Contrairement aux eaux boueuses de la Birse cette cascade prŽsente une eau parfaitement pure et claire. De mémoire de Prévôtois, cette cascade n’a été observée que deux fois durant les cinquante dernières années.
Coup d’œil dans la législation cantonale
En application des prescriptions de la loi fédérale du 24 janvier 1991 sur la protection des eaux, le Grand Conseil du canton de Berne a adopté en date du 11 novembre 1996 la loi réglant l’alimentation en eau (LAEE), ainsi que la loi sur la protection des eaux ( LCPE ).
Durant le délai référendaire, il n’a pas été fait usage du droit de référendum; ces deux lois sont entrées en vigueur au 15 avril 1997.
Nous donnons ci-dessous un résumé des principales dispositions.


Loi sur l’alimentation en eau (LAEE)

Article premier. La présente loi règle a les rapports entre le canton et les services des eaux b les droits et obligations des services des eaux c les rapports entre les services des eaux et les usagers ainsi que d les rapports entre les services des eaux

Art. 2. Sont réputés services des eaux les services des eaux de droit public ou de droit privé qui établissent et exploitent des équipements conformément à la loi sur les constructions et fournissent l’eau en contrepartie de contributions et de taxes.

Art. 3. Il incombe au canton a d’apporter son concours aux services des eaux et de les conseiller
b d’assurer la coordination des travaux de planification
c d’examiner et d’approuver les plans généraux d’alimentation en eau
d d’établir des plans régionaux d’alimentation en eau en collaboration avec les communes
e d’exécuter les prescriptions fédérales sur l’alimentation en eau en temps de crise
f de recueillir des données hydrologiques en vue du captage d’eau
g de délimiter des périmètres de protection autour des sources et des ressources en eau souterraine inexploitées qui seront nécessaires à l’avenir pour assurer l’approvisionnement en eau.

La loi définit par ailleurs :
– L’organisation, le statut et le financement du service des eaux
– Les rapports des services des eaux avec les usagers
– La collaboration entre les services des eaux
– La planification, la construction, l’exploitation des installations d’alimentation en eau
L’alimentation en eau de la chaîne du Chasseral
Une œuvre d’utilité publique


Généralités

La structure géologique propre aux régions élevées des chaînes jurassiennes fait que les sources y sont très rares. Et dans la plupart des cas, la qualité de cette eau n’est guère satisfaisante et ne répond pas aux exigences en matière d’eau potable. C’est pourquoi il était de tradition, depuis toujours, que les fermes d’altitude collectent l’eau de pluie et la gardent en réserve dans les citernes.
La qualité de cette eau de citerne n’était pas non plus irréprochable, mais on était sûr, dans les années normales, d’avoir de l’eau à disposition. Toutefois à la suite de sécheresse prolongée, en 1956 et 1962, les citernes étaient loin d’être remplies à l’arrivée de l’hiver. C’est ainsi que bon nombre de fermes de montagne se trouvèrent sans eau en plein hiver. On dut s’efforcer d’apporter le précieux liquide de la vallée, ce qui se révéla très onéreux. Dans certains cas, le prix du m3 était de 40 francs. En plus, les voies d’accès étaient souvent verglacées et dangereuses et les camions ou tracteurs ne parvinrent plus à atteindre certaines exploitations.
Une nouvelle solution devait être étudiée. En collaboration avec des bureaux d’ingénieurs, le Service cantonal des améliorations foncières ( SCAF ) étudia les possibilités de doter la région du Chasseral d’un réseau général d’adduction d’eau. Une orientation générale sur le projet eut lieu le 2 octobre 1963 à Courtelary et le 5 mars 1964 à Saint-Imier.
Conformément aux prescriptions de la législation, la mise en exécution du projet exigeait la fondation d’un syndicat d’amélioration foncière. Le devis prévoyant des frais très élevés, le SCAF sollicita une contribution maximum de la part de la Confédération et du canton (40% chacun), ainsi qu’une participation de toutes les communes intéressées. Après des préparatifs astreignants et plusieurs assemblées d’information, le syndicat d’amélioration foncière fut fondé le 11 mai 1966 à Sonceboz. Les propriétaires fonciers approuvèrent le projet bien conçu à une très forte majorité (93 oui contre 12 non).


