REVUE N° 104
Sonceboz-Sombeval – Reflets de l’histoire d’une communauté

Le village de Sonceboz-Sombeval a une longue histoire. La volonté de sa communauté de commémorer son 1150e anniversaire sous de multiples facettes en 2016 s’est traduite entre autres sous la forme de la rédaction de ce numéro.

L'histoire de Sonceboz-Sombeval est examinée de la formation du plissement jurassien jusqu'aux développements induits par la construction de la sortie de l'autoroute A16 desservant la localité. Cette histoire est abordée sous les  aspects les plus divers, tels le rôle d'importantes familles bourgeoises ou l'évolution économique depuis le XIXe siècle. L'arrivée du train, le développement de l'industrie puis du secteur tertiaire, sont autant d'événements ou de tendances qui ont marqué le visage de la localité. D'ailleurs de nombreuses cartes et photos anciennes illustrent ces changements et replongent le lecteur au temps de ses grands-parents et aïeux.

     
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  • Sommaire
  • Impressum
Francis Boillat Introduction
Première partie: des origines à 1815
Les villages se forment : la nature et l’agriculture, clés des centres historiques du village
La période romaine
Conséquences des invasions barbares
Au Moyen Âge
Les origines des noms des bourgeois de la localité
De la Réformation à l’invasion française
Les troubles d’Erguël du XVIIe siècle et une « dynastie » de maires Bourquin
Fidèle-Georges Bourquin, le dernier maire de cette «dynastie»
Les conditions de vie au XVIIIe  siècle
L’invasion française et le rattachement à la France (1797-1814)
Deuxième partie: de 1815 à 1980
Le village dans l’ère industrielle
De 1849 à 2000 : De la Fabrique d’Ébauches à la Société Industrielle de Sonceboz (SIS) puis à Sonceboz SA, Althaus SA et Pigons Vorpe SA
De 1874 à 2000: les chemins de fer, leur construction, leur exploitation et la gare
La poste
De 1884 à 2005: de l’électrification du village, la Société électrique, à la nouvelle centrale
De 1929 à 1936: la grande crise
La troisième route de Pierre-Pertuis
La correction de la Suze et les inondations
L’école
La nouvelle école
L’église et la cure
L’alimentation en eau potable
Le village pendant la guerre franco-allemande de 1870-71 et les deux guerres mondiales de 1914-1918 et 1939-1945
Troisième partie: dès 1980 Un village résidentiel dans un cœur industriel et postindustriel
La répartition des personnes actives de la commune selon les secteurs économiques de 1950 à 2000
Le tissu économique au début du XXIe  siècle
L’évolution de l’habitat
Plans cadastraux, cartes, plans de zone et ajustements dans la commune
La station d’épuration des eaux
L’autoroute A16 et ses conséquences
Quatrième partie: la vie institutionnelle et sociale du village
La vie politique
La vie sociale au cours des deux derniers siècles. Les commerces
Clin d’œil vers le «bon vieux temps», la vie quotidienne et les faits divers
Conclusion
 Format : 170 x 250 mm  Illustrations : noir/blanc et couleur
 176 pages  ISSN 1015-7611
©Intervalles
N° 104  Sonceboz-Sombeval – Reflets de l’histoire d’une communauté
Titre
Auteur
texte
Introduction
Francis Boillat

Célébrer un anniversaire, c’est exprimer une reconnaissance, mais aussi assurer une convivialité, le bonheur d’être ensemble. Éclairer ses racines est une soif de curiosité et un point d’ancrage pour assurer l’avenir. Qui, face à un paysage rural ou urbain, ne s’est pas demandé ce qui a conduit à une telle réalité ?
De par le passé, la commune de Sonceboz-Sombeval a retenu l’attention de divers auteurs locaux. Il faut donc citer les pasteurs Simon père et fils et Gerber, également l’instituteur Marcel Bernel et encore l’ancien préfet Sunier.

