REVUE N° 102
Bienne – Histoire d’un développement urbain par et pour l’industrie (1850-2015)

Depuis le 19e siècle, la ville de Bienne s'est développée selon les besoins et les intérêts de l'industrie, notamment horlogère. Entre les deux guerres mondiales, la ville était gouvernée par une municipalité de gauche volontariste qui n'a pas enrayé ce mouvement mais l'a accompagné en s'efforçant d'en faire aussi profiter qualitativement les ouvriers. Les crises et les périodes de croissance ont marqué le paysage urbain jusqu'à nos jours. Ce numéro témoigne de cette évolution avec force plans et illustrations.

     
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  • Sommaire
  • Impressum
Julien Steiner Avant-propos
Julien Steiner Introduction
Julien Steiner Bienne jusqu’à la moitié du XIXe siècle
Julien Steiner L’horlogerie comme déclencheur du développement urbain de Bienne (1850-1919)
Julien Steiner Développement urbain de Bienne de 1850 à la fin de la Première Guerre mondiale
Julien Steiner De la Bienne rouge à la Ville de l’avenir (1919-1945)
Julien Steiner Développement urbain de Bienne durant l’entre-deux-guerres
Julien Steiner Trente Glorieuses, crise et redressement (1945-1995)
Julien Steiner Développement urbain de Bienne dans la seconde moitié du XXe siècle
Julien Steiner Nouvelles orientations pour la Ville de l’avenir (1995 à 2015)
Florence Schmoll
Ulrich Haag
Développement urbain de Bienne des années 1990 à nos jours
Conclusion : un développement urbain marqué par l’industrie
Quentin Blanchard Scénographies biennoises
 Format : 170 x 250 mm  Illustrations : noir/blanc et couleur
 96 pages  ISSN 1015-7611
©Intervalles
N° 102  Bienne – Histoire d’un développement urbain par et pour l’industrie (1850-2015)
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Auteur
texte
Avant-propos
Julien Steiner

Ce numéro d’Intervalles constitue une version résumée du travail de master que j’ai rédigé en 2003-2004 alors que j’étais étudiant en géographie et en histoire à l’Université de Lausanne. Intitulé « Changer la ville pour changer la vie. Constructions et urbanisme de la Bienne rouge (1921-1939). Essai de géohistoire », ce mémoire universitaire tentait de démontrer que depuis le milieu du XIX e siècle, la ville de Bienne s’est développée selon les besoins et intérêts de l’industrie, en particulier horlogère, et que la période de l’entre-deux-guerres, marquée par une municipalité de gauche volontariste, n’a pas enrayé ce mouvement mais l’a accompagné en s’efforçant d’en faire profiter qualitativement le plus grand nombre possible. Le présent numéro d’Intervalles reprend cette thématique et, sous une forme raccourcie et simplifiée, rappelle les principales étapes du développement de la ville de Bienne au fil des différentes crises et périodes de croissances économiques, de l’arrivée des premiers horlogers au milieu du XIX e siècle à nos jours.

Introduction
Julien Steiner

Le présent numéro d’Intervalles ne doit pas être compris comme un nouvel ouvrage d’histoire sur Bienne. Il ne saurait en effet concurrencer les œuvres précédentes et en particulier les deux tomes Histoire de Bienne , publiés en 2013 et offrant aux lectrices et lecteurs désireux d’approfondir leurs connaissances sur l’histoire de la ville toutes les informations nécessaires. Il ne doit pas non plus être considéré comme un ouvrage spécifique sur l’urbanisme et l’architecture de la ville, étant entendu que plusieurs livres et brochures abordent ces thèmes sous différents angles. Il s’agit au contraire de saisir ce numéro comme une tentative d’illustrer les liens entre le développement d’un espace urbain et l’évolution de la société qui l’occupe. L’espace urbain n’est pas un cadre passif : il façonne le quotidien des hommes et des femmes autant que ces derniers le façonnent. Or, dans le système capitaliste qui s’est développé depuis le milieu du XIXe siècle, et dans lequel la ville de Bienne a été fortement intégrée par le biais de ses industries, en particulier horlogères et orientées sur les exportations, l’économie a joué et joue toujours un rôle prépondérant dans les choix urbains passés, présents et certainement futurs.

Bienne jusqu’à la moitié du XIXe siècle
Julien Steiner

Située au pied du Jura et à l’extrémité Est du lac qui porte son nom, la ville de Bienne reste confinée dans son périmètre médiéval jusqu’au milieu du XIXe siècle. La Vieille ville, construite sur une colline de tuf formée par une source jaillissant du flanc du Jura, ne s’est donc que très peu développée en raison d’une part des fréquentes inondations qui recouvrent la plaine de la Suze et, d’autre part, de son écart des grandes voies de communication. Sur le plan économique, le second tome de l’Histoire de Bienne rappelle que dans la première moitié du XIXe siècle, Bienne est une ville artisanale, industrielle et commerçante et où la production agricole joue encore un rôle important . De nombreux Biennois élèvent ainsi encore poules, moutons et, pour les plus riches, vaches, tandis qu’aux abords des murs de la ville on trouve des cultures maraîchères.