Considérations techniques

La région alimentée comprend la chaîne du Chasseral. Elle est limitée à l’est par la commune de La Heutte, à l’ouest par la commune de Renan et au sud par celles de Nods et Orvin.
Comprenant 102 métairies et loges, cette région était totalement dépourvue d’amenée d’eau. Le territoire à alimenter représentait une superficie de 4496 hectares, comprenant de riches pâturages utilisés pour l’estivage de milliers de pièces de bétail. Les conditions géographiques du Chasseral n’ont pas facilité la réalisation du projet. Les exploitations agricoles étagées ont obligé les auteurs du projet à concevoir une alimentation par paliers avec deux points d’eau. Une sécurité maximale d’exploitation eut assurée, puisque par la liaison supérieure, il est possible d’alimenter aussi bien la partie ouest du réseau par La Heutte et, réciproquement, la partie est par Saint-Imier. Le puits avec station de pompage de La Heutte, réalisé par les communes de Plagne et de Vauffelin, fut retenu avec l’accord de ces deux communes. Il permet l’utilisation de l’eau de fond se trouvant dans la région. Le débit à cet endroit est important et des essais de pompage prolongés de 11 au 14 août 1964 permirent de constater qu’un prélèvement de 800 litres par minute, après abaissement de la nappe phréatique de 50 cm, maintenait celle-ci sur un niveau constant. C’est dire qu’il existe une importante réserve d’eau.
Qu’est-ce que le « SESTERE» ?
Henri-Louis Favre
Le Sester est le «Syndicat pour l’alimentation en eau des communes de Sonceboz-Sombeval, Tavannes et Reconvilier », une association de communes créée en 1993.
Ce syndicat a repris l’ensemble des installations communales de production, de transport et de stockage d’eau, ainsi que le projet général d’alimentation en eau élaboré dans le cadre de GASTER, groupe d’étude des trois communes. Les travaux de réalisation s’effectuent en coopération avec le bureau des autoroutes responsable de la N16.
Le SESTER est formé de représentants des communes au sein du comité et de délégués à l’assemblée générale.


Programme des travaux

Le programme des travaux établis en 1994 prévoyait la construction d’un nouveau réservoir à Sonceboz, la suite des forages et l’aménagement d’un puits à Reconvilier. A Tavannes étaient planifiées la centrale de commande et la centrale de filtration située dans le voisinage de la source de la Birse.
Tous ces travaux étaient à réaliser en étroite collaboration avec l’Office cantonal de l’économie hydraulique et énergétique et le bureau d’ingénieurs de la Transjurane.
Ce programme devait être conduit en fonction de l’avancement des travaux de la N16, en particulier dans la pose des conduites et l’interconnexion des différentes communes à travers les tunnels. Quelques retards sont intervenus dans la planification de la centrale de commande, alors que le réservoir de Sonceboz, dont la « levure » a eu lieu le 26 septembre 1997, ainsi que le puits de Reconvilier, sont achevés.


Réservoir de Sonceboz

Le réservoir de Sonceboz a une capacité de 2000 m3. Il sert, avant tout, de réserve de stockage et de distribution d’eau aux différents partenaires du SESTER. Actuellement, seule l’eau du puits de Sonceboz, construit à proximité des bureaux municipaux, est pompée dans ce réservoir assurant l’alimentation de la localité. Lorsque les travaux d’aménagement et de raccordement de la Cuchatte, source importante desservant Reconvilier depuis de nombreuses années et se trouvant vers le cours de la Suze, seront réalisés, il sera possible de pomper l’eau de cette source directement dans le nouveau réservoir de Sonceboz.
Eau en suffisance à l'avenir
Secrétariats communaux
Commune de Champoz

Le besoin d’assainissement du réseau d’eau se faisait sentir depuis plusieurs années à Champoz, en raison de pannes et coupures d’alimentation fréquentes. La construction d’une station de pompage, l’agrandissement du réservoir ( réalisés en 1997/98) et le raccordement futur à la SECTA (Syndicat des eaux potables du centre de la vallée de Tavannes ) permettront de résoudre les problèmes d’alimentation en eau potable.
L’augmentation du nombre d’habitants, l’usure des installations qui accusaient près de trois quarts de siècle d’existence, ont rendu ces travaux nécessaires. Rappelons que la SECTA a construit à Pontenet, en 1983, une station de pompage sur un puits artésien d’une profondeur de 445 m dans le karst.
Lorsque Champoz sera pourvu en eau potable, il sera possible d’alimenter les fermes du Mont-Girod, qui utilisent encore l’eau de citerne, en les raccordant au réseau du village.
Sources : Rédaction du Journal du Jura