Première partie: des origines à 1815
Les villages se forment : la nature et l’agriculture, clés des centres historiques du village

Des temps géologiques à la Préhistoire
Pour comprendre la nature du lieu, il faut remonter aux temps géologiques et modifier notre échelle du temps habituellement annuelle en échelle chiffrée en milliers ou millions d’années. Cet aspect de la commune est bien documenté dans la dissertation de Peter Epple publiée à Berne en 1947, intitulée Geologische Beschreibung der Umgebung von Sonceboz im Berner Jura.
L’histoire géologique de la commune commence véritablement à l’Ère secondaire appelée aussi Mésozoïque, caractérisée par les dépôts de sédiments calcaires contenant de nombreux fossiles d’animaux dans une mer peu profonde, phénomène qui durera plus de 150 millions d’années. Environ 1500 mètres de roches sédimentaires ont été formées pendant cette longue période. Le soubassement de la commune repose sur ces roches qui datent de la période du Jurassique, et principalement des époques du Malm et du Dogger. Les roches calcaires blanches ou grises, telles qu’on les aperçoit au Schilt, à Tournedos ou à Pierre-Pertuis, en sont la représentation typique.

La période romaine

Jusqu’au IXe siècle, nous devons nous baser sur les découvertes archéologiques pour attester d’implantations humaines ayant eu lieu dans le village.
Selon Charles Simon père, une route romaine passait par Sombeval, venant du Val-de-Ruz, et se dirigeait vers Pierre-Pertuis, mais on n’en a retrouvé aucune trace. D’après cet historien « Tout permet de penser qu’au temps des Romains, il y avait un fort dans la localité. En tout cas au Moyen Âge, un château s’élevait à Châtillon ».

Conséquences des invasions barbares

Suite aux invasions barbares qui mettent fin à l’Empire romain au Ve siècle, les Burgondes occupent l’ancienne Rauracie, nous dit l’historien Bessire. Ce peuple venu du Main s’établit d’abord dans les régions de Savoie et du Dauphiné. Remontant les vallées du Rhône et de la Saône, il s’établit finalement dans l’ancienne Rauracie et en Suisse romande actuelle jusqu’à l’Aar. Il s’empare également du territoire que recouvre la Bourgogne actuelle. De cette présence découle la frontière linguistique à l’est de la ligne qui va de Péry à Charmoille. Roux aux yeux clairs et de taille élancée, le Burgonde est un soldat brave, mais aussi bon paysan. Ce peuple, contrairement aux Alémanes, recherche l’amitié des Romains, adopte la langue latine et la religion chrétienne des Romains et intègre l’ancienne population à la nouvelle organisation du pays. Bessire ajoute ainsi que les forêts et pâturages restent propriété commune des Gallo-Romains et des Burgondes. Les maisons sont regroupées en villages ou bourgs de manière contiguë ou sont rapprochées.

Au Moyen Âge

Au début du VIe siècle, le vallon de Saint-Imier fait partie du 1er royaume de Bourgogne qui s’étend du Plateau de Langres à la Méditerranée. Cet État est annexé au Royaume des Francs de 534 à 888. À ce propos, l’historien Bessire signale un aspect de l’arrivée des peuples germaniques dans notre région. « Le suffixe vilier ou velier, dérivé de villare, villa (même sens que curtis) a été adopté par les Alémanes et par les Francs ». Comme ce suffixe entre dans la composition des noms d’un certain nombre de villages jurassiens (Sonvilier, Frinvillier, Sorvilier, Undervelier), on peut admettre la thèse que la région n’a pas été colonisée par les seuls Burgondes, mais aussi par les Francs et les Alémanes, et que cette contrée, peu peuplée à l’époque, a été davantage infiltrée que colonisée massivement.