L’horlogerie comme déclencheur du développement urbain de Bienne (1850-1919)
Julien Steiner

La véritable impulsion économique pour le développement de la ville vient de l'industrie horlogère : « c'est à elle, et non au textile, que Bienne devra l'essentiel d'une croissance qui depuis les années 1840, la fait s'étendre au-delà de son enceinte médiévale ». Mais avant de se pencher sur le fulgurant développement urbain de Bienne dès la moitié du XIXe siècle, il est important de prendre en considération le contexte économique et social aux niveaux national et local dans lequel ce dynamisme s'inscrit.

Développement urbain de Bienne de 1850 à la fin de la Première Guerre mondiale
Julien Steiner

La ville de Bienne connaît au cours de la seconde moitié du XIXe siècle une forte augmentation de sa population, passant de 3400 âmes en 1850 à 33 000 en 1918. Comme écrit ci-dessus, les nouveaux arrivants sont essentiellement employés dans l’horlogerie. Les premiers horlogers vivent avec leur famille dans leurs ateliers, ceux-ci se situant dans l’ancienne cité médiévale ou dans de petites maisons ouvrières, parfois isolées, le long des faubourgs et chemins de campagne. Mais rapidement, la ville se développe et fait éclater ses limites moyenâgeuses en direction des villages avoisinants, qu’elle finit par englober.

De la Bienne rouge à la Ville de l’avenir (1919-1945)
Julien Steiner

La Première Guerre mondiale détériore encore plus les conditions de vie des couches les plus pauvres de la population du pays, puisque les prix à la consommation doublent de 1914 à 1918 et que les prix de gros triplent, alors que les salaires stagnent.
L’hiver 1919-1920 est marqué par un manque d’énergie (électricité, charbon, gaz), par un fort chômage et une baisse des conditions de vie pour la majorité de la population, comme le relève Otto Wyssbrod, chef de la Centrale téléphonique de Bienne dans un article des Annales Biennoises, paru en 1927  . Selon son étude, la très grande majorité des salariés – y compris les ouvriers qualifiés, que ce soit dans l’horlogerie, l’industrie des machines, la construction ou l’industrie forestière, voient, au cours de la crise, leurs salaires augmenter nettement moins vite que l’indice des prix à la consommation. Le nombre de chômeurs à Bienne est élevé au cours de la crise, puisqu’on en dénombre en moyenne près de 2000 à temps complet et plus de 1700 à temps partiel. Otto Wyssbrod démontre qu’un salarié moyen, en travaillant 307 jours par an, n’arrive pas en 1924 à couvrir les besoins minimums (alimentation, habillement, loyer, impôts et divers) d’une famille avec trois enfants. Afin de joindre les deux bouts, de plus en plus de femmes sont donc obligées de chercher du travail. Une des sources de dépenses les plus importantes pour les familles ouvrières est le loyer ; d'autant plus que la crise du logement est très forte à Bienne au cours de cette période, avec pour conséquences des loyers en hausse continue, des appartements insalubres et en nombre insuffisant.


Développement urbain de Bienne durant l’entre-deux-guerres
Julien Steiner

Au cours de la Première Guerre mondiale, les difficultés économiques (pénurie de charbon, rationnement, chômage, mobilisation) entraînent dans toute la Suisse, une diminution de la construction. Il faut donc attendre la fin des hostilités pour que la nouvelle gare, planifiée en 1910 par les CFF en concertation avec les autorités biennoises, qui acceptent de verser un subside de 300 000 francs et de racheter le terrain libéré par la destruction de l’ancienne gare, soit construite. Dans la brochure éditée par la commune à l’occasion de son inauguration en 1923, le nouveau maire socialiste Guido Müller signe un avant-propos dans lequel il présente cette gare comme « un symbole du commerce qui surmonte tous les obstacles. Malgré une période de troubles et de luttes, cet édifice nous montre, dans un avenir encore lointain, une Société nouvelle qui groupera tous les peuples et leur donnera comme Principe La Paix, comme Force la Justice et qui cherchera la Gloire en assurant la prospérité de tous ses membres » .