Commune de Court

La commune de Court offre une particularité devenue rarissime : l’ensemble du réseau d’eau appartient à la commune bourgeoise. Seules quatre localités connaissent encore la même situation dans le canton de Berne. Il faut rappeler que de nombreuses sources, situées au pied du Graitery, du Mont-Girod, du Moron et du Montoz, offrent un énorme débit avoisinant les 10 000 l/min en moyenne annuelle. C’est l’un des plus grands réservoirs hydriques de l’ensemble des communes du Jura bernois.
Au début du siècle, la commune de Court a pris l’initiative de construire une station de pompage destinée à alimenter la métairie de Montoz. Mise en service en 1906, cette amenée d’eau à l’altitude de 1250 m bénéficia de la première subvention attribuée par le Service cantonal d’amélioration foncière. La commune de Court a ainsi fait œuvre de pionnière dans le domaine de l’alimentation des métairies de montagne.
Une rénovation du réseau d’eau de la commune a été rendue nécessaire par la vétusté des installations. Les exigences liées à la réalisation de la Transjurane ont permis de débloquer des subventions nécessaires pour assurer la rénovation du nouveau réseau, terminé en automne 1997.
La parole à un ancien sourcier
Francis Steulet
Le dictionnaire donne la définition suivante du mot « sourcier »: Personne à laquelle on attribue l’art de découvrir les sources cachées, les nappes d’eau souterraines, au moyen d’une baguette ou d’un pendule.
Durant sa carrière, Marcel Gobat, de Crémines, travaillait de préférence avec une baguette de coudrier. Il a aussi « tâté » du pendule, mais sa préférence allait à cette baguette. Il rappelle qu’il fallait bien la tenir et sentir ce qui se passait lorsqu’elle basculait en avant. Il relève également que d’autres sourciers préféraient le bois d’épine noire ou de noisetier. Il effectuait des travaux de sourcier pour le plaisir uniquement ou pour rendre service à la communauté, sans faire aucune publicité. Nombre de particuliers du Cornet (vallée de Grandval-Crémines) ont fait appel à lui et s’en sont félicités.
Marcel Gobat sourit en pensant à ceux qui l’observaient et parfois se disaient : La question n’est pas de savoir s’il y a un truc, et où est le truc, mais bien de savoir s’il y a de l’eau. Il se disait alors: Ici, il y a de l’eau, et je la trouverai!
Marcel Gobat note en passant une curiosité géologique. Selon les archives de la commune, l’eau de la ferme des Vaivres (près du Sicky Ranch) coulait, jusqu’au milieu du siècle dernier, vers le nord et rejoignait Corcelles et le ruisseau du Gabiat. Actuellement, elle descend vers le sud et se jette dans la Rauss. Un glissement de terrain souterrain fut certainement la cause de ce changement de direction.
Mais laissons-lui la parole :
– J’avais trouvé une source du côté du Raimeux, au-dessus de la carrière, pour « les Grandval ». Au début de mes recherches, ils n’y croyaient guère et étaient sceptiques, mais ils ont dû finalement se rendre à l’évidence.
– Une de mes activités consistait à drainer les champs et à déterminer les sources avant le début des travaux. En outre, je collaborais également à la pose des tuyaux de drainage.
– C’est moi qui ai trouvé la source située derrière la ciblerie de Crémines. Elle alimente la fontaine de l’endroit.
– Mon activité de sourcier, limitée à la vallée, s’étendit de 1948 à 1970 environ. En 1949, je m’occupais du contrôle des sources des communes de Belprahon, Grandval, Crémines et Corcelles, situées au pied du Raimeux. Exception géographique, une fois, un habitant de Court fit appel à mes services.