Les origines des noms des bourgeois de la localité

Cinq noms de famille du village mentionnés aux XVe et XVIe siècles existent encore aujourd’hui. Ce sont les Bourquin, les Bernel, les Monnier, les Pécaut et les Vorpe ou Worpe.
On trouve deux sources étymologiques du nom Bourquin. Selon la première, Bourquin est synonyme de Bourquard, ancien prénom. Selon la seconde, mentionnée par le préfet Sunier, Bourquin serait dérivé de « Bourgwin », combinaison de « Bourg » qui signifie place forte, château et de « win », du vieux saxon et que l’on peut traduire par ami. « Bourgwin » identifierait donc un habitué de château. Avec le temps le « w » se serait transformé en « u » et le « g » en « q », peut-être suite à des erreurs de transcription. La seconde source semble être la moins vraisemblable. La famille Bourquin, citée en 1303, est la plus ancienne de la paroisse.

De la Réformation à l’invasion française

L’adoption de la Réforme
Bienne adopte la Réforme en 1528 et travaille à la faire accepter en Erguël. Elle y envoie une députation chargée d’informer les paroissiens qui sont d’abord réticents à la suppression des images saintes qu’ils avaient payées fort cher. À la demande de Bienne, le célèbre réformateur Farel y prêche à plusieurs reprises et ils se soumettent sans opposition majeure. En 1530 l’Erguël choisit la religion réformée et Bienne ordonne de brûler les idoles. C’est un choix collectif, le choix individuel de la religion n’existe pas à cette époque.

Les troubles d’Erguël du XVIIe siècle et une « dynastie » de maires Bourquin

Une période de troubles agite l’Erguël au début du XVIIIe siècle. Le pays est administré par un bailli ou châtelain nommé par le prince depuis le début du XVIIe siècle : il réside à Courtelary. Le prince promulgue en 1726 des ordonnances qui provoquent la rébellion du peuple. Elle se termine par une forte répression et la décapitation de trois ajoulots (Péquignat, Lion et Riat) à Porrentruy en 1740. Mestrezat, le bailli d’Erguël de l’époque, fait en plus du zèle pour introduire ces ordonnances qui vont à l’encontre des us et coutumes du pays : ces mesures favorisent les visées absolutistes du prince en affaiblissant les libertés locales et les franchises obtenues au cours des siècles.

Fidèle-Georges Bourquin, le dernier maire de cette «dynastie»

Fidèle-Georges est le mieux connu de ces maires. Suivre son parcours permet de lever un coin du voile de l’histoire de ces bâtisses. Il faut cependant préciser que ce que l’on sait de lui est déterminé par les points de vue d’une époque fort différente de celle d’aujourd’hui.
Né le 21 octobre 1731 à Sonceboz, Fidèle-Georges est issu d’une famille riche et puissante dont les liens ne s’arrêtent pas aux limites de la paroisse. Il est en pension en 1744 à La Neuveville, où il se lie d’amitié avec Rodolphe Hentzy, compagnon d’études, qu’il reverra en 1789. Sa tante a épousé un Imer de La Neuveville et lui-même épouse en 1755 demoiselle Jeanne-Marie Imer, sa petite cousine.

Les conditions de vie au XVIIIe  siècle

La vie n’est pas facile au XVIIIe siècle. Écoutons à ce propos le doyen Morel qui dira plus tard: « Nourriture grossière et peu substantielle, vieilles maisons couvertes en bois et enterrées dans le sol, chambres éclairées par de petites fenêtres, sombres cuisines, ressources modiques, souvent même de l’indigence ». La vie économique est fondée sur l’agriculture et l’élevage qui pourvoient à tous les besoins. L’économie du village est quasiment autarcique. Les conditions de vie restent difficiles mais s’améliorent petit à petit après l’augmentation de la population qui passe de trois cent cinquante à cinq cent cinquante âmes entre 1700 et 1765. Certains tentent leur chance en Amérique.