Trente Glorieuses, crise et redressement (1945-1995)
Julien Steiner

Épargnée par les désastres de la guerre et avec des entreprises qui ont bénéficié du conflit, l'économie suisse sort fortifiée de la Deuxième Guerre mondiale et peut profiter d'une Europe en reconstruction. Le pays compte 4,7 millions d'habitants en 1950 et 5,3 en 1960 . La croissance économique s'installe, reposant sur un franc suisse stable. La balance commerciale est même excédentaire en 1953, tandis que les exportations triplent entre 1950 et 1963. À l’instar de la Suisse dans son ensemble, Bienne profite pleinement des fameuses Trente Glorieuses. Sa population, après avoir légèrement augmenté de 40 000 à 42 000 habitants durant la guerre, explose ensuite, passant de 43 705 habitants en 1945 à 53  313 dix ans plus tard. L'économie biennoise est alors constituée d'une grande variété de petites et moyennes entreprises, dont une écrasante majorité travaille encore pour l'horlogerie (plus d'un habitant sur dix). Quelques grandes entreprises actives dans d'autres domaines permettent de diversifier un peu le tissu industriel : les Tréfileries Réunies (1000 ouvriers), General Motors ou encore la Savonnerie Schnyder   . Le secteur tertiaire et les commerces continuent également à se développer fortement. Symbole de ce succès économique, la Foire de Bienne ouvre ses portes en août 1955. La croissance de la ville continue puisqu'en août 1960, on passe le cap de 60 000 habitants. Le point culminant est atteint en 1964 avec 64 848 habitants. En vingt ans, la population a augmenté de 22,5 % et sur cette base, on prévoit que Bienne comptera 100 000 habitants en l’an 2000.

Développement urbain de Bienne dans la seconde moitié du XXe siècle
Julien Steiner

Emblématique de la croissance effrénée de l'après-guerre et de la Ville de l'Avenir, le Palais des Congrès est construit entre 1961 et 1966 sur des plans de l'architecte Max Schlup. Abritant une piscine, des salles pour les sociétés et des bureaux, il répond parfaitement aux besoins de cette époque et en devient le symbole, un peu comme la Maison du Peuple l'a été pour la période de l'entre-deux-guerres.

Nouvelles orientations pour la Ville de l’avenir (1995 à 2015)
Julien Steiner

Si les années 1990 s'avèrent médiocres sur le plan conjoncturel avec des taux de croissance du Produit intérieur brut (PIB) à peine positifs, la première partie des années 2000 se révèle en revanche être nettement meilleure, avec des taux qui dépassent les 3 % en 2006-2007, avant de replonger suite à la crise financière de 2008 . Les mouvements néolibéraux de dérégulation, de privatisations et de flexibilisation trouvent en Suisse au cours de cette période un terrain extrêmement favorable, étant donné que le concept de « moins d’État » y représente une constante depuis la moitié du XXe siècle. Contrairement aux autres pays européens, la Suisse a pratiqué une politique des « caisses vides », laissant au secteur privé le soin d'investir et maintenant les dépenses sociales au niveau le plus bas possible . Corollaire de ces mutations rapides de l’économie depuis la fin des Trente Glorieuses, le taux de chômage incompressible est passé de moins de 1 % à plus de 2,5 %. Les causes de ce phénomène sont à chercher du côté de l’internationalisation croissante de la division du travail, de la tertiarisation du monde du travail et du fort impact du progrès technique dans la formation. Le taux de chômage des travailleurs peu qualifiés représente désormais trois fois la proportion observée chez les travailleurs qualifiés (auparavant, il ne représentait que le double) .

Développement urbain de Bienne des années 1990 à nos jours
Florence Schmoll
Ulrich Haag

Le développement urbain de Bienne dès le tournant du millénaire prend en fait ses racines dans les années 1990, alors que les effets de la crise se font encore sentir. En alliant politique foncière active et promotion du développement territorial, la Ville se tourne résolument vers l'avenir en lançant un nombre remarquable de planifications d'envergure, parfois liées à des opérations foncières importantes. Alors que l'on commence à parler de densification, Bienne dispose encore de plusieurs secteurs en friche ou en jachère, dont elle saura faire un atout majeur. Profitant d'une conjoncture économique à nouveau favorable et du dynamisme inspiré par Expo.02, elle parvient à promouvoir de nombreux projets, qui se réalisent les uns après les autres dès la fin des années 1990.

Conclusion : un développement urbain marqué par l’industrie

Ville de l'avenir, Ville de la communication, Ville de l'innovation : depuis que l'horlogerie s'est implantée à Bienne au milieu du XIXe siècle, la ville n'a cessé de regarder devant elle. Bien sûr, toutes les villes de Suisse et de l'Europe industrielle ont connu, à des degrés divers, le même mouvement. Mais alors que de nombreuses autres villes suisses ont dans cet élan vers le modernisme conservé, voire même pour certaines magnifié leur statut de cités patriciennes aux murs centenaires, Bienne s'est précisément détachée de son passé et s'est construite à l'écart de sa Vieille ville, dans la plaine, selon les besoins de l'économie. De l'édification d'un quartier moderne à la sortie de la gare à la destruction de bâtiments de valeur mais ne correspondant plus aux besoins de l'époque, les traces de cet esprit ont marqué la ville au cours des 160 dernières années, pour le meilleur et parfois le pire.

Scénographies biennoises
Quentin Blanchard

La ville est une chose complexe, même du point de vue de l’architecte et du planificateur. Entre eux, ils communiquent par dessins, maquettes, photos et textes, et pour rendre leur travail plus simple, manipulent volontiers les métaphores. André Corboz, professeur d’histoire de l’architecture genevois, comparait élégamment le territoire à un palimpseste . Ce canevas, où «traces et vestiges se superposent», se métamorphose en écriture et l’on entrevoit le parallèle poétique avec la ville constituée de mots, d’espaces,
de ponctuations.

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