Souvenirs recueillis par Francis Steulet
Regards dans les archives municipales et bourgeoises
Commune de Moutier

Demande de creuser un puits, adressée à la commune bourgeoise en 1865
Messieurs,
Le soussigné, en creusant derrière sa maison, au bas du Cré, dans le but de s’assurer
s’il n’y avait point d’eau pour une citerne, a découvert une source à une
profondeur d’environ neuf pieds.
Or, comme il s’agirait de construire un puits et une pompe sur le terrain communal,
vous êtes priés, Messieurs, de bien vouloir donner l’autorisation.
Agréez, Messieurs, mes salutations empressées.
MOUTIER, LE 29 JANVIER 1865. AUGUSTE JUILLERAT


Demande de la commune municipale à la bourgeoisie du 15 février 1899
Monsieur le président et Messieurs,
Dans le but de l’installation des hydrantes, nous venons vous demander de nous
céder les sources de la fontaine de Vie, de Diepôt et des Prés Boivin.
Dans l’espoir que notre demande sera prise en considération, agréez, Messieurs,
l’assurance de notre parfaite considération.

AU NOM DU CONSEIL MUNICIPAL
CUTTAT
LE SECRÉTAIRE LE PRÉSIDENT
A. JORAY


Réponse de la bourgeoise à la demande de la commune municipale
Extrait du procès-verbal de l’assemblée bourgeoise du 15 mars 1900
La captation des eaux des fontaines de Vie, de Diepôt et des Prés Boivin est demandée par la Municipalité : Cette demande est accordée, à condition qu’il soit établi
2 fontaines sur le pâturage du Droit et 3 fontaines sur celui de l’Envers. Le débit de chaque fontaine sera de dix litres à la minute. Les fontaines seront placées :
a, au Droit : l. où la fontaine de Vie se trouve actuellement ; 2. aux environs de la
ciblerie ;
b, à l’Envers : 1. à Diepôt ; 2. à Comballerie et 3. sous Cra Rossa
L’établissement et l’entretien des fontaines demandées sont à la charge de la Municipalité. Le terrain foulé sera remis en état autant que possible, de façon à ce qu’il n’y ait pas de danger pour les passants et le bétail, et qu’on puisse passer avec des chars.
La bourgeoisie décline toute responsabilité quant aux accidents qui pourraient arriver. Kleiber, architecte, sera avisé.
Monuments historiques : restauration des fontaines
Jean-Pierre Fuhrer
Monuments historiques : restauration des fontaines

1. Charte internationale sur la conservation et la restauration des monuments et des sites (ICOMOS– Venise 1964 )
Les œuvres monumentales des peuples demeurent dans la vie et représentent le témoignage vivant de leurs traditions séculaires.
Adoptée en 1931 déjà, la Charte d’Athènes a été un premier pas dans la prise de conscience de la nécessité d’une mise sous protection du patrimoine. Le soin a été laissé à chaque nation d’assurer l’application des recommandations publiées, dans le cadre de sa propre culture et de ses traditions. Elle s’est notamment concrétisée par des directives nationales et a inspiré l’activité de l’UNESCO.
Cette charte a été révisée et signée par plus de vingt pays européens et méditerranéens en 1964. Elle est connue aujourd’hui sous l’appellation de la « Charte de Venise ». Cette convention publie des directives relatives à la définition, au but, à la conservation, à la restaurant, aux sites monumentaux, aux fouilles, ainsi qu’à l’établissement d’une documentation précise sur les travaux effectués en relation avec les monuments historiques.

2. Les dispositions légales cantonales
La loi sur la conservation des objets d’art et monuments historiques est une des plus anciennes de la législation cantonale ; elle date en effet de 1902 et ne contient que douze articles.

Relevons pour information les articles les plus importants :
Article premier : Les monuments et les objets d’art mobiliers qui appartiennent à l’Etat, aux communes ou à des corporations de droit public possédant une valeur historique, seront classés par inscription dans un inventaire tenu par le Conseil exécutif.
Art. 2. Les antiquités immobilières classées ne peuvent être réparées, modifiées ou restaurées sans l’autorisation du Conseil exécutif. Elles ne peuvent pas non plus être démolies sans cette autorisation.
Art. 11. Le Conseil exécutif, pour autant que cela paraîtra nécessaire, pourra accorder des subventions cantonales en vue de la conservation d’antiquités.
Signalons qu’une nouvelle version de cette loi est actuellement en examen auprès du Conseil exécutif. Elle comprendra quatre-vingt articles.
Outils et pierres utilisés pour la restauration de fontaines
Eric Sandmeier
Les illustrations des outils présentés sur la double page suivante sont tirées de la Charte d’éthique et de bienfacture pour la réfection de monuments et de bâtiments. Ce document a été publié en 1995 par l’Association vaudoise des métiers de la pierre, 2, avenue Agassiz, 1001 Lausanne.
Pour de plus amples renseignements, on se référera à cette publication et aux
deux oeuvres suivantes :
Die Mineralischen Rohstoffe in der Schweiz, ( Schweizerische Geotechnische Kommission, ETH-Zentrum, 8092 Zurich, ISBN 3-907997-00-X, de Rainer Kündig, Thomas Mumenthaler, Peter Eckardt, Hans Rudof Keusen, Conrad Schindler, Franz Hofmann, Rudolf Vogler, Peter Guntli.
Taille de Pierre, Technologie, Librairie du Compagnonnage, 1988.
Fontaines anciennes
Documents d'archives
La Neuveville
Les Fontaines des Bannerets