L’invasion française et le rattachement à la France (1797-1814)

Le 13 décembre 1797, les troupes françaises du général Gouvion de Saint-Cyr attaquent le sud de l’Évêché par La Ferrière, Bellelay et Courrendlin. Bienne tombe le 6 février 1798. Il s’ensuivra, un mois plus tard, l’occupation de toute la Suisse, la seule fois dans son histoire. Toute l’organisation paroissiale va être modifiée :
– En principe les cultes sont interdits. Cependant ils sont tolérés, bien qu’il soit défendu de sonner les cloches, même aux enterrements.
– Le gouvernement français ordonne la vente des biens communaux et ecclésiastiques. Les paroisses vont tout perdre. Toutefois le Directoire français tolère le partage des biens entre les familles, qui se chargent ensuite de pourvoir aux frais d’administration ou de culte par des cotisations volontaires. Les sept familles bourgeoises de Sonceboz-Sombeval sont les plus sages. Elles divisent les biens en sept lots qu’elles tirent au sort. En fait, le partage est fictif car on continue de gérer les biens en commun, comme le prouvent les comptes de l’époque, explique Charles Simon père.

Deuxième partie: de 1815 à 1980
Le village dans l’ère industrielle

Les prémices de la transformation: de 1815 à 1848
En 1315, on mentionne déjà l’existence d’un moulin à Sombeval qui appartenait aux ancêtres de la « dynastie » des maires Bourquin (voir plan page 32). Le plus vieux plan de ce moulin date de 1772-1773. Le plan cadastral de 1910 montre l’évolution des bâtiments dans ce secteur, au début du XXe siècle, qui a vu disparaître trois constructions anciennes sur quatre. La scierie qui a échappé à la destruction est aujourd'hui protégée grâce à l’initiative d’une association. La roue à aube est restaurée mais il faudra encore terminer les travaux nécessaires à son alimentation en eau pour pouvoir la remettre en fonction.

De 1849 à 2000 : De la Fabrique d’Ébauches à la Société Industrielle de Sonceboz (SIS) puis à Sonceboz SA, Althaus SA et Pigons Vorpe SA

Dès la fin du XVIIIe siècle, l’horlogerie a gagné le Haut-Erguël. À Bienne, la fabrique d’indiennes existe déjà depuis 1747 tout comme la tirerie de fer à Boujean depuis le XVIIe siècle. La première moitié du XIXe siècle voit l’une se transformer en filature dès 1825 et l’autre en tréfilerie dès 1835. La fabrique d’ébauches de Corgémont voit le jour en 1834 et celle de Sonceboz en 1849. Retraçons l’histoire de cette entreprise et de son évolution. Deux publications nous donnent des informations. La première est publiée dans Intervalles N° 69-70 et dénommée Les usiniers de la Suze 1750-1950. Le meunier, l’horloger et l’électricien de Bernard Romy. La seconde est l’historique écrit par Pierre Pfister, parue dans la Revue Rotor de Sonceboz S.

De 1874 à 2000: les chemins de fer, leur construction, leur exploitation et la gare

En 1857, le premier train circule à Bienne, la gare se trouve au sud-est de la place Centrale actuelle. La partie jurassienne du canton comprend progressivement la nécessité de construire des chemins de fer pour éviter son isolement. Vers 1860, il faut quinze heures de diligence pour aller de Porrentruy à Berne. Si le même voyageur va à Belfort prendre le train pour Bâle et ensuite celui de Bâle à Berne, il mettra trois heures de moins malgré l’énorme détour. De plus, l’industrie naissante a besoin de moyens de transport pour l’exportation de ses produits. Sous l’impulsion de Xavier Stockmar, l’homme du Jura, l’idée progresse et en 1866 « Le Grand Conseil déclare que les chemins de fer du Jura sont d’utilité cantonale et qu’il est du devoir du Jura de contribuer à cette entreprise dans la mesure de ses ressources financières » lit-on dans Bessire. À Sonceboz, les principaux promoteurs des chemins de fer sont les industriels eux-mêmes.