Situés à la rue du Marché, avec son ruisseau, les deux grands bassins, complétés d’une colonne ou d’une figure de banneret armé et cuirassé, sont l’œuvre de Laurent Perroud, de Cressier (Neuchâtel) ; ils datent de 1550. Les guerriers accompagnés d’ours se tournent le dos, l’un regardant en direction de la place de la Liberté, l’autre vers le carrefour Grand-Rue / Rue de la Tour. Les statues et les colonnes sont en pierre ocre de Hauterive, polychromées à l’origine et repeintes lors des restaurations successives. Les socles des piles (ou fûts) et les bassins octogonaux, remplacés au XVIIe siècle, sont en pierre calcaire grise du Jura. Elles sont décorées des armoiries de La Neuveville. De remarquables grotesques en bronze supportent les goulots. A la Fontaine du Bas, ondins et ondines tiennent les écussons de la ville. Sur le socle de la fontaine du Haut, on distingue sauvages et faces grimaçantes.


Bienne
La Fontaine du Banneret

Elle est située au «Ring», le plus ancien quartier de la ville, autrefois Place du Marché. Le bassin fut construit en pierre calcaire, alors que les fûts et les statues sont en pierre de Hauterive. Le bassin fut taillé par maître Pagan, de Nidau, en 1546. Sur le fût richement décoré se trouve la statue du banneret, réalisée en 1557 par Michel Voumard. Elle fut restaurée en 1590, quand on plaça quatre marches neuves autour du bassin. La statue et l’ensemble furent modernisés en 1835 et restaurés à plusieurs reprises par la suite.


La Fontaine de la Justice
Située dans la partie supérieure de la place du Bourg, la Fontaine de la Justice fait face à l’Hôtel de ville. C’est la plus ancienne fontaine en pierre de la ville, car elle date de 1534. Le nouveau fût de Niklaus Nieschang date de 1650. La statue de la Justice a été rénovée en 1714 par Jean Boyer. Le nouveau bassin date de 1847. L’hexagone de son bassin calcaire présente une corniche de relief robuste et de profil élégant.
La Fontaine de Jouvence
Francis Bourquin
Lucas Cranach le Vieux (1472 – 1533)
Ce peintre, ami de Luther, fut aussi bourgmestre de Wittenberg.