La poste

À l’heure de la téléphonie mobile et de la communication instantanée, il est difficile d’imaginer comment fonctionnait la messagerie autrefois. Sous l’Ancien Régime, dès le XVIIIe siècle, la poste accompagne le service des diligences et les bureaux se trouvent principalement dans les relais routiers. À Sonceboz, il se trouve dans la partie ouest du bâtiment de l’Auberge de la Couronne où il existe officiellement depuis 1849: il s’y maintient jusque vers 1910. Dans la première moitié du XXe siècle elle est déplacée dans le bâtiment situé rue de la Gare 1, puis plus bas, dans l’immeuble où se trouvait la boulangerie Bouvier, rue Centrale 1.

De 1884 à 2005: de l’électrification du village, la Société électrique, à la nouvelle centrale

Dès 1873 le village est éclairé par des réverbères à gaz, neuf à Sonceboz et cinq à Sombeval. Les premiers allumeurs se nomment Charles Walther et Paul Châtelain. En 1882, Numa Rosselet vend la « Maison Bourquin » à la Société Électrique et Immobilière, selon un acte du registre foncier, certainement pour doter la nouvelle société de biens-fonds. Entre 1892 et 1894, il entreprend la construction d’une usine hydroélectrique à Tournedos dont le but principal est d’électrifier l’entreprise mais qui lui permet aussi de vendre de l’électricité au village et d’éclairer celui-ci dès 1895 après la vente des réverbères à gaz ou plutôt à pétrole selon les archives communales de 1895.

De 1929 à 1936: la grande crise

Comme nous l’avons déjà vu dans la trajectoire de la Fabrique d’Ébauches, la vie économique du village se déroule entre périodes prospères et périodes de crises. La crise des années trente ne fut pas seulement sévère à Sonceboz mais aussi dans tout le vallon.

La troisième route de Pierre-Pertuis

Les travaux sont effectués de 1931 à 1932. On rallonge le parcours pour diminuer la pente avant d’arriver au col. Il ne faut pas oublier que la vieille route de Pierre-Pertuis constituait un véritable cauchemar pour les premières voitures, tant la pente était forte. Lors de la mobilisation de 1914-1918, l’armée avait déjà exécuté un travail semblable sur le versant de Tavannes pour éviter le passage de la pierre percée. Il s’agit de la troisième route de Pierre-Pertuis, la première ayant été la célèbre voie romaine, la seconde celle réaménagée d’abord par le prince-évêque au XVIIIe siècle puis par le canton dans les années 1860. La nouvelle route est construite par une centaine de chômeurs qui totalisent trois cent dix mille heures en dix-neuf mois de travail payé à peine un franc l’heure de 1931 à 1932.

La correction de la Suze et les inondations

Selon les archives municipales, des études préliminaires pour la correction des eaux de la Suze ont déjà été menées en 1913. Même si la Suze offre des paysages idylliques, elle n’en perturbe pas moins la nouvelle vie économique industrielle par ses inondations régulières au printemps. La correction ne commence cependant qu’en 1932 et nécessite un remaniement parcellaire qui n’est achevé qu’en 1947.

L’école

Sous l’Évêché de Bâle, les princes-évêques se préoccupent déjà de l’instruction scolaire qui va s’organiser progres­sivement. Ainsi en 1703, le prince Rinck de Baldenstein «ordonne de publier dans toutes les églises, que chaque communauté ou village doit avoir son maître d’école et chaque manant et habitant des lieux envoyer tant les garçons et les filles depuis l’âge de 7 ans jusqu’à 14 ans en classe… à peine de chatois… » Un document notarié de 1682 des archives de la bourgeoisie atteste que la communauté des deux villages avait anticipé la volonté du souverain en dotant l’école de biens pour engager des maîtres d’école.