La Fontaine de Jouvence voit arriver de vieilles femmes transportées en litière, en charrette, en brouette ou à dos d’homme pour se baigner dans un bassin situé entre des montagnes dénudées et un paysage vert et fertile. Elles s’ébrouent autour de la colonne sur laquelle Vénus est dressée. Transformées en fringantes jeunes femmes, elles sortent de l’eau pour renaître à tous les plaisirs de la vie, à la musique, à la danse et à l’amour.
Les fontaines de Cortébert
Frédy Geiser
Ce lundi de décembre, au détour d’un ordre du jour sinueux, les citoyens de Cortébert réunis en assemblée et assis en demi-cercle versèrent dans l’émotion. Devant eux, un édile et son ombre portée à la marge d’un écran par le faisceau d’un rétroprojecteur parlaient d’une même voix. Chaque collectivité, disait en substance la voix, détient un patrimoine, qui peut aller de la tour à la crypte. Et chacun de nous a charge d’entretien. Notre part est modeste, mais elle est irremplaçable. Or le temps passe et travaille contre nous. Si nous laissons faire, nous perdrons jusqu’au bonheur simple de passer la main sous le jet d’eau d’une fontaine. Il faut aviser. Une projection de plans et de chiffres suivit ce préambule. La commune en tant que telle est maîtresse des eaux et fontaines. A l’inventaire figurent douze bassins allongés et quelques autres de formes diverses, avec fûts de pierre, chapiteaux, goulots de fonte, chambres de captations, conduites d’amenée et d’évacuation et système de vannes compliqué. Entretenir ce réseau n’est pas une mince affaire dans une conjoncture dégradée. Le coût de restauration d’une fontaine en atelier avoisine 30 000 francs, auxquels s’ajoutent les frais d’aménagement de l’assise et des alentours. Invitée à entrer en matière, l’assemblée s’offrit le temps d’une ample délibération.
Il ne se trouva personne pour plaider l’utilité. A Cortébert, quoi qu’on en dise, l’eau courante arrive partout à l’évier. On se fournit aussi en bulles chez l’épicier. Les anciens ont perdu jusqu’au souvenir des lavandières et les troupeaux qui subsistent ne s’attroupent plus pour s’abreuver. Les fontaines de village sont des vestiges d’une société agraire qui reflue, à l’image des moraines laissées par les glaciers. La question est de savoir si elles méritent la pérénité. Sans doute, dirent quelques aînés. Ils n‘avaient rien contre les fontaines, les ayant toujours vues en l’état, mais estimaient qu’un coup de brosse et de truelle suffiraient pour assurer leur conservation à travers les siècles. Faux, répliquèrent les intervenants instruits sur la mort des civilisations. Des citoyens vertueux rappelèrent qu’un sou est un sou, d’autres dirent leur aversion pour le vieux remis à neuf et leur vénération pour la patine du temps. Mais les réactions les plus surprenantes furent le fait de nouveaux venus au village. Ces jeunes gens présents en nombre souhaitaient non seulement sauver les fontaines, mais se les réapproprier dans l’imaginaire et la réalité. Leurs intervention et leur vote sauvèrent la juste cause. On décida de restaurer deux fontaines chaque année, sollicitant les dons privés et les finances publiques. On requit également l’inscription officielle des douze objets à l’inventaire des monuments historiques à protéger.

Carnet de route d’un photographe
Eric Sandmeier
A travers La Neuveville, l’Erguël et Bienne


La Neuveville, Renens, Sonvilier, vendredi 24 octobre 1997

Bise acariâtre, temps bleu, tous les arbres sont chatoyants.
Au moment où je franchis la grande porte de la vieille ville de La Neuveville, les deux grandes fontaines du XVIe siècle sont dans le soleil. Les géraniums font ressembler la ville à une bourgade de l'arrière pays de Salzbourg.
Je longe les Prés-Guëtins dont je possède une photographie qui date des années trente. On y voit une jeune mère accompagnée d'un landau. Elle est arrêtée près d'un bassin en ciment placé le long d'un chemin bordé de vieux arbres fruitiers.
Depuis, des locatifs puis des villas ont fait reculer les vignes. Il s'agit pour moi de trouver le site de 1930 et de le photograhier dans son état actuel. La ligne de la montagne et quelques pruniers ébouriffés me guident. Une loge en pierres de taille recouverte d'un toit incliné est encore là. Au milieu du vignoble, une grande villa en construction est surmontée d'une grue. D'autres, plus modestes, le sont aussi de l'autre côté de la route.
Je traverse Chasseral. J'adore atteindre les grands pâturages nus du sommet, garni de sa falaise dentelée d'où le regard est partagé entre deux pays. Au-delà des lacs jurassiens qui brillent comme de la glace, le Plateau est recouvert de brouillard et de nuages. La Suisse, au sud, est fermée par les Alpes. De l'autre, le parc jurassien aux lignes infinies ouvrent sur la France.

Des caravanes sont déjà installées aux Savagnières pour l'hiver La très belle fontaine ovale de Renens est dans l'ombre. Je crois avoir obtenu de belles silhouettes qui se détachent sur des maisons très blanches. Il suffit parfois de quelques millimètres pour obtenir le cadrage satisfaisant que j'obtiens en me penchant sous une chaîne qui borde un mur contre lequel sèchent les planches du fromager voisin.
J'entre dans un restaurant. Je m'installe à une table. Derrière moi sont assises près d'une dizaine de personnes dont l'une est particulièrement volubile. Je me retourne. La plupart sont cois.
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