La nouvelle école

La population du village augmente de nouveau depuis 1980 grâce à l’arrivée de familles dont la plupart ont acquis une propriété. Le manque chronique de locaux scolaires se fait déjà sentir depuis les années septante. L’introduction du nouveau système scolaire 6/3 s’ajoute à cette problématique. Dans son message pour les votations du 26 novembre 1995, le Conseil municipal argumente : « Pour demeurer attractif, il est indispensable que les enfants en bas âge puissent suivre, à l’avenir aussi, leur scolarité dans notre village.

L’église et la cure

Nous avons vu que Sainte-Agathe avait déjà été agrandie au XVIIIe siècle après de longues tractations.
Le clocher abrite deux cloches, l’une de quatre cents livres et l’autre de deux cents. En 1824, on souhaite « un sonnage de l’église un peu meilleur ». On convoque un fondeur de Soleure, dénommé Kaiser, qui informe les autorités du village qu’il est impossible de ne fondre qu’une cloche pour l’agrandir sans que ça ne perturbe la sonnerie des deux cloches ensemble. Dès lors, on décide de fondre les deux et les deux nouvelles cloches sont installées en mars 1824.

L’alimentation en eau potable

La commune se trouve au fond d’une vallée bordée par trois monts de formation karstique qui constituent de véritables réservoirs naturels. Avant l’industrialisation, les fontaines du village de Sombeval étaient alimentées par des sources situées au-dessus de l’église et aux Covos. Ainsi, l’origine de l’emplacement de ce village pourrait être autant liée à l’emplacement de ces sources qu’à sa position par rapport à l’ensoleillement mentionné par les historiens Gerber et Simon.

Le village pendant la guerre franco-allemande de 1870-71 et les deux guerres mondiales de 1914-1918 et 1939-1945

En 1870, un dénommé Abram Leroy paie à la commune une amende de 5 fr. pour avoir refusé de loger un militaire. Le 20 août 1870, la commune doit loger le Bat 62 soit six cent vingt hommes et douze chevaux, ce sera fait dans les granges. Le 11 novembre, le Bat 45 et une compagnie de dragons stationnent au village. Les salles de l’école sont mises à disposition. Abram Bourquin reçoit une amende de 5 fr. pour refus de loger un dragon avec son cheval. Après avoir reçu un télégramme de Porrentruy le 5 janvier 1871, la commune doit loger cent soixante-deux prisonniers français avec une escorte de soixante-quatre hommes. La commune fournit un local avec paille, une soupe avec de la viande pour les prisonniers, ainsi qu’un logement avec subsistance pour l’escorte. Le conseil décide d’utiliser les salles de la maison d’école pour les prisonniers.

Troisième partie: dès 1980 Un village résidentiel dans un cœur industriel et postindustriel

L’évolution démographique
Les premières informations statistiques remontent au XVe siècle. Encore sont-elles très fragmentaires et indirectes, car elles dépendent des rôles militaires de la ville de Bienne qui recrutait ses soldats en fonction du nombre de feux (ménages) dans les villages. On apprend ainsi que Sombeval était nettement moins peuplé que les villages environnants. Serait-ce dû à l’effet de la peste qui a déjà été mentionnée, ou à l’étroitesse de la vallée, comparativement à Corgémont, qui n’aurait pas permis de produire assez de moyens de subsistance, selon l’hypothèse de l’historien Simon ? Même si la question reste ouverte, on constate globalement que l’évolution de la population du village est étroitement liée à ses ressources économiques.

La répartition des personnes actives de la commune selon les secteurs économiques de 1950 à 2000

L’augmentation de la population du village est étroitement liée aux mutations économiques provoquées par la révolution industrielle dont l’empreinte est visible au village dès 1850. On a en général l’habitude de ranger les activités agricoles et de l’exploitation du sol dans le secteur primaire, les activités industrielles dans le secteur secondaire et les activités de service (commerces, transports, restaurants, etc.) dans le secteur tertiaire.
En 1815, trois cents personnes vivent péniblement de l’exploitation du sol de l’ancienne paroisse ou commune. Toutes les activités économiques sont liées au secteur primaire.

Le tissu économique au début du XXIe  siècle

La technocratie actuelle liée aux performances de l’informatique permet un suivi au jour le jour à la fois de la démographie et de l’habitat.
Ainsi entre 2005 et 2014, cent une entreprises sont recensées au village. Certaines n’emploient qu’une personne, mais deux entreprises, Vorpe SA et Bienna SA, occupent plus de cinquante employés, trois entreprises, Monnin SA, Sontex SA et SolvAxis, plus de cent personnes et la plus grande, Sonceboz SA, plus de huit cents personnes en 2014. À part SolvAxis et Bienna qui agissent dans le secteur tertiaire, ces grandes entreprises exercent dans le secteur secondaire.

L’évolution de l’habitat

Jusqu’en 1930 Sonceboz et Sombeval sont clairement séparés. Leur fusion commence avec la construction de la première école en 1830. L’augmentation de la population et les mutations économiques créent un impact de plus
en plus marqué sur le territoire communal. L’espace rural a laissé la place à un espace de plus en plus urbanisé.
Lors de fouilles menées derrière l’Hôtel de la Couronne, des traces d’habitats en bois du XIIe et XIIIe siècles ont été mises à jour. Elles attestent de l’occupation du lieu avant les constructions des maisons en pierre.

Plans cadastraux, cartes, plans de zone et ajustements dans la commune

Les archives de l’État de Berne conservent quelques plans anciens dont les premiers datent du milieu du XVIIIe siècle et concernent la délimitation entre les communes à la frontière orientale, délimitation qui a nécessité l’intervention des services du prince. Le premier dessin géométrique date de 1750 environ. Il fait un relevé des contestations entre les communes de Sonceboz et Péry en l’absence d’un lieu de délimitation qu’on recherche semble-t-il vainement: la «Pierre de l’Autel». Une ligne pointillée bleue montre à l’est les prétentions de Sonceboz et une autre ligne, pointillée rouge, celles de Péry. Suite à une prononciation, une ligne jaune entre ces deux lignes passe du côté est de la métairie de Nidau: c’est la frontière actuelle entre les communes de Sonceboz et La Heutte. Un second plan géométrique remarquablement colorisé et décoré, conservé dans les archives bourgeoises, montre les délimitations arrêtées en 1754 dans le secteur de la métairie de Nidau et la Steiner.

La station d’épuration des eaux

La commune abrite la station d’épuration des eaux usées du Bas-Vallon à l’endroit où se trouvait l’ancienne usine électrique à Tournedos. La Suze retrouve ainsi des eaux naturelles. Les amis de la nature, les promeneurs et les pêcheurs en particulier s’en réjouissent. La protection des eaux fait partie des projets environnementaux de la société moderne. Il faut dire que la Suze a été bien mal en point à plusieurs reprises. Qui ne se souvient de la furonculose qui décima la population des truites dans les années 1970 ? Cette maladie s’est propagée dans les basses eaux hivernales, polluées de surcroît par le salage des routes.

L’autoroute A16 et ses conséquences

La construction de l’autoroute A16 est pour le village le chantier phare du XXe siècle, comme l’a été celui des chemins de fer au XIXe siècle par les grands moyens engagés. Après le percement du double tunnel de Pierre-Pertuis et des tunnels secondaires de la Côte-de-Chaux et de Sous-les-Roches, ainsi que l’édification des deux viaducs de Tournedos, le tout en sept ans de travaux, la voie est ouverte au trafic en 1997. Une galerie de sondage a été préalablement percée pour éviter, d’une part, de nuire au tunnel ferroviaire existant et, d’autre part, de dévier les eaux de la source de la Birse et perturber ainsi tout le système d’approvisionnement en eau potable des environs de Pierre-Pertuis. Par mesure de précaution, on met en place un système secondaire de captage des eaux dans les nappes phréatiques à Tavannes et à Sonceboz. La source de la Cuchatte ainsi libérée sera utilisée pour le chantier. Comme cette source alimente aussi les communes de Reconvilier et de Tavannes, on établit entre les communes un système dénommé GASTER, financé par les travaux de l’A16.
On organise, à partir d’un puits profond foré à côté de la halle de gymnastique, toute l’alimentation en eau des trois villages concernés. À la fin des travaux, la source de la Cuchatte est gardée comme réserve.

Quatrième partie: la vie institutionnelle et sociale du village

Les communes bourgeoise et municipale
Le village de Sonceboz-Sombeval est composé depuis 1831 de deux communes, la commune bourgeoise et la commune municipale.
Avant la Révolution française, les hommes libres ne quittent pas volontiers leur village car c’est là qu’ils trouvent leurs moyens de subsistance et qu’ils conservent leurs droits. Ainsi, les Bourquin, Vorpe, Pécaut, Monnier, Mojean et Leroy forment la toute grande majorité des habitants du lieu. Dans le cadre de leur corporation, la bourgeoisie, ils gèrent ensemble les pâtures et une partie des forêts. Ces droits corporatifs ont été maintenus au cours des siècles, bien que supprimés sous le régime français de 1798 à 1814, mais rétablis depuis le rattachement de l’Évêché de Bâle au canton de Berne. Seuls les bourgeois administrent ces biens communs, même si la proportion d’habitants non-natifs du lieu augmente progressivement, parallèlement à l’industrialisation dès 1815. Habitués depuis des siècles aux responsabilités collectives, le maire bourgeois et ses adjoints continuent de gérer le village sous l’autorité du grand bailli dont le siège est à Courtelary.

La vie politique

Depuis bientôt deux siècles de démocratie, tout clivage politique menaçant la cohésion de la communauté villageoise a été évité. Dans les autorités on trouve essentiellement des gens dévoués à la cause commune. Les personnalités politiques qui ont certainement le plus influencé le village sont les Rosselet père et fils, directeurs de la Fabrique d’Ébauches. Par la suite on assiste à un équilibre subtil entre les besoins du monde rural et du monde industriel. Ainsi le village ne sera pas soumis aux tensions anarchiques existantes dans le Haut-Vallon dans les années 1880. Dans la mesure de ses moyens la communauté a relevé les différents défis communaux qui se présentaient.

La vie sociale au cours des deux derniers siècles. Les commerces

Au début du XIXe siècle, la société locale est encore largement influencée par l’autorité morale de l’Église réformée bernoise. Les pasteurs alimentent la foi des fidèles qui se rendent régulièrement à l’église où ils suivent le catéchisme et participent aux rites religieux annuels. Ils sont aussi les garants des mœurs même s’ils perçoivent la nouvelle société industrielle comme une menace potentielle. Généralement une parole donnée est tenue, il y a peu d’incivilités et rares sont les recours à la justice. Les pasteurs garderont une grande influence dans la communauté jusque vers 1960.

Clin d’œil vers le «bon vieux temps», la vie quotidienne et les faits divers

La collection Rimaz dévoile en images ce que d’aucuns appellent le bon vieux temps, temps qui comme l’ont montré les pages précédentes n’était pas toujours enviable.
La famille René Vorpe a laissé un album des travaux des champs tels qu’ils ont perduré jusque vers 1960.

Conclusion

Ces reflets de l’histoire, qui dévoilent la trajectoire de la communauté de Sonceboz-Sombeval au fil des siècles, s’inspirent de sources diverses. Ils sont l’expression des choix de l’auteur liés aux centres d’intérêts de la communauté actuelle. Que personne ne s’offusque de lacunes ou de précisions involontaires.